Cours de Finance

La Finance, c'est exactement comme le tricot. Surtout avec les taux d'intérêt négatifs.

 

Les taux d’intérêt négatifs

 

 

 

 

 

L’apparition, à l’été 2012, de taux négatifs pour le financement de la dette publique allemande est un événement notable. Surprenant ? Sans doute non pour ceux qui se souviennent de la magistrale conférence sur l’évolution des taux d’intérêts présentée, il y a déjà belle lurette, au colloque de Davos, par un digne représentant de l’Agence Boursière des Sciences de la Conservation des Organisations de Normalisation Sécuritaire (ABSCONS)

 

 

 

C’est en effet face à l’Elite mondiale de la Finance, des multinationales et de leurs annexes gouvernementales que le deuxième vice-président de l’ABSCONS - le professeur Etakati Takité, de l’Université de Fukushima - avait cette année-là soutenu la prévision d’une baisse continue des taux d’intérêts du crédit bancaire, aboutissant inéluctablement à des taux négatifs. « Et c’est du peu au jus » avait précisé, en français, le professeur devant les têtes savantes mais alors particulièrement médusées emplissant la grande salle de la conférence. Seuls, quelques initiés comprirent que le digne professeur n’avait pas tout à fait oublié le long stage technique qu’il avait effectué au 23ème régiment de scaphandriers parachutistes de Saint-Tropez à la demande de l’OTAN ( Organisation Tendancielle des Agences de Notation).

 

 

 

« It is not possible » s’étaient alors exclamées en choeur les sages Autorités financières qui essayaient encore de comprendre comment fonctionnent en réalité les produits dérivés, les CDO, les CDS et autres subprimes conçus, comme on le sait, pour sécuriser définitivement la mondialisation financière. « Que non pas ! » avait rétorqué aussitôt Etakati Takité  qui rappela que si « la manipulation des fonds entraîne nécessairement des mouvements de caisse », façon synthétique de parler du problème de la liquidité des banques, « tout aussi nécessairement ces mouvements ne peuvent s’effectuer qu’en partie double – selon l’exigence fondamentale de tout plan comptable : ils s’équilibrent donc obligatoirement, tout comme les deux côtés de tout bilan. » Puis, Etakati Takité expliqua pourquoi les taux négatifs marcheront aussi bien que les taux positifs « à la seule condition qu’ils profitent équitablement à tous. »

 

 

 

Ainsi, un taux négatif appliqué aux dépôts dans les banques (par exemple - 3 % par an) diminuerait certes progressivement les montants de ces dépôts - et donc la somme due par les banques aux déposants, mais ce même taux négatif appliqué au système du crédit, et donc à la création de moyens de paiement, réduirait également de façon progressive la dette des emprunteurs, ce qui d’évidence permettrait de diminuer d’autant la destruction monétaire constituée par le remboursement des prêts. Et cela - souligna joyeusement le professeur - au moment où, le crédit s’épuisant, il faut alors nécessairement relancer l’Economie en relançant le crédit ! Et donc, poursuivit-il : « l’Economie repartira comme en 14  grâce à l’accroissement de la demande de biens et de services qui sera la conséquence de la diminution des dettes. Car, n’est-ce-pas, avec des taux négatifs sur l’épargne, les gens n’auront pas intérêt à planquer leur pognon ». Reprenant une rasade de l’excellent saké que le premier Vice-Président de l’ABSCONS, un congolais farceur, avait subrepticement substitué à la fade eau minérale suisse dans la carafe, il ajouta : « Et ne voyez-vous pas, bande de nazes, que l’augmentation des revenus compensera et au delà tous les manques à gagner du départ, aussi bien ceux des déposants sur leurs comptes de dépôts, que ceux des banques dans le remboursement des prêts ? »

 

 

 

- « Mais alors, si on verse des intérêts négatifs aux emprunteurs, ils vont emprunter n’importe quel montant pour faire n’importe quoi ! » s’exclama un jeune, charmant et innocent trader de la filiale sicilienne de Goldman and Sachs. « Que non pas ! » rétorqua de nouveau le professeur Etakati Takité : « les versements aux emprunteurs resteront liés à la réalisation des investissements prévus par contrat. On ne prêtera pas aux gens qui ne foutent rien et les méthodes de contrôle de pertinence des investissements auront même tendance à être renforcées. »

 

 

 

Le patron du FMI qui ne cessait d’avoir besoin des services d’une ravissante hôtesse dont le charme était accentué par une future maternité, n’avait toujours rien compris. Pas plus que son voisin, le président de la BCE, qui ne quittait pas son habituel air effaré. L’hôtesse, elle, avait tout compris : « Mais voyons, Dominique et Jean-Claude – leur dit-elle - les taux d’intérêts, çà peut marcher comme le tricot : 100 points de base à l’endroit, 100 points de base à l’envers »

 

 

 

« C’est exactement cela - dit le professeur qui l’avait entendue – les taux d’intérêts, çà marche à l’envers comme à l’endroit : c’est comme le tricot, la valse ou le tango »

 

 

 

Combien de temps faudra t’il au comité exécutif de la Troïka (FMI, BCE et Union Européenne ) et aux professeurs de Harvard ou de l’ENA pour comprendre qu’il est de plus en plus urgent d’ajouter des cours de tricot, de valse et de tango au plan de formation des traders, des banquiers et des gouvernements ?

 

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