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Billet de blog 24 février 2015

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274 - C comme... Caricature

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274 - C comme... Caricature

C comme... Caricature. Caricature nous vient de l'italien caricatura qui renvoie à l'action de charger comme l'on charge des marchandises sur un navire. « Charger le baudet » signifie qu'on lui a mis sur le dos un poids excessif. Au figuré, l'homme est comparé à l'aliboron lorsque le travail qu'on lui impose est lui aussi excessif. Retenons l'excès pour notre sujet. La caricature est ainsi une manière excessive, outrée, de représenter ou de suggérer la réalité. Elle la charge comme on dit d'un dessin qu'il est trop chargé ou d'un portrait dont on a forcé le trait. Celui qu'on se fait tirer en 5 mn autour des hauts lieux touristiques par un croquant.

La caricature a cet avantage qu'elle fait aller à l'essentiel en grossissant les traits caractéristiques du personnage. Parfois de manière plaisante ou au contraire avec une volonté manifeste de le tourner en ridicule. Pour ce faire, elle est amenée à aller jusqu'à la transgression de la bienséance et de ce qu'il est convenu de penser. Entre le blasphème, le scandale, le sacrilège, la caricature est comme un « viol des consciences » ou comme le disait un auteur « une jubilation de l'excès ».

Au fond, la caricature n'est jamais qu'une re-présentation de la réalité mais sous un mode particulier. Une re-présentation est une présentation de la réalité sous un autre jour. Ce n'est jamais la réalité. Magritte nous prévient en titrant son tableau représentant fidèlement une pipe : ceci n'est pas une pipe. Depuis Lascaux, l'homme représente la réalité. Tant qu'il s'agit d'une réalité visible, nous n'avons qu'à nous interroger sur la ressemblance. L'image est-elle fidèle ? Ou au contraire déformée ? Les choses se compliquent dès lors que l'on veut représenter l'invisible, Dieu.

Raphaëlle Ziadé est auteure d'un petit livre « Icônes du Petit Palais » qui sert de support à une exposition. Dans une émission radiophonique, elle souligne que la représentation de l'invisible, la représentation de Dieu a été un enjeu tout au long de l'histoire. Un enjeu car est en question la Vérité. Comment rendre compte, en vérité, de l'invisible ?

Il faut commencer dit-elle par distinguer l'icône qui est une image vraie de l'idole qui est une fausse image qu'on adore. L'idole c'est le faux. Ce qui conduira aux VIIème et VIIIème siècle, pendant 130 ans, à la crise iconoclaste – l'iconoclaste étant celui qui brise les images. A cette époque, les empereurs de Bysance interdiront toute vénération des images. Pour eux, l'image est une révélation et est porteuse d'une vérité. Elle n' a pas à être idolâtrée. Par conséquent, elle ne peut ni bouger, ni varier d'où le caractère répétitif et presque uniforme de l'icône. C'est la reproduction fidèle du prototype originel de vérité. Par contre en Occident, surtout grec, l'image est une illustration, une ressemblance, elle n'est pas porteuse de vérité en elle-même d'où les possibilités infinies de variations dans les représentations. Le peintre byzantin ne peut choisir, il ne peut que reproduire l'image première. Le peintre chrétien a lui toute latitude. Ainsi pour les orthodoxes il n'y a qu'une seule image vraie ; les chrétiens et les hindous quant à eux sont iconophiles. Les juifs et les musulmans sont a-iconiques, ils sont en dehors du jeu et de l'enjeu des représentations.

Après tout cela, la meilleure manière de représenter le réel visible n'est-elle pas celle qu'utilise Saint Exupéry par le dessin invisible du mouton que le Petit Prince lui demande ? Ainsi va le monde !

Didier Martz, le 5 février 2015

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