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Billet de blog 27 mars 2014

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Ainsi va le monde n° 237 - D comme … Durée

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Bienvenue à toutes et à tous

 Après Tcomme Temps, D comme... Durée. Saint Augustin d'Hipone est né en Algérie et mort en Algérie, respectivement en 354 et 430. Philosophe et théologien d'origine berbère – et même inventeur de la théologie - , il fut le plus important des Pères de l'Eglise. Son influence fut considérable sur l'histoire de la pensée religieuse et philosophique et notamment sur la formation du jansénisme illustré par Pascal. De Saint Augustin l'algérien, on ne dit pas qu'il est un bougnoul comme je l'ai lu récemment sur un mur anonyme. Il est vrai qu'il n'avait pas eu à lutter pour l'indépendance de son pays, ni à venir fabriquer des automobiles à Boulogne-Billancourt et encore moins à prendre le métro à Charonne le 8 février 1962.

 A la question « qu'est-ce que le temps ? », Saint Augustin répondait dans le livre XI de ses Confessions : « Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ». Ce n'est pas une pirouette. Il en est ainsi de beaucoup de choses dont nous avons l'intuition mais que nous sommes incapables d'expliquer dès lors qu'on nous le demande. Des choses, il en est qui se vivent et ne peuvent se dire, d'autres qui se disent et ne se vivent pas.

 S'agissantdu temps et de sa définition, il est probable que Saint Augustin a exagéré. Il suffit de regarder défiler les aiguilles d'une horloge ou les chiffres de la montre à quartz numérisée pour avoir une idée de ce qu'est le temps. Mais comme la contemplation passive des cadrans n'est pas une occupation fréquente chez les individus, la mesure du temps en seconde, minute, heure, jour, mois, année ne les intéressent que pour apprécier combien de temps il leur reste pour arriver à tel endroit, combien d'heures avant l'arrivée espérée d'un ami ou d'une amie, combien d'années avant la retraite, combien de minutes pour que le sucre fonde dans la tasse. Les minutes de l'attente ou de l'impatience sont longues, les instants du plaisir sont courts, les années passent plus vite avec l'âge, lentement pour l'adolescent qui s'ennuie par un dimanche après-midi pluvieux et gris alors qu'il n'y a rien à la télé.

Par conséquent, pour Bergson, le philosophe, et pour nous par la même occasion, la durée perçue et vécue, qui est la matière première de notre existence, n'a rien à voir avec le temps mesuré au moyen d'appareils parfois très sophistiqués.

 Et nous vivons le temps sous trois modes différents. D'abord, le temps de la mémoire qui extrait du passé des évènements, heureux ou malheureux, pour en faire une histoire, notre légende. Puis, le temps de la quotidienneté qui se caractérise par un étalement souvent stérile, parce qu'il faut bien agir : temps des routines, des répétitions, des paroles convenues, des rituels insignifiants, temps mort à force de le tuer. Et enfin, le temps du projet qui redonne de la couleur au temps du quotidien, qui alors même que nous sommes dans le présent en fait sortir par anticipation.

 Mais ce serait une erreur de penser qu'il y a trois temps : un passé, un présent et un avenir. Saint Augustin l'Algérien rectifie en précisant que passé, présent, avenir, sont toujours conjugués au présent, au moment où nous les vivons. Il n'y a qu'un temps celui du présent : le présent du passé, le présent du présent et le présent de l'avenir. Demain sera un autre jour. Ainsi va le monde !

 Didier Martz, philosophe pratiquant

jeudi 13 mars 2014

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