11 - C'est arrivé à Marrakech

Le 11ème épisode de la série « Ainsi va le monde » Saison 2020/2021 où l'on découvre une technique de résolution des conflits et que les séparatistes ne sont pas ceux qu'on croit. La convivialité est une arme de destruction massive des forces de séparation

 

Le titre aurait pu être « de la juste résolution des conflits au sein du peuple ». Paraphrase d'un titre du petit livre rouge de Mao-Tsé-Toung intitulé « de la juste résolution des contradictions au sein du peuple ». On sait que la méthode employée fut la suppression d'une des composantes de la contradiction, l'élimination physique de ceux et celles qui la portait. Une manière efficace de résoudre les conflits.

Donc, Marrakech. Une voiture percute une moto ou l'inverse. C'est assez fréquent. Circuler dans les rues de Marrakech par 45 degrés Celsius de température relève de l'exploit mais on y arrive. On soulignera la dextérité et l'habileté des taxis mais il faut reconnaître aussi celles des motos, mobylettes et vélos. Les piétons sont eux aussi très adroits et possèdent des réflexes particulièrement développés pour échapper aux dangers. Les carrioles tirées par un cheval ou les charrettes tirées par un âne ne participent pas de cette chorégraphie où l'on s'évitent, s'esquivent, s'offensent, se choquent et se froissent parfois. C'est que quelque chose d'un honneur ou d'une dignité se joue-là. Céder la place ou le passage est une humiliation. Mais on ne s'invective pas, ni ne s'insulte ou très rarement. Seul le klaxon est autorisé et on ne s'en prive pas. Avec la chorégraphie, le concert.

Quant au talent de tous ces conducteurs, je forme une hypothèse. Contrairement aux sentiers européens, et français en particulier, ils sont moins ou peu balisés. Là-bas, en France, tous les déplacements sont organisés, encadrés, marqués, fléchés, tracés et surveillés. Feux tricolores, panneaux obligatoires ou d'interdits, couloirs, fléchages, contrôles, barrières de sécurité... Ici, à Marrakech, rien de tout cela ou presque. Là-bas, en France on ne conduit pas, on se laisse conduire, pas d'improvisation ou de transgression possible sinon réprimée ; ici, à Marrakech, on improvise, on jongle, on interprète. D'un côté, le parc pour enfant avec jouets mis à disposition, de l'autre des pâtis à la libre jouissance... J'exagère mais la caricature est faite pour aller à l'essentiel et révéler le fond des choses, « la forme c'est le fond qui remonte » disait Victor Hugo !

Bon, une voiture percute une moto ou l'inverse. L'accident somme toute anodin vire à la dispute, à l'animadversion. On en viendrait presqu'aux mains. C'est qu'ici on commence à penser comme là-bas que la voiture ou la moto sont constitutifs d'une identité et y toucher, c'est attenter à la personne. On n'arrête pas le développement personnel et la réalisation de soi fut-ce par voiture ou autre gadget interposés.

Un attroupement s'est formé comme dans les combats de coqs. On attend la police qui tarde à venir. Celle-ci mise sur l'entropie de tout système à s'éteindre naturellement. Il suffit d'attendre. Le ton monte, on s'invective, on se renfrogne, on s'écarte, se rapproche, on s'emparouille comme dirait Henri Michaux dans Le grand Combat. Au froissement des tôles succèdent les susceptibilités froissées. Au balcon du cinquième, une femme regarde la scène puis se retire. Quelques minutes après, elle est au rez-de-chaussée avec un plateau, des verres, des pâtisseries et du thé. A la menthe, bien sûr. « Pour faire patienter » dit-elle « en attendant la police ». L'atmosphère se détend, les protagonistes également. On bavarde, de choses et d'autres. L'accident est devenu un incident. Un constat amiable devenu aimable et un procès qui ne reste que verbal. Chacun reprend sa route, la femme son plateau adoucisseur de mœurs. On a vécu ensemble.

On le sait maintenant grâce aux éclairages obscurs et lumineux fournis par une opinion qui voudrait dominer et qui y parvient, que le musulman, arabe de surcroît, est adepte d'une religion du conflit. C'est la raison pour laquelle il est séparatiste, diviseur, communautariste, idiosyncrasique aussi. Le tout servi sur un plateau... de télévision. Ainsi va le monde !

2 Novembre 2020 - Didier Martz, philosophe, auteur, essayeur d'idées

https://youtu.be/_uZmigIGgNM

Vieillir comme le bon vin (avec Michel Billé, à paraître)

« Ainsi va le monde », un recueil de 406 chroniques de 2008 à 2018 (chez cafedephilosophie@orange.fr)

La tyrannie du Bienvieillir - Dépendance quand tu nous tiens - La lumière noire du suicide - Dictionnaire impertinent de la vieillesse... (chez ERES) - www.cyberphilo.org

 

 

 

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