Didier Martz
Philosophe, essayiste
Abonné·e de Mediapart

228 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 juin 2021

Didier Martz
Philosophe, essayiste
Abonné·e de Mediapart

41 Sommes-nous communistes ?

Comme un train peut en cacher un autre, le communisme n'est peut-être pas là où nous le croyons... https://youtu.be/x4gf6TULYIk

Didier Martz
Philosophe, essayiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je me pose cette question curieuse après avoir entendu Bernard Friot, surtout économiste, parler de son livre « Un désir de communisme ». Curieuse question après avoir connu le stalinisme, le maoïsme chinois, le Cambodge de Pol Pot, etc., toutes des tentatives malheureuses et dramatiques de réalisation de l'idéal communiste. Aussi, dès que les mots « communisme » ou « communiste » sont prononcés ils évoquent immanquablement le goulag, le totalitarisme, les procès, l'extermination ou l'épuration. Alors quant à avoir un « désir de communisme... ».

Exit donc le communisme, il n'est plus question d'en parler. N'en subsistent ici ou là que de maigres traces sous la forme de partis communistes exsangues ou dans des pays qui tout en s'inspirant de l'idéologie communiste se sont rendus au libéralisme sous des formes variées. On pourrait penser l'affaire réglée, close et pourtant.

Arrêtons-nous un instant sur le mot communisme. Dedans il y a le mot commun. Le suffixe -isme y ajoute quelque chose comme une volonté de mettre en commun. Dans l'image des régimes dont nous venons de parler la mise en commun pouvait aller jusqu'au bien privé, le lopin de terre, la machine à laver s'il y en avait eu à l'époque et pourquoi pas la mise en commun des femmes. Pas des hommes évidemment !

L'idée n'est pas nouvelle. Déjà le philosophe Platon, au IVe siècle av. J.-C., partant du principe

que la propriété, les instincts de la famille et les intérêts privés détournent l'attention de l'homme de ses obligations envers la communauté avait prôné le communisme. Source de dissension, propriétés privées et relations familiales ne pouvaient pas être reconnues dans un état idéal. Par conséquent, il fallait instaurer une sorte de communisme.

Maintenant si on revient à quelques définitions, le commun mis au pluriel donne les communs qui peuvent concerner des terres dont l'usage était autrefois partagé, mais ce principe existe encore ici ou là. Communs désigne encore les locaux mis à disposition des personnels subalternes dans une maison bourgeoise. Le sens fait sans doute référence au fait que ce sont des gens communs, banals, ordinaires et invisibles. On évite alors de fréquenter les gens du commun.

Si l'on y regarde de plus près, nous avons quand même beaucoup de choses en commun et sans doute plus que de choses privées. Nous versons dans un pot commun nos contributions pour la sécurité sociale, l'assurance-maladie, la retraite et le chômage. Nous y ajoutons nos impôts pour participer à des œuvres communes écoles, hôpitaux, piscine, routes, etc. Ainsi le libéral résolument libéral qui se plaint de toutes ces contributions – des charges à ses yeux – que l'État lui impose est malgré tout communiste sans le vouloir et le savoir dans la mesure où il contribue et où il fait un usage qu'il partage avec d'autres d'une école, d'une piscine, d'un hôpital et même d'une route. Il y a du commun ou des communs partout !

Le problème, car il faut bien qu'il y ait un problème, est que nos sociétés démocratiques, en même temps qu'elles opèrent de la mise en commun nécessaire pour faire société produisent également une forme de collectivisation ou de collectivisme certes différents de l'URSS de la première moitié du 20e siècle. Il s'agit du rassemblement dans les mêmes endroits de centaines voire de milliers de personnes. Ici dans un centre commercial, là sur une plage, ailleurs sur une place couverte de terrasses de café, symbole de la liberté. En somme, une uniformisation des comportements, des manières d'être, des mœurs avec cette particularité qui la différencie du collectivisme pur et dur est que les individus y ont le sentiment d'être libres. Ainsi va le monde !

Didier Martz, 4 juin 2021

https://youtu.be/x4gf6TULYIk

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Un comité de l’ONU défend Assa Traoré face à des syndicats policiers
La sœur d’Adama Traoré a été la cible de messages virulents de la part de syndicats de policiers après avoir été auditionnée par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations unies. Ce dernier demande au gouvernement d’ouvrir des procédures, si nécessaire pénales, contre les auteurs.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Violences sexistes et sexuelles
Ce que révèle l’enquête, classée sans suite, visant le chanteur de No One Is Innocent
Mediapart a consulté la procédure judiciaire visant Marc Gulbenkian, figure du rock français, accusé d’agression sexuelle par l’une de ses proches. Alors que la plainte a été classée le 2 novembre, l’avocate de la victime, qui s’appuie sur un enregistrement versé au dossier, dénonce une « hérésie » et annonce un recours.
par Donatien Huet
Journal
Des logements « vite et pas cher » : l’immense défi marseillais
Le premier Conseil national de la refondation (CNR) délocalisé et dédié au logement s’est tenu à Marseille. La deuxième ville de France, où les prix s’envolent avec une gentrification accélérée de certains quartiers, compte aussi une trentaine de bidonvilles. Le chantier du logement digne reste immense.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Paris 2024 : cérémonie d’ouverture entre amis
Le comité d’organisation des Jeux vient d’attribuer le marché de la cérémonie d’ouverture sur les bords de Seine. Le vainqueur : un groupement dont une agence est liée au « directeur des cérémonies » de Paris 2024, qui avait justement imaginé le concept.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Merci pour ceux qui ont faim
Aujourd'hui, samedi, je me rends au centre commercial pour quelques courses. Il est dix heures, et celui-ci est déjà plein de monde : des jeunes gens surtout, des filles entrant, sortant des boutiques de mode, quelques-unes les bras chargés de sacs.
par cléa latert
Billet de blog
Péripéties ferroviaires en territoire enclavé
Destination France Déchéance, ou Manifeste sur un service public en érosion. Il s'agit dans ce court billet de faire un parallèle entre le discours de la Région Occitanie, celui de vouloir désenclaver des territoires ruraux, comme le Gers, et la réalité que vivent, voire subissent, les usagers du réseau ferroviaire au quotidien.
par camilleromeo28
Billet de blog
Y-a-t 'il encore un cran à la ceinture ?
Elle vide le contenu de son sac sur toute la longueur du tapis roulant de la caisse, réfléchit, trie ses achats, en fait quatre parties bien séparées, un petit tas de denrées alimentaires, un livre, un vêtement. Elle montre un billet de 20 euros à la caissière et lui parle. « Tiens » me dis-je, elle a bien compris la leçon du Maître : « Finie l'abondance ».
par dave.tonio
Billet de blog
« Je vous écris pour témoigner de ma peine de prison qui n'en finit pas »
Rentré en prison à 18 ans pour de la « délinquance de quartier », Bryan a 27 ans lorsqu’il écrit à l’Observatoire International des Prisons (OIP). Entre les deux, c’est un implacable engrenage qui s’est mis en place qu’il nous décrit dans sa lettre.
par Observatoire international des prisons - section française