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Billet de blog 9 octobre 2012

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Athènes reçoit Mme Merkel. Le peuple reconnaissant

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La chancelière arrive à Athènes ce mardi à 13h30 et repart à 19h30. C’est une Biltz Besuch, “visite éclair” [1].

Les mesures de protection de la femme la plus puissante de l’Europe dépassent toute imagination. 6500 policiers et les CRS sont mobilisés. Les corps spéciaux anti-émeutes, les services secrets, voltigeurs, tireurs d’élite sur les bâtiments sont en alerte permanente. Chiens policiers, hélicoptères, avions militaires, vedettes rapides au Pirée. Le plan de désactivation de portables est prêt en cas de nécessité. Le centre d’Athènes est complètement bloqué, des touristes sont fouillés, les interpellations préventives ont commencé dès lundi. Deux ailes d’un hôpital sont réservées en cas de nécessité. Toute circulation, tout rassemblement, toute manifestation est interdite au passage de l’invitée de marque [2]. L’itinéraire de l’aéroport à l’hôtel Hilton est soigneusement préparé pour éviter de montrer le centre historique désertique, ravagé par la politique d’austérité.

Elle ne sera pas reçue au Parlement [3]. Elle verra le président de la République, le premier ministre à qui elle donnera des instructions pour la suite et enfin et surtout la chambre de commerce gréco-allemande. Les affaires avant tout.

L’opposition appelle à manifester. Le parti allemand Die Linke sera présent. Les syndicats appellent à un arrêt de travail de 3 heures [4]. Les Athéniens hésitent sur l’attitude face à Mme Merkel. Ou bien s’enfermer chez-eux (ville déserte comme le jour de l'arrivée des Nazis en 41) ou bien aller manifester.

Madame Merkel a déjà rencontré tous les premiers ministres grecs depuis 5 ans à Berlin ou à Bruxelles. Pourquoi cette visite dans un pays traumatisé et à 100% hostile au gouvernement allemand ? D’après les journaux allemands (Spiegel, Die Welt) pour mettre un terme aux spéculations d’une éventuelle sortie de la Grèce. L’Allemagne « soutient » la Grèce, bonne fille docile qui rembourse sans aucun retard les banques et usuriers européens. Le président Hollande n’ose pas soutenir le parti frère.

Droite, PS et leurs protecteurs et commanditaires ont pillé la Grèce [5]. Madame Merkel arrive en Grèce pour sauver un système politique corrompu et discrédité [6]. Son arrivée coïncide avec la fin du cycle Papandréou-Pigasse (février 2010), à savoir la stratégie des dilemmes savamment orchestrés tout le long de la crise : faillite ou mémorandum, mesures d’austérité ou non versement de salaires, dans l’euro ou catastrophe nationale, dans l’Europe ou disparition de la Grèce, alliance PS-Droite ou aventure communiste, … Faire peur et accepter l’inacceptable. Aujourd’hui un nouveau cycle s’ouvre : Le pillage des ressources (pétrole de la mer Egée, privatisations juteuses, restructuration du marché intérieur) et l’européïsation (c’est-à-dire américanisation) du système de gouvernance pour plus de stabilité [7].

Notes

[1] Le chancelier Hitler est venu à Paris occupé le 23 juin 1940. Il était accompagné de l’architecte Speer et du sculpteur Brecker. Hitler est resté 3 heures à Paris. Il avait visité la Tour Eiffel, l’opéra, Madeleine, … “Construire la nouvelle Europe” était son but. Comme celui de Mme Merkel.

[2] Les Athéniens n’auront même pas la possibilité d’accueillir avec des fleurs la femme qui les a sauvé de la catastrophe. On se rappelle de l’accueil enthousiaste à la gare d’Avignon du maréchal Pétain le 4 décembre 1940 (« Il n’y eut pratiquement pas besoin de service d’ordre ».) Alors que les écoles, les associations folkloriques et la Jeunesse Etudiante chrétienne ont été requises à l’époque pour accueillir le Maréchal, le gouvernement Samaras a renoncé et a annulé tout accueil populaire.

[3] Ce serait une provocation. Tout se passe entre la Troïka qui donne des instructions au gouvernement qui légifère. Le premier ministre grec se plaint que les ordres viennent des fonctionnaires de la Troïka et non de ses égaux européens ! Le Parlement est une façade démocratique.

[4] A Athènes, bus et métro circulent normalement aux heures de la manifestation et s’arrêtent après. A Paris, les transports en commun font grève pour … empêcher les gens d’y aller ! Le gouvernement ferme les six stations de métro du centre d’Athènes.

[5] L’ex numéro 2 du PS est en prison pour corruption. L’Allemagne pour obtenir le marché de quatre sous-marins avait versé des commissions au ministre de la Défense socialiste. Siemens a arrosé royalement la classe politique grecque (PS et droite). Merkel refuse d’extrader le cerveau de l’opération et ne veut pas communiquer la liste des hommes politiques corrompus. Samaras et Venizélos aiment bien Mme Merkel tant qu’elle ne communique pas la liste.

[6] Le PS est en voie de disparition, la vieille droite se maintient grâce à l’apport des cadres de l’extrême droite soft disparue aux élections au profit de l’extrême droite nazie.

[7] Sarkozy a obtenu l’envoi de 150 fonctionnaires français pour restructurer l’administration grecque (bâtie déjà sur le modèle français !). Mme Merkel enverra une équipe de 160 économistes pour européaniser l’économie !!

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