Grèce : le coup de grâce

Ce soir 7 novembre la coalition Droite-PASOK vote les mesures d'austérité imposées par la Troïka (FMI-UE-BCE) « recommandées » par l'axe germano-français.

Quelques remarques qu'on évite de discuter en France et en Allemagne.

(1)

M. Papandréou est le président de l'internationale Socialiste, réélu à l'unanimité. Mme S. Royal est sa vice-présidente. Le 12 juillet 2010 elle déclarait : « Nous sommes solidaires de l’audacieux Papandréou ». Grâce à l'audace du premier ministre grec et le soutien de la France socialiste, la Grèce a été sauvée de la faillite. Consécration suprême, Harvard, la première université au monde, l'a invité comme professeur. Il enseigne actuellement « (re)designing Europe » (le lundi, 16h, salle 166, si vous souhaitez y assister).

(2)

Papandréou a abandonné Goldan Sacks au profit d'une équipe performante de la Banque Lazard-France (son senior advisor Daniel Cohen, « pur esprit Normale Sup », est devenu conseiller du gouvernement grec). Le Memorandum I (2.000 pages) élaboré par DSK (entre deux Sofitels) s'est avéré insuffisant.

(3)

Un petit ajustement économique par le Memorandum II a fait monter le nombre des suicides à 1900, le chômage à 22%, le départ de jeunes diplômés à 15.000, les salaires et retraites diminués de 25-45%, ...

(4)

Les Grecs sont corrompus. Le juge grec demande au juge allemand l’extradition de Michael Christoforakos, directeur général de Siemens-Grèce qui avait « arrosé » la moitié du parlement grec (PASOK et Nouvelle Démocratie). Gigantesque corruption. Jusqu’à maintenant, trois MAE « de juge à juge » n’ont pas abouti. Même le tribunal de Munich a réclamé l’extradition. Les gendarmes allemands ne pratiquent pas de « contrôles d’alcoolémie aléatoires ». La chancelière s’y oppose, elle ; Valls serait une « couille molle », comme dirait Mme Aubry. (Je m'excuse d'employer le jargon socialiste).

Mme Merkel, lors de sa visite de 6 (!) heures exactement à Athènes, le 9 octobre 2012, elle s’est entretenue avec la direction de deux filiales Siemens et a renouvelé son soutien au premier ministre de droite. De son coté, l'exterminateur de Papandréou, M. Venizelos, professeur de droit constitutionnel et président de PASOK a obtenu le soutien de Hollande, le 21 (?) mai 2012 à l'Elysée. Si Merkel-Hollande (Sarkozy) lâchent Samaras-Venizelos le système politique de la corruption s'écroulera. On attend Hollande à Athènes (annonce officielle du gouvernement grec).

(5)

Les Grecs ne paient pas d'impôts. Mme Lagarde, ministre des Finances, atlantiste de choc, envoie en octobre 2010 une liste confidentielle de 2036 évadés fiscaux grecs au ministre de Finances grec, socialiste, « pour les attraper » (la plupart sont de droite !). Le ministre a perdu la liste. Le parlement grec a demandé ces jours-ci l'original à Moscovici !

(Valls a raison. L'Europe est « de juge à juge » et « de ministre à ministre » ; jusqu'au jour où le peuple ne fera pas le détail et ce sera trop tard.)

(6)

Ce soir, 7 novembre 2012, le parlement grec votera (sauf miracle) le Memorandum III imposé par l'axe germano-français (le « moteur franco-allemand » pour les personnes cultivées). Il suffit de lire le FigaroMonde pour savoir que les Grecs doivent accepter ces n-ièmes mesures d'austérité sinon pas d'euro, par d'Europe, pas d'OTAN. Les Grecs seront privés de Galeries Lafayette et de la culture Disneyland. Avec l'éventualité d'envoyer l'armada française au Pirée pour récupérer l'argent comme en 1843. Mais cette fois-ci, ils n'auront pas de chance. Le port du Pirée appartient aux Chinois, vendu pour 5 milliards !

(7)

Les entreprises françaises, allemandes, grecques, ... au lieu de s'expatrier en Chine, elles peuvent désormais délocaliser en Grèce. Le salaire pour un jeune diplômé très qualifié est inférieur à 500 euros. En plus, dans ce pays il fait toujours beau. Le seul inconvénient, c'est l'instabilité politique, non propice aux affaires. Deux obstacles à éliminer d'urgence : SYRIZA (ses frères PCF et Mélanchon en France) et le Parti communiste de Grèce. Chez nous, l'UMPS s'en charge par internationalisme. La section du club Mediapart participe activement.

(8)

Grèce : 300 milliards de dettes pour 11 millions d'habitants (27.000 euros par habitant) au début de la «crise».

France : 1850 milliards de dettes pour 65 millions d'habitants et 37 millions de foyers fiscaux (28.000 euros par habitant ; 50.000 euros par foyer fiscal).

En Grèce on sait qui paye. En France qui paiera ?

 

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