LE PEN - MACRON : Effet et Cause

LE PEN - MACRON : est-il intelligent de vouloir empêcher l’Effet en soutenant sa Cause ?

1/ Résumé de la situation

 

En ce printemps électoral 2017, les Experts (dont les Médias sont avides) disent presque tous la même chose à propos du « populisme » qui s’exprime dans les sondages et les urnes. Comme on les a beaucoup entendu, ces Experts, nul besoin de rappeler leur discours. Seulement ceci : avec leurs observations et sondages, ils ont quand même vu que les votants pour les candidats « populistes » sont effectivement les gens qui souffrent le plus de la « libéralisation » de la concurrence, et de la suppression des réglementations protectrices des économies locales.

Ainsi, l’ouvrier, le paysan, l’employé ou le locataire deviennent « populistes » lorsqu’ils sont :

- licenciés pour rentabilité insuffisante de leurs emplois dans des usines pourtant modernes et encore rentables : multiplication passée, présente et promise des licenciements boursiers. 

- ruinés par la monoculture industrielle et chimique, ou l’afflux de lait, de viande, d’œufs produits là où les bêtes demeurent leur vie serrées à ne pas se retourner avant d’être tuées. 

- remplacés par des machines : dans les sièges administratifs, aux caisses des supermarchés, aux guichets des gares et de la Poste, et bientôt aux commandes des trains, bus, camions ou avions : partout où peuvent s’installer des « systèmes experts ».

- mis à la rue pour non paiement de loyers dépassant souvent la moitié du revenu.

Pour justifier ces faits (et bien d’autres) les Elites font communément état de la nécessité de détruire avant de reconstruire. Nourries en Grandes Ecoles, elles parlent onctueusement de « destruction créatrice » selon la théorie de l’autrichien Joseph Schumpeter publiée en 1942, date il est vrai adéquate pour ce concept venu de la nuit des temps. Ainsi, les Economistes n’ont pas échappé à l’idée banale qu’il faut détruire les anciennes règles pour en mettre d’autres. Et détruire aussi tout ce qui s’oppose aux projets d’exploitation toujours plus performante de ce que l’on a sous la main : choses, animaux, êtres humains sous formes diverses de soumission.

Certes, les Experts sont bien obligés de reconnaître la violence de l’actuel processus préalable de destruction des économies locales que mène la « création de valeur » voulue par le capitalisme mondialisé, mais ils estiment que cette violence est finalement utile. C’est ce que raconte Macron, comme Fillon, après Hollande et Sarkosy. Ils affirment donc que la création (et la création d’emplois) reste plus importante que la destruction préalable et nécessaire. Les « populistes » disent le contraire : pour eux, la destruction est finalement plus importante que la création. C’est aussi ce que disent maintenant les « écologistes », y compris les plus savants. Qui a raison ?

Les écologistes ont remarqué deux choses : d’une part, l’épuisement progressif des ressources naturelles, matérielles, fossiles de la planète ; d’autre part, le caractère irrémédiable de certaines destructions par l’activité économique irresponsabilisée par rapport au devenir de la biosphère. Car, selon eux, la vie sur terre repose sur des équilibres fragiles. Surtout la vie humaine. Il est ainsi déjà arrivé que des enfants naissent sans cervelle, ou avec d’horribles malformations, dans des zones les plus polluées par l’industrie ou par les guerres. Mais, c’est un détail pour les Experts.

Les « populistes » et les écologistes ne veulent pas tout arrêter car ils n’ignorent pas la nécessité de l’Economie. Ils veulent empêcher les destructions inutiles et irrémédiables. En cela, même de gauche, ils sont donc plus conservateurs que les « libéraux ». Or, ce n’est pas injurier quelqu’un de le traiter de conservateur lorsqu’il s’agit de conserver les équilibres fragiles de la vie. Cette conservation s’oppose à la mise en concurrence effrénée de tous contre tous, ce que soutiennent pourtant les règles actuelles de l’Union européenne applicables en France.

2/ La concurrence entre gamins pour les frites.

