Que la fête commence !

La Presse de l'oligarchie se déchaîne. Elle prépare le terrain pour accepter l'inacceptable. Sauver les banques. Sauver la France. Faire payer les Français, les responsables de la dette. Après Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur-Obsession, le groupe Rothschild attaque au nom du Travail et de la Patrie. Il n'y a plus besoin de porter un masque. A visage découvert, Demorand crache sur les travailleurs : « Oui, pour le dire avec ces mots autrefois clinquants, il faudra travailler plus pour gagner autant et peut-être même moins. » Ce matin la ministre Touraine annonce la réforme des retraites qui prévoit l'effort de « tous les Français ». On n'est qu'au début du plan Papandréou, président de l'Internationale Socialiste. C'était sa première mesure. [1]

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Pauvre peuple, tu voulais te débarrasser de la droite haineuse [2]. Tu l'a fait. Maintenant, il faut en payer le prix. Tu paieras pour sauver Versailles. Tu paieras pour sauver ton âme. Tu paieras pour sauver tes enfants. C'est comme ça. Tu ne voulais pas de syndicats, tu voulais le Consensus sans savoir avec qui et pourquoi, tu voulais regarder les sophistes-guignols-botuls à la télé tranquille dans ton coin. Je sais. Maintenant, pour te venger de la gauche tu voteras à droite et à son extrême et puis tu auras honte comme t'as eu honte en 40. Tu as donné les pleins pouvoirs au Maréchal, vainqueur à Verdun. Tu as vu le résultat et tu le regrettes. Tu as donné les pleins pouvoirs au petit caporal, vainqueur au Mali : la présidence de la république, l'assemblée nationale, le sénat, les régions de France, la majorité de départements, nos villes et nos villages et la banque Sarkozy-Royal [3]. Réveille-toi avant de regretter. Tu ne mérites pas ça. Un peuple qui est bon à être gouverné est bon à gouverner.

 

[1] Papandréou prétextait que son plan était imposé par la Troïka. En France, ce serait honteux pour le président d'évoquer une telle explication. La France n'est pas un pays de la périphérie. Les chiens de garde ont du travail.

[2] Information à destination des apolitiques : L'expression « droite haineuse » est un écran de fumée du PS et assimilés. Jamais depuis la Libération un Pouvoir de droite, aussi primitif et bestial que ce dernier, n’a eu à son service autant de socialistes (vrais ou faux). Le gouvernement « d’ouverture » du socialiste Rocard avait moins de socialistes. La liste n'est pas exhaustive : Jacques Séguéla, Bernard Tapie, André Glucksmann, Roger Hanin, Pascal Sevran, Jacques Attali, Max Gallo, Anne Lauvergeon, Georges-Marc Benamou, Hubert Védrine, Bernard Kouchner, Martin Hirsh, Claude Allègre, Eric Besson, Michel Charasse, Jacques Blanc, Jean-Pierre Jouyet, Alain Minc, Fadela Amara, Jean-Marie Bockel, Jack Lang, Manuel Valls, Dominique Strauss-Kahn, Olivier Schrameck, Guy Carcassone, Olivier Duhamel, Michel Rocard, Julien Dray, Bernard-Herri Lévy, …

[3] Information à destination de nos lecteurs étrangers : En France le président a créé une banque administrée par un ex-ministre de Sarkozy et son ex compagne. Il espère ainsi terrasser la bête.

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L'article du directeur de Libération est très violent. Il y en aura d'autres. Mediapart se cantonne à une opposition normale à un régime normal. Pour l'instant, elle exorcise Staline et Chavez ... ils risquent de venir distribuer l'argent aux pauvres ... Un hélicoptère de la police survole la Tour de David ... la révolution ne sera pas filmée ... Mon dieu, aux abris ... et le nouveau pape sans papamobile ... l'horreur ...

 Article de NICOLAS DEMORAND, 5 mars 2013

Les raisons, nous les connaissons toutes : un enchaînement rapide de crises, bancaire, financière, monétaire, économique, qui plongent les Etats en quasi-banqueroute, dans le marasme et la récession. Il y a fort à parier que beaucoup de chefs d’entreprise aujourd’hui en grande difficulté ou de chômeurs n’ont jamais boursicoté. Et ne sont donc en rien responsables ou coupables de ce qui leur tombe sur la tête. Cette injustice, proprement révoltante, s’impose comme le sujet politique explosif de ces prochaines années : les partis de gouvernement ne savent pas s’en saisir ; les populistes s’en repaissent ; les élections débouchent sur d’introuvables configurations. En attendant, dans la panade, il faut travailler à sauver le travail. Ou ce qu’il en reste. Oui, pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales. Oui, il faudra bâtir des compromis au sein des entreprises sans quoi celles-ci fermeront. Oui, pour le dire avec ces mots autrefois clinquants, il faudra travailler plus pour gagner autant et peut-être même moins. Oui, ce scénario reste mille fois préférable au chômage. Aucune des phrases qui précède n’est dictée par l’idéologie qui normalement les inspire : le mépris social et la haine des pauvres qui, crise ou pas, s’exprime toujours sur le même ton. Il s’agit aujourd’hui de l’inverse : trouver le moyen, pour une période limitée, dans le dialogue social au sein des entreprises, de maintenir en activité des pans entiers de la population qui risquent sinon d’aller grossir les rangs des chômeurs.

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