« Respiration démocratique » pour asphyxie sanitaire ?

Cette semaine nous saurons si le maintien, envers et contre tout, du premier tour des élections municipales 2020 par Emmanuel Macron a conduit à de brutales augmentations de cas COVID-19

Le 15 mars 2020 pourrait être la plus grave erreur dans cette gestion de crise Le 15 mars 2020 pourrait être la plus grave erreur dans cette gestion de crise

 

Une prise de risque incompréhensible

La pandémie hors-norme à laquelle font face toutes les populations du monde n'était à l'évidence ni prévisible, ni évitable. Il serait absurde d'en attribuer la responsabilité à l'exécutif français actuel, tout comme il serait injuste et malhonnête de le condamner sur ses tatônnements, quand la communauté scientifique a elle-même réajusté plusieurs fois son discours face à cette crise sanitaire sans précédent.

Il n'en reste pas moins qu'une décision en particulier apparaissait dès l'origine comme absurde et dangereuse : appeler 47,7 millions d'électeurs à voter pour le 1er tour des élections municipales du dimanche 15 mars 2020. Avec un taux de participation national de 44,66%, l'exécutif a fait prendre un risque considérable à des millions de francais en plein décollage de l'épidémie du COVID-19, l'Audomarois ne faisant pas exception.

Quand la droite force la main du président

Remettons-nous dans le contexte : lors de sa prise de parole du jeudi 12 mars 2020, Emmanuel Macron annonçait le maitien du premier tour. Il annonçait un peu plus tard dans cette même allocution que « dès lundi et jusqu'à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés ». Nous en étions alors à près de 3 000 contaminés en France (estimation largement sous-évaluée par manque de tests) et 60 morts. En clair : près de 50 millions de français étaient appelés à se déplacer (dont une part importante de citoyens âgés de plus de 50 ans, dont on connaissait leur vulnérabilité face au virus) dans leur bureau de vote quand le lendemain tout le système éducatif devait être mis à l'arrêt.

Devant l'incohérence de ces choix, Macron prendra soin de ne pas assumer seul cette responsabilité en évoquant « les scientifiques [qui] considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes » et d'utiliser l'opposition de la même manière « J'ai aussi demandé au Premier ministre (...) de consulter largement toutes les familles politiques, et elles ont exprimé la même volonté ».

Jean-Luc Mélenchon, l'un des principaux opposants, démentira avoir été consulté à propos du maitien du premier tour lors de sa conférence de presse du 12 mars 2020, en précisant « J'ai été surpris quand je l'ai entendu dire que nous avions donné notre avis, on nous ne l'a pas demandé ».

C'est en fait des élus de droite, Gérard Larcher et François Baroin, qui convaincront le Président de maintenir les élections. Le Premier ministre Edouard Philippe, lui-même candidat au Havre, parlera de ces élections comme d'une « respiration démocratique ».

Du lendemain de l'allocution jusqu'au matin du vote, de nombreux ténors politiques de toutes tendances tels que Xavier Bertrand, Raphaël Glucksmannn ou encore Eric Coquerel appelleront l'exécutif à reporter le premier tour, en vain. Pourtant, il était encore temps d'agir, des rumeurs se répandront sur un report jusque tard dans la nuit du 14 au 15 mars.

Le premier tour a finalement eu lieu, avec une abstention historique. Emmanuel Macron annonçait le lendemain le report du second tour, à une date indéterminée. Pourquoi s'être entêté jusqu'au dernier moment, envers et contre tout ?

On peut légitimement penser que c'est par simple fierté, par posture politique. La parole d'un ministre peut être contredite en quelques heures par le Président, mais celui-ci ne revient jamais sur ses allocutions, surtout sur des décisions de premier ordre comme les élections.

Vers un pic de nouveaux cas post-municipales ?

Comme chacun sait, la situation n'a fait qu'empirer depuis le 15 mars, on enregistre ce lundi 23 mars à 8H plus de 16 000 cas confirmés et 674 décès. Le COVID-19 ayant un délai d'incubation pouvant s'étendre jusqu'à 14 jours, c'est cette semaine que l'on pourra déduire si de brutales augmentations de cas peuvent être liées avec le premier tour.

Une chose est sûre : les gestes barrières et le confinement ralentissent certes le virus, mais il n'y a aucune raison qu'il épargne les électeurs, assesseurs et scrutateurs du 15 mars 2020.

Notre député Benoit Potterie (LREM) ne s'est pas exprimé sur le sujet, nous ignorons s'il était favorable ou non au maintien. Nous savons néanmoins de sources sûres que sa camarade LREM Caroline Saudemont, l'ex-mais-provisoire-maire d'Arques (battue à plus de 30% d'écart par Benoît Roussel), avait exigé d'une assesseur qu'elle retire ses gants parce que ce serait « un facteur de propagation du virus » !

Quand les apparences comptent plus que la réalité.

Lien vers l'article sur notre site: https://www.audomarois-alternatif.fr/respiration-democratique-pour-asphyxie-sanitaire

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