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Billet de blog 19 oct. 2011

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133 - Quel « genre » de femme ou d'homme êtes-vous ?

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Il est rare qu’un simple chapitre d’un manuel scolaire fasse débat.

Il est rare qu’un simple chapitre d’un manuel scolaire fasse débat. C’est pourtant ce qui s’est produit, en cette rentrée scolaire, au sujet du chapitre intitulé  « Devenir homme ou femme » dans les manuels du programme de Science et vie de la terre des classes de première ES et L. Je n'entrerai pas dans le débat sur le fond. Qu'il y ait une nature féminine et masculine est évident. Comme chez les animaux, il y a des femelles et des mâles dont la tâche principale est de se reproduire. Heureusement. Mais lorsqu'on a dit ça on n'a rien dit ou presque. Mais, comme disait mon acolyte de comptoir : « on n'est pas des bœufs ».

En effet, nous ne sommes pas des bœufs. Même si l'on veut bien accorder au bœuf d'avoir appris à se mettre devant la charrue et non l'inverse - ce qui lui a permis de se sortir de la stricte animalité - il ne s'agit que d'un dressage. Certes, cela ne l'a pas promu, comme son compère le cheval, au rang de meilleur ami de l'homme mais au moins l'autorise à se distinguer de l'araignée qui, infatigablement, depuis des milliers d'années tisse la même toile.

Si nous ne sommes pas des bœufs ou des araignées, il faut bien nous accorder, comme l'avait pointé Rousseau, la perfectibilité, la possibilité de progresser. Je ne parle pas ici de perfectibilité morale parce que dans ce domaine, on se prend à rêver d'être des animaux : faire le mal leur est étranger. Non, la perfectibilité dont parle Rousseau est celle que nous gagnons par l'éducation. Il faut bien, si nous voulons nous distinguer des animaux, postuler que nous disposons d'une forme de liberté qui nous permet de prendre nos distances par rapport au « programme de la nature ». Le termite programmé pour aller se jeter dans la gueule des voraces fourmis rouges pour retarder leur avance n'a pas le choix et donc ne fait pas preuve de courage. Il ne peut pas décider d'y aller ou de ne pas y aller, d'aller boire un verre ou de combattre.

L'homme ou la femme, oui. Ils peuvent choisir. Comme ils peuvent décider d'avoir ou de ne pas avoir des enfants, de prendre des libertés avec leur nature biologique, leur programme. Comme le dit Sartre si l'homme est libre alors il n'a pas un programme, une essence, qui précéderait son existence une fois pour toutes : « l'homme existe d'abord, surgit dans le monde, et se définit après.» Sartre l'athée fait ici cause commune avec la théologie qui soutient la même idée : Dieu n'a pas fait l'homme une fois pour toute. Selon Pic de la Mirandole, vouloir s'accomplir soi-même participe exactement du dessein divin. L'homme doit devenir l'artisan de sa propre destinée.

Ainsi il y a bien une essence du bœuf ou du termite, une sorte de programme naturel qui s'impose à eux. Et si l'on casse trois pattes à un canard, ce n'est plus un canard. Il ne correspond plus à son essence, il n'est plus rien. L'homme avec deux pattes en moins est toujours un homme parce qu'il est toujours en mesure de dépasser sa condition. Le ver de terre sur le macadam, non.

Bien sûr, il n'est pas toujours facile d'être le sujet de sa propre existence. Aussi, l'éducation tente-t-elle d'atténuer les déterminismes sociaux ou biologiques. En principe, elle offre aux petits d'hommes la possibilité de devenir les sujets de leur existence et leur met en main les éléments qui leur permettront de choisir, de se faire une idée et, sinon d'êtres libres, d'avoir des préférences. Aussi, ôter aux individus la possibilité du choix pousse à en faire des « moutons ». Ainsi va le monde.

Didier Martz, philosophe, 20 octobre 2011

A écouter en web-radio sur:http://www.reims-web.com/ces-gens-la/index.php/chronique-audio-ainsi-va-le-monde-didier-martz

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