La BBC révèle que parmi les 1500 cassettes retrouvées dans la maison de l'ancien chef d'Al-Qaïda à Kandahar, en Afghanistan, se trouvaient plusieurs morceaux du chanteur pied-noir dont « Enfants de tout pays » et « Les gens du Nord ». Les médias s'émeuvent et s'emportent. Difficile d'imaginer, clament-ils, l'ancien chef d'Al-Quaïda écoutant le chanteur dans sa chambre de Kandahar en Afghanistan et fredonnant «Les gens du Nord ouvrent toujours leurs portes à ceux qui ont souffert, les gens du Nord n'oublient pas qu'ils ont vécu des années d'enfer.»
De son côté Enrico Macias s'est dit «surpris» de cette nouvelle. «Ce doit être une rumeur, a-t-il déclaré. L'homme responsable des attentats du 11-Septembre qui écoute celui qui chante Enfants de tous pays, ce serait bizarre.»
Bizarre, en effet. Dérangeant, surtout. Car l'écoute d'une chanson populaire est le privilège de l'humanité ordinaire et des gens simples. Pratiquée par l'auteur d'actes terroristes sanglants, elle est une brèche dans l'image monstrueuse et inhumaine que nous nous sommes faites, à raison, de Ben Laden. Posséder une cassette d'Enrico Macias, l'écouter, reprendre sa chanson, c'est réintroduire du trivial dans l'extraordinaire, de l'humain dans l'inhumanité.
Et "si c'était un homme" ?
Didier Martz