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Billet de blog 16 septembre 2015

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Ainsi va le monde n° 299 - L'hirondelle et le migrant

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 Jean-Pierre Hamel de Reims et néanmoins philosophe nous livre sur son site http://citationdujour.blogspot.fr, un billet où l'hirondelle rencontre par les hasards des choses un autre oiseau migrateur, celui qu'on appelle « immigré » quand il arrive dans un pays qui n'est pas le sien ou « émigré » lorsqu'il quitte son pays d'origine ; « migrant » lorsqu'il passe d'un lieu à un autre sans jamais s'arrêter ; « réfugié » s'il cherche un abri pour se mettre à l'abri d'un prédateur le temps que l'orage passe ; « demandeur d'asile » si les risques politiques ou économiques sont violents. Bref, dans tous les cas il s'agit d'un homme, d'une femme ou d'un enfant qui se noie dans la mer ou échoue sur une plage.

 Jean-Pierre Hamel part d'une idée exposée par Serge Joncour, écrivain, dans son dernier livre « L'amour sans le faire ». Il dit ceci : « A l'automne, ce n'est pas le froid qui chasse les hirondelles, c'est le manque d'insectes. C'est une constante du vivant, d'être convoqué par sa faim, et si les hirondelles reviennent avec les beaux jours, ce n'est pas pour honorer le printemps, c'est juste que là où elles étaient, à nouveau il n'y avait plus rien, disparues ces myriades d'insectes nés après les pluies. »

 Et Jean-Pierre Hamel de poursuivre : « Charmantes hirondelles… Leur arrivée nous annonce le printemps ; leur vol criard ponctue notre été ; leur réunion sur les fils électriques (comme ici la semaine passée) annonce que l’automne va arriver.

Mais l’oiseau n’est pas là pour nous aider à nous repérer dans les saisons. Pas du tout – car en réalité il n’agit que convoqué par sa faim. S’il vient, c’est parce qu’il y a beaucoup de bons insectes à manger chez nous ; s’il part, c’est parce qu’il y en a plus ailleurs.

Ces oiseaux migrateurs, qui survolent les frontières et s’arrêtent où bon leur semble sans demander autorisation pour cela, et qui de surcroît sont convoquées par leur faim : ça ne vous rappelle rien ? Lampedusa, Chios, Calais etc…

 Quel message tirer de cette idée poursuit notre philosophe ? « L’humanité depuis son origine a toujours agi  sous la menace de la mort, même si, nous les Européens, l’avons momentanément oublié, obnubilés que nous sommes par le cours de l’euro ; mais ne devrions-nous pas admettre qu’il est plus naturel (pour ne pas dire plus noble) d’être gouverné par sa faim que par l’appétit du lucre. » 

 Il ajoute : » Si ça ne suffit pas disons que nous ne devrions pas être inquiets de voir débarquer les migrants, mais beaucoup plus de les voir repartir : car ça voudrait dire que nous sommes devenus moins attirants – donc moins riches –  que nos voisins ; d’ailleurs ne sommes-nous pas vexés lorsque  les migrants de Calais nous disent qu’ils préfèrent l’Angleterre à la France ? » Fin de citation.

 Je me suis demandé quant à moi, et fort de ce billet, pourquoi une hirondelle, rien qu'une, ne ferait pas le printemps. En Tunisie, elle eut les traits d'un vendeur de fruits et légumes qui s'immola; à Prague, ceux d'un dénommé Yan Pallach, oisillon de plumes brulées ; en Turquie, un jeune oisel nommé Aylan aux ailes tombées. Ainsi va le monde !

 Didier Martz, 15 septembre 2015

Philosophe

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