Bienvenue à toutes et à tous.
D comme... Discriminer. Au plus jeune de son âge, l'enfant distingue le son incomparable de la voix de sa mère, la douceur d'une peluche d'avec la rugosité d'un drap qui n'aurait pas été traité par le dernier adoucissant en vogue, il discerne aussi la saveur sucrée de la compote de pomme de l'acidité du citron ... bref il sait faire la différence.
Grandissant, il trouve un monde organisé pour lui où chaque chose est rangée à sa place : ici les voitures, là les piétons et dans le couloir, les cyclistes. Il ne sait pas encore que la première capacité de l'homme, à ses commencements, fut de pouvoir distinguer dans un monde chaotique ce qui était indispensable à sa survie : ici du gibier, là des fruits, ailleurs une grotte hospitalière... Ainsi, il mit le monde en ordre et en vint même à penser, par une sorte d'inversion, que le monde avait été fait pour lui. Mettre en ordre, ranger, ordonner, classer, discerner firent partie des capacités premières et obligées de l'humanité. C'est pour être en accord avec cette origine qu'on intime à l'adolescent de ranger sa chambre.
En si bon chemin, la faculté de discrimination gagna en acuité et l'homme en vint même à séparer le bien du mal, ce qui ne fut pas une mince affaire. Bon/Mauvais, Bien/Mal, Vrai/Faux, Beau/laid, muni de ces étiquettes, il put ranger tout ce qui lui arrivait. Le normal s'extrayait doucement de l'anormal jusqu'à devenir le nec plus ultra de la mise en ordre. Bien utiles, ces deux catégories, « normal » et « anormal », permirent même de faire des différences entre les hommes. Différencier devint discriminer. Discriminer les vieux des jeunes, les grands des petits, les gros des maigres, les normaux des handicapés, les intelligents des imbéciles, les noirs des blancs, les étrangers des indigènes. Discriminer devint séparer, trier, mettre à l'écart. Devint différencier, en vue d'un traitement séparé, celui d'exclure.
Dans «discrimination», il y a crime, du latin crimen , désignant l’action de distinguer. Appliquée à la décision judiciaire, elle permet d'«accuser », elle permet d'in-criminer. De discriminer à incriminer, il n'y a qu'un petit pas pour accuser une personne d'être différente et lui attribuer une inégale dignité en fonction de préjugés ou de critères ethniques, sexuels, religieux… La différence devient ainsi coupable.
Fort heureusement et en guise de rachat, au voisinage de la discrimination, il y a la distinction. Un être discriminé, c'est un être distingué. Distingué parce qu'on le distingue, parce qu'il est différent, mais distingué aussi parce qu'on le met à part des autres personnes, de manière à le valoriser à leurs yeux et le traiter avec des égards particuliers. On dit ainsi d'une personne qu'elle est distinguée. Contrairement à la discrimination péjorative et négative, l'être distingué c'est celui qui sort du lot commun par les traits différents qui le mettent en valeur. Le noir, l'handicapé, le gros, le nain, le vieux, l'anormal sont des êtres distingués. Ainsi va le monde.
Didier Martz, 27 mars 2014
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