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Billet de blog 28 mars 2020

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Le couronné virus...

Michel Billé, sociologue et néanmoins poète et philosophe, nous livre une version actualisée de la fable de la Fontaine : Les animaux malades de la peste, intitulée :

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a déjà longtemps que Jean de la Fontaine

Nous racontait l’histoire d’animaux infectés 

Par une maladie d’origine incertaine,

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés! »

Plus de trois siècles après, on pensait volontiers

L’image de la peste largement dépassée 

Pour comprendre ce qui pourrait bien se passer!

Ils n’en meurent pas tous mais tous en sont frappés... 

Un virus inconnu, brusquement apparu,

Envahit récemment quelque pays lointain.

On l’observa, bien sûr, mais personne ne crut 

Qu’il pourrait, du même coup, menacer les voisins.

Le virus commença partout à se répandre,

Tel un guerrier vainqueur au sommet de sa gloire,

A terrasser les foules, à régner, à surprendre,

A écrire sa page d’une bien sombre histoire.

Il fallut tout d’abord nommer cet ennemi

Et pour cela confier aux plus grands des chercheurs 

Le soin de décider, en grande académie, 

Du nom qu’ils donneraient à ce dévastateur.

Un détail apparut qui prit son importance: 

En spectre couronné le virus se montrait,

En symbole effrayant de sa grande arrogance

Le voici « Corona » et son nom s’imposait. 

Le Coronavirus désormais reconnu

Roi de la pandémie, ennemi déclaré, 

Sur tous les continents redouté, attendu,

De la Chine à l’Europe fléau d’humanité...

Le malin fit son œuvre, il tua par milliers

Comme avant lui la lèpre, la peste, l’avaient fait. 

Le monde s’arrêta pour le contrecarrer,

La guerre était partout, la mort se répandait.

Il fallait réagir! Monsieur le Président, 

S’adressant aux français, un soir prit la parole

Et solennellement déclara «Confinement»! 

Fermeture d’abord des crèches et des écoles 

Et fermeture aussi des collèges, des lycées,

Des universités, théâtres, librairies,

Des piscines, salles de sport, restaurants, et cafés, 

Des salles de concert, des commerces aussi!

Interdit de sortir, de flâner, de courir! 

Restez chez vous, faites votre télétravail  

Réjouissez vous d’avoir encore un livre à lire!

Car le confinement, il n’y a que ça qui vaille. 

Unité du pays! La guerre est déclarée! 

Prenons soin des plus vieux, ensemble combattons! 

Masques, gants et gel, tout vous sera distribué 

Et coronavirus ensemble nous vaincrons.

La guerre est déclarée et c’est l’état d’urgence

Tout le monde est d’accord: urgence sanitaire!

Les très mauvaises langues dénoncent les carences 

Pour le reste c’est clair: l’urgence est policière...

Restez chez vous le jour ou bien dérogation!

N’embrassez plus personne, ne jouez pas à ce jeu

Ne serrez plus les mains, pas de propagation

Ne sortez plus le soir, là c’est le couvre-feu!

Ceux qui n’ont rien à dire ont tous pris la parole

Pour réduire au silence ceux qui montent au front

Soignants et médecins, dans une course folle,

Ont tenté de pallier le peu de munitions. 

« Il n’y a pas de lits de réanimation 

Qu’importe l’armée vient et vous prête main forte 

Oui nous assurerons l’union de la nation

L’Hôpital de secours vous ouvrira sa porte... »

Victor Hugo aurait su dire la colère 

Du peuple qui entend parler son Président! 

« Bon appétit Messieurs Ô Ministres intègres! 

Quel remède à cela? L’état est indigent »

Et l’hôpital public pleure depuis longtemps

L’absence de moyens, l’ultra-libéralisme,

Les choix délibérés de nos gouvernements,

La réduction des coûts jusqu’à son paroxysme.

Les personnels usés, en nombre insuffisant, 

Craignent que la santé devienne marchandise

Mais, sans alternative, admettent cependant

Qu’il faille tout donner pour faire face à la crise. 

Et ça dure et ça dure! Il nous faudra longtemps 

Pour sortir de la crise, analyser, comprendre,

Ce que le corona révèle de ce temps, 

De nos manières d’être ce qu’il nous faut entendre.

Ce virus est toxique, il tue, c’est effrayant 

Mais il nous faut bien voir qu’il parle d’autre chose: 

De nos modes de vie, de notre environnement...

Dans tout cela peut-être il faut faire une pause.

La peste revenant a changé d’apparence 

Nous croyons tout savoir, dominer, maîtriser, 

Nous regardons le monde avec tant d’arrogance

Que nous n’avons pas vu arriver le danger!

Et quand nous sortirons de ce confinement, 

Ce sont nos modes de vie qu’il nous faudra changer, 

Sans quoi, nous le savons désormais parfaitement,

Nous n’en mourrons pas tous mais tous serons frappés...

Réveillons nous, debout les damnés de la terre!

Confinés, isolés, reliés symboliquement 

Virus, faim dans le monde, précarité, misère!

Rêvons encore un peu mais solidairement...

Michel Billé, Le 26 mars 2020.

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