Portrait universitaire - 1


J’adore surfer sur un imaginaire majoritaire. Je n’ai pas d’effort à faire, j’ai autre chose à faire dans la vie : Je me cultive. Ma pensée est lisse, brillante, naturelle, innée. Les gens simples reconnaissent ma supériorité.

Je déteste les discussions. Elles vous font parfois changer d’avis, disait-il Oscar Wilde. Les discussions avec les collègues du second rang m’indisposent. Il faut toujours faire un effort pour se mettre à leur niveau, mais je n’ai point le temps. De toute manière, ils essaient de m'imiter.

Avant je tenais bloc-notes au journal Le Monde. Aux pieds de mon balcon, des gens de toute provenance m’insultaient. Une foule amorphe comme celle autour de la pierre kaaba. C’était intenable. Je suis parti en emportant mes recherches approfondies sur la nature humaine.

J’aime cultiver la distance avec les êtres inférieurs, distance génératrice de respect et d’admiration. Je suis distingué, courtois, bien élevé, consensuel avec mes égaux.

Par contre, je dois vous l’avouer, je fais un effort quotidien pour masquer mon mépris des populations anciennement colonisées, car elles ne veulent pas s’intégrer et perturbent le jeu de ma séduction. En plus ils introduisent de nouveaux démons dans la Cité et au Club en particulier. Et puis ce chiffon de foulard à eux. Ils nous imitent. Le beau foulard de la Marie du fils de Dieu leur a plu mais les indigènes n’ont pas de goût. Moi, j’adore le foulard Hermès. Au vernissage, à Versailles, elle était adorable la fille de ma maîtresse.

Je suis aimé par les êtres qui savent aimer. Dieu (celui de Saint Augustin, pas l’autre) me comprend et m’acceptera au paradis en première classe exceptionnelle.

 

[Les commentaires seront fermés s'ils sont défavorables. Ce midi, j'ai vu que 6 commentaires au blog du théoricien de la maîtresse de Heidegger ont été supprimés. Comment faire ici ? Nous, de la banlieue francophone, on n'a pas droit ? Madame Géraldine je vous laisse le soin de supprimer tout commentaire insultant.]

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