Il est russe blanc, parle très peu le français. En maths, il est vrai, il n’y a pas besoin de français. Il est brillant avec son doctorat à Berlin et ses travaux de recherche sur les espaces topologiques en petite dimension. Sa fiancé, blanche comme la neige, vieille souche de Rueil-Malmaison, a des « qualités personnelles essentielles ».
Il a tout pour plaire ce jeune. Il ne fait pas de politique. « Elle nuit à la créativité » dit-il. A l’université, il est apprécié et honoré par ses collègues. C’est un atout pour la France dans cette compétition internationale impitoyable. Sa naturalisation est un honneur pour notre pays.
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Ouvrier et sans papiers. Ouvrier malien et sans papiers. Ouvrier malien sans papiers et sans diplôme. Non, c’est trop. Il y a trop d’étrangers de mauvaise race en France. En plus, ils militent. L’horreur. « La France n’est pas la poubelle du monde » a proclamé solennellement notre ex-premier ministre. Il a raison. Nous avons pour mission de civiliser les peuples sauvages chez eux et en aucun cas sur le territoire de nos ancêtres les Gaulois. Notre race et notre religion seront détruites si on n’y prend pas garde.
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Le Figaro, gardien de notre identité nationale, avait déjà tiré la sonnette d’alarme en première page dans son édition du 24 juin 1927 :
Ainsi la destruction de notre race et son remplacement sur notre sol par des races étrangères s’accomplissent étape par étape exactement comme l’ont décidé les Maîtres occultes, les Trois-Cents du sanctuaire qu’a dévoilé l’un d’eux, Walther Rathenau.
[Walther Rathenau (1867-1922), juif allemand, fondateur de l’AEG, était la cible des milieux antisémites français et allemands. Il a été assassiné par l’Organisation Consul, organisation terroriste nationaliste. En 1933, ses assassins seront honorés par Hitler. « Trois cents hommes, dont chacun connaît tous les autres, gouvernent les destinées du continent européen et choisissent leurs successeurs dans leur entourage » est la phrase de Walter Rathenau dans le journal autrichien Wiener Freie Presse, le 24 décembre 1912. Il faisait allusion au Comité des 300, créé en 1729 par la BEIMC (British East India Merchant Company), dirigé par la couronne Britannique et la famille Rothschild.]