L'eau vaut plus que l'or

Jack ouvre la porte de sa maison. Dehors le soleil rouge commence sa journée, il va encore faire chaud...

 Jack ouvre la porte de sa maison. Dehors le soleil rouge commence sa journée, il va encore faire chaud. Il balaie sa ferme du regard, ne voit que de la terre rouge. Il n’y a pas si longtemps le vert dominait et les vaches commençaient leur travail de transformation de l'herbe en lait. La nostalgie n’a plus de place, aujourd’hui un commissaire priseur va venir vendre sa ferme. Les vaches, elles, sont déjà parties.

A plusieurs milliers de km, dans son bureau au sommet du building, Anton regarde le soleil dans air satisfait. Il regarde l’écran où les courbes évoluent en sa faveur; l’idée qu’il a eue est géniale.

Il y a quelques années de cela, des hommes en costard cravate sont venu voir Jack et ses voisins. Leur discours ressemblait à ça «  l’eau va devenir rare et elle est vitale pour vous. Le seul moyen de s’en sortir est de payer cette ressource. Nous avons eu l’idée de la coter en bourse. » Une rumeur s’élève dans l’assemblée. Le banquier continue : « le gros avantage pour vous est que si vous avez un excèdent vous pourrez le vendre, cela vous fera un deuxième salaire ». L’argument massue est tombé.

Depuis cinq ans, en Australie, l’eau est devenue comme le pétrole un produit boursier. L’eau était peu chère au début, mais les sécheresses se succédant , le prix a monté. Alors les paysans n’avaient plus assez d’eau, ils étaient obligés d’en acheter, le prix était de plus en plus élevé ; bien sûr ils n’avaient plus d’excédent à vendre. Petit à petit les paysans sont partis, laissant leurs terres à de grands groupes pouvant se payer l’eau. Il n’y a plus de vaches mais des amandiers à perte de vue.

En Californie depuis peu, l’eau devient aussi un produit boursier. Les investisseurs se sont dit que plus l’eau sera rare, plus elle sera chère donc elle vaudra plus que l’or. Des spéculateurs achètent des milliers d’hectares, non pas pour cultiver mais pour faire des profits sur le précieux liquide. La monoculture, moins couteuse en eau, prend la place des vergers plus gourmands. Des réunions sont organisées là aussi pour expliquer aux petits paysans que la cotation de l’eau est bien pour eux.

Les écologistes soutiennent les financiers, ils se disent que payer l’eau fera qu’on ne la gaspillera plus. Ils font des deals avec les investisseurs pour garder des lacs, des zones pour l’environnement. Des sanctuaires.

Bientôt l’eau ne sera plus accessible pour tout le monde, ceux qui ne paieront pas verront leur accès coupé. L’idée de faire de l’eau un produit boursier suit son chemin, au fil de l’eau, dans le monde. En Europe des lobbies commencent leur travail de sape; pour l’instant on résiste, pour combien de temps ?

Si on se projette dans le futur, on voit que ce système court à sa perte. L’eau sera de plus en plus chère. Si nous prenons le cas de la Californie, qu’est ce qui pourra se payer l’eau ? Ce sont des grosses agglomérations comme Los Angeles avec leur pourvoir d’achat et ce, au dépend des agriculteurs qui mettront la clé sous la porte.

Je pose la question avec quels produits Los Angeles nourrira sa population ?

Mais pour l’instant on s’en fout on fait de l’argent.

Que peut-on espérer de ces gens assis dans leur fauteuil regardant les courbes et analysant des tableaux Excel ? Rien. Ils ne nourriront, ne soigneront pas la population ; ils veulent gagner de l’argent et ne comprennent pas que tout le monde n’en fasse pas autant. On parle de théorie du complot mais le complot il est là, ce sont tous ces gens qui veulent amasser plus et pour ce faire sont prêts à éliminer tous ceux qui sont sur leur chemin. Le seul espoir est qu’ils s’éliminent entre eux. Mais il sera trop tard pour les autres.

Dans son bureau à Melbourne, Anton répond à un journaliste : « est ce que je suis satisfait du réchauffement climatique, des sécheresses ? Mais bien sûr ! C’est bon pour moi !  L’important c’est faire de l’argent !».

Un jour ils boursicoteront sur la vie des gens. La vie est-ce une valeur sûre ?

Bon moi, faut que j’arrête de regarder des docs sur Arte, ça me fout le moral dans les chaussettes. Je regarderai des docs animaliers maintenant genre la vie sexuelle des Orangs Outangs ; mais la camera zoomera et on verra apparaitre un braconnier avec son fusil à lunette et… .

Je ne voudrais pas être de ce monde.

 https://www.arte.tv/fr/videos/082810-000-A/main-basse-sur-l-eau/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.