C comme... Cadeau. C'est le temps des cadeaux quoiqu'il n'y a pas vraiment de temps pour les cadeaux et que certaines époques en soient particulièrement chargées. Selon le dictionnaire historique de la langue française, il faut remonter au XIIème siècle pour retrouver la trace du mot « cadeau ». Tout commence avec le latin capitellum. Capitellum signifie « petite tête, extrémité » qui donnera notamment « chapiteau ». Comme les mots n'en font qu'à leur « tête », ils vont vite se détourner – ou être détournés - de leur sens premier. Légèrement d'abord avec les provençaux qui vont transformer le capitellum de base en capdel pour désigner un personnage placé en tête comme notre capitaine moderne sur les bateaux. Les gascons, sans doute très envieux, le reprennent à leur compte en remplaçant le -el de capdel par – et et faire de notre capitaine, un chef, un capdet. Progressivement, ce capdet perdra du galon pour descendre dans la hiérarchie et désignera le cadet, celui qui vient après dans l'ordre des naissances. Faute de moyen pour transporter les nombreux cadeaux issus des rayons des supermarchés, on inventa, directement dérivé du cadet mais sans rapport avec lui, le caddie, ce petit chariot métallique grillagé mis à notre disposition dans les magasins pour le remplir d'objets dont a priori nous n'avons pas l'usage. Le contenant force le contenu !
Mais ceci est une autre histoire et si nous osions, nous ajouterions que c'est là le cadet de notre souci qui est de savoir où se niche l'origine du mot « cadeau ».
Donc, résumons-nous. Capitellum donne capdel ou capdet qui deviendra cadeau. Mais avant ce bouleversement de sens, le mot désigne d'abord une lettre capitale (je souligne), lettre ornée de grands traits de plume pour décorer les écritures, remplir les marges ou le haut et le bas des pages. C'est au XVIIème siécle que cadeau devient le cadeau, cette fête galante avec force musique et banquet offerte à une dame. Ainsi on passe de la lettre d'ornement à « faire des cadeaux » c'est-à-dire offrir à quelqu'un quelque chose pour lui rendre hommage et lui faire plaisir. Si on ne l'aime pas, on ne lui fera pas de cadeaux et on sera plutôt dur avec lui !
Aujourd'hui, devant l'abondance de cadeaux, il est peu sûr que l'on fasse plaisir et en particulier à l'enfant. C'est qu'on aura confondu, nous dit Françoise Dolto dans l'Ecole des parents, leur besoin avec leur désir et ce n'est pas en répondant au second qu'on satisfait le premier. La preuve est que à peine le premier paquet ouvert il se précipite déjà sur le second jusqu'à plus soif. Eh bien non, l'enfant aura encore soif et loin d'avoir mis fin à ses désirs nous n'aurons fait que les renforcer. Une fois qu'il a obtenu ce qu'il croyait vouloir voilà qu'il se met à désirer autre chose. Si l'enfant demande un smartphone ce n'est pas qu'il en a besoin. Il demande autre chose. Pour Françoise Dolto, l'enfant ne veut pas un smartphone il veut d'abord qu'on lui parle, qu'on s'occupe de lui. Si on lui dit « comment serait ce téléphone ? De quelle couleur ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire avec ? », l'enfant entre dans le langage, parle ses désirs, se les représente, entre en communication par la parole et non dans le corps à corps du genre « Je veux ceci » - « Non tu ne l'auras pas », jusqu'au conflit parfois.
En permettant la mise en mots de son désir, 1) l'enfant est satisfait d'avoir pu communier avec ses proches; 2) vous faites des économies ; 3) et vous ne faites pas plaisir au vendeur qui lui ne se paie pas de mots. Ainsi va le monde et joyeuses fêtes !
Didier Martz, 25 décembre 2012