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Billet de blog 13 janvier 2014

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Ainsi va le monde n°229 – D comme... Dieudonné

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 D comme... Dieudonné. Eh bien non, D comme Benjamin. Benjamin, l'écrivain, à peu près inconnu, auteur de Gaspard et quand même Goncourt 1915. Cela se passe dans les années 1930 à Nevers, dans le département de la Nièvre, célèbre pour sa botte dite « botte de Nevers ». Une botte en escrime est un coup magique ; celle de Nevers est devenue fameuse après sa mise en scène dans le film Le Bossu de Paul Féval avec Jean Marais.

Nous sommes donc à Nevers en 1930 et les joutes de Benjamin sont purement oratoires. Au fil, non pas de l'épée , mais de ses conférences, il pique, pointe, fend, tire et attaque tel ou tel individu, telle ou telle corporation. M. Benjamin devait donner une conférence à Nevers sur le thème “Deux auteurs comiques : Courteline et Sacha Guitry.” Devant les nombreuses protestations de syndicats d’instituteurs, qui reprochaient au conférencier de les ridiculiser à l’occasion de chacune de ses interventions, le maire de Nevers décida finalement d’interdire la réunion en raison d'un risque de trouble de l'ordre public. Le 19 Mai 1933, cette décision fut annulée par le Conseil d’État au motif que les risques de troubles à l’ordre public allégués par le maire pour interdire cette réunion n’étaient pas tels qu’ils aient pu justifier légalement l’interdiction de cette réunion, alors que la liberté de réunion est garantie par les lois du 30 juin 1881 et du 28 mars 1907. Par la jurisprudence issue de l’arrêt Benjamin, le Conseil d’État a affirmé son rôle de gardien des libertés publiques et individuelles face aux éventuelles atteintes susceptibles de leur être portées à l’occasion de l’exercice du pouvoir de police administrative. (Voir sur Internet le site du Conseil d'Etat)

 Comme l'écrit un juriste dans son blog « Journal d'un avocat », (blog www.maître-eolas) et Philippe Bilger, avocat général, non seulement l'Etat ne peut interdire préventivement mais il doit de surcroît prendre toutes les mesures pour qu'une manifestation se déroule dans de bonnes conditions. En droit, comme l'écrit ce blogueur-avocat, avant d'interdire, l'Etat doit protéger ! Y compris les spectacles des humoristes. Ce qu'il fait d'ailleurs avec force moyens de police pour faire en sorte qu'un match de football se déroule sans incidents. Compte-tenu des risques potentiels de trouble à l'ordre public que contient un match de football, le ministre de l'intérieur, en toute cohérence, devrait inviter les préfets à tous les interdire même si l'expression d'idées dans les stades est faible.

 C'est au respect de la liberté d'expression qu'on mesure le degré démocratique d'une société. Moralement, les propos de l'humoriste sont scandaleux et honteux : ils doivent être condamnés mais par le débat et la dispute. Ils ne peuvent être censurés préventivement, par circulaire, au nom d'un trouble possible à l'ordre public. Si la preuve est faite, une fois que se sont tenus les propos, qu'ils contreviennent aux lois sur le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, alors la justice les sanctionnera. En interdisant a priori, on interdira alors Pierre Desproges et ses propos sur les juifs, Coluche et ses arabes, et pourquoi pas Fernand Raynaud et les paysans pour cause de bonnets rouges agités !

 A propos des traits et des saillies de « l'humoriste » Dieudonné, ils portent surtout atteinte au bel esprit, à la finesse et la distinction de l'intelligence, ils sont une injure à la belle langue et à la culture des belles-lettres, bref au style. De Julien Benda, « L'esprit même devenu plus général, tout le monde y prétend bientôt; de là le bon esprit devient rare et la pointe, le faux bel esprit et la prétention prennent sa place ». Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe. 16 janvier 2014

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