Imaginons une grande ribambelle de gamins et de gamines dans une cour d’école, derrière une ligne blanche en face de la cantine. Un digne Responsable leur annonce à l’heure de déjeuner : «  Vous êtes tous et toutes en concurrence. Il y a des frites qui viennent d’être servies à la cantine, mais pas pour tout le monde. Maintenant, Feu ! que les meilleurs gagnent ». Ce serait vraiment un « jeu de cons », n’est-ce pas ? Imaginons plutôt ceci : le dit Responsable fait placer chaque enfant sur un point différent, fixé méticuleusement selon un calcul des handicaps personnels. En principe, tous arriveront alors en même temps à la table des frites. Et là, la bagarre sera totale. Alors, prévoyant, le Responsable a aussi l’idée de donner aux plus chétifs (et à la plupart des filles) une arme appropriée qui leur permettra de se battre à égalité avec les grands et gros costauds de droite ou de gauche. On peut alors être certain que cela va arranger les choses…

Aujourd’hui, l’Europe et la France ressemblent à cette cour d’école : les règles de « concurrence libre et non faussée » provoquent à la fois le dumping social et une production bureaucratique prodigieuse sur les sujets les plus infimes. Exemple ? les milliers de pages rien que pour fixer les taux de TVA des frites ou du chocolat. Or, la bureaucratie européenne est adorée par les « libéraux », et donc soutenue par Macron. Allez savoir pourquoi, à moins que l’on doive enfin comprendre que ce qui est au fond voulu par les « libéraux », c’est bien la violence permanente que produit nécessairement le principe de concurrence sans coopération, ni solidarité.

Dans l’exemple des gamins et des frites, nous comprenons qu’il est plus intelligent de supprimer la concurrence entre gamins tant qu’il n’y a pas assez de frites : mieux alors administrer la distribution des frites selon des critères équitables. Nous comprenons également que la concurrence n’est acceptable que pour qu’il y ait assez de frites, en faisant en sorte que le dernier des enfants, celui ou celle qui ne peut pas courir ou se battre, ait la juste part dont il a vraiment besoin. C’est ce que dit un penseur libéral intelligent, lui, l’américain John Rawls, dans sa Théorie de la Justice.

 

3/ Macron ou Le Pen ?

Alors, faut-il voter Macron ou Le Pen ? Ou ni l’un, ni l’autre ?  A vrai dire, les deux se montrent équivalents dés qu’on accepte de voir qu’ils sont dans le même cycle de violence : ils ne se différencient que par leur positionnement dans ce cycle. Disons les choses : Macron est dans la cause de la violence ; et Le Pen, dans son accomplissement. L’un nourrit l’autre.A distance, mais réellement.

- Avec le libéralisme à la Macron, nous aurons la poursuite des exclusions sociales (avec la baisse des salaires, l’uberisation, la fin des aides sociales) et territoriales (spéculation immobilière), ainsi qu’une participation accrue aux conflits extérieurs (Syrie, Irak et ailleurs) dont se nourrit la « mondialisation ». Car le système économique mondialisé cherche à nouveau, comme lors des avant-guerres, ses meilleurs profits dans : 1/ l’industrie du luxe pour la minorité qui accapare les richesses ; 2/ l’industrie des armes et de la défense des richesses acquises contre autrui ; 3/ la spéculation financière sur les dettes croissantes des Etats et des pauvres ; 4/ le contrôle culturel de la demande solvable par les médias, et la communication prioritaire du sentiment de la peur.

- Avec le nationalisme de Le Pen, nous aurons les conséquences immédiates de la violence libérale débridée depuis une génération. A savoir : la même régression des aides sociales ; le renforcement tragique, à toutes frontières intérieures et extérieures, des murs juridiques et physiques contre les pauvres ; l’augmentation de la violence instituée « régalienne » ; la répression plutôt que la prévention ; le repli agressif sur les pratiques identitaires et communautaires, etc.

Nous avons été, comme à l’ordinaire, piégés au 1er tour pour n’agir ensuite que selon le cycle de violence instituée avec la complicité des Médias. Dans ces conditions, une réponse logique et humaniste demeure l’objection de conscience. Il n’y a nulle obligation, ni morale, ni logique, de choisir entre la Cause et l’Effet, et c’est une absurdité de croire écarter l’Effet en lui préférant la Cause.

                                                                                                                                25 avril 2017

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.