Didier Martz (avatar)

Didier Martz

Philosophe, essayiste

Abonné·e de Mediapart

250 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 mai 2015

Didier Martz (avatar)

Didier Martz

Philosophe, essayiste

Abonné·e de Mediapart

Ainsi va le monde n° 275 - La Shoah du tabac

Didier Martz (avatar)

Didier Martz

Philosophe, essayiste

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

275 - La Shoah du tabac

 Il y a 70 ans, les camps de concentration et d'extermination organisés par l'allemagne hitlérienne sautent à la figure du monde. On commémore la découverte et la libération du camp de la mort d'Auschwitz. 70 ans après, on ne comprend toujours pas et 70 ans après, on continue. Au cours de ces 70 années, la Camarde n'a pas connu de répit se plaisant à faucher femmes, hommes et enfants qui se trouvaient sur son chemin au cours de guerres, massacres, génocides, tueries, carnages, et autres boucheries... le vocabulaire s'épuise à vouloir qualifier l'inqualifiable.

Rien pourtant ne peut équivaloir à la Shoah, à l'holocauste nazi. Ces massacres systématiques effectués dans les camps de concentration allemands au cours de la dernière guerre mondiale.

Rien d'équivalent à l'holocauste même les génocides les plus sanglants. Et pourtant si.

 On lit dans un article sur Internet que « le tabac fait plus de 4 millions de morts par an dans le monde dont 60 000 en France. » Voilà une information effrayante et qui devrait être insupportable. Elle n'empêche pas la production et la vente de tabac soutenues par les industries du tabac et les Etats eu égard aux profits que les unes réalisent et les taxes que les autres encaissent. Ce qui ne les empêche pas mener des campagnes dites de lutte contre le tabac avec force produits et conseils dérivés sans pour autant que la consommation baisse. On invoquera alors l'irresponsabilité profonde des fumeurs.

Si on poursuit la lecture de l'article, celui-ci rappelle tout-à-fait incidemment que « la Shoah, une des plus grandes tragédies humaines, a fait 6 millions de morts. Alors que la consommation de tabac, elle, est responsable de dix fois plus de victimes. » Sous-entendu : La shoah, à côté, un « détail » comme le disait JM le Pen.

Un peu plus loin dans le menu déroulant du moteur de recherche, on découvre un autre article faisant la promotion d'un livre choc de Robert Poctor où on peut lire que durant des décennies, les industriels du tabac ont sciemment planifié une tromperie planétaire qui a engendré , je cite, un véritable « holocauste » et généré une « industrie de la mort ». « Holocauste » et « industrie de la mort », deux termes utilisés pour qualifier l'entreprise nazie d'extermination.

 Ce rapprochement est sans doute provoqué par le sens du mot « holocauste » du latin holocaustum, unsacrifice religieux où les victimes sont totalement consumée par le feu de l'autel. Les fours crématoires dans un cas, l'autel de l'argent dans l'autre. Le rapprochement hyperbolique est aussi justifié pour favoriser, espère-t-on, la prise de conscience des individus.

 Certes mais il y a plus grave. Cette démarche entre dans ce qu'on appelle la loi de Mike Godwin qui applique aux discussions en ligne un phénomène déjà identifié par le philosophe Léo Strauss sous le nom de « reductio ad hitlerum » (« réduction à Hitler »). Un procédé qui consiste à disqualifier l’argumentation de l’adversaire en l’associant à Hitler, au Nazi. En le généralisant, ce procédé permet de ramener pour les besoins de la démonstration, tous propos, comportements ou politiques à l'hitlérisme et de les mettre à égalité. En rapprochant le problème du tabac de la Shoah, de l'Holocauste et des industries de la mort, on atteint le point Godwin, le point de non-retour qui empêche désormais de faire de l'extermination des juifs et autres populations un phénomène absolu. Absolu, absolvere, qui ne peut se mélanger, se comparer. On pourra alors toujours faire des commémorations mais de quelle Shoah ? Ainsi va le monde.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.