Meu nome é Marielle Franco. Sou mulher, negra, mãe e cria da favela da Maré

Elle a été exécutée le 14 mars 2018 à Rio de Janeiro, Brésil

Oui, au Brésil, on a la gâchette facile. Surtout contre les agriculteurs sans terre, les Amérindiens et écologistes régulièrement abattus par les grands propriétaires encouragés parfois par certains sénateurs… Il y a aussi les règlements de comptes quotidiens entre petits caïds et autres trafiquants de drogue. Des journalistes sont aussi parfois froidement abattus et, au passage, quelques politiques. On ne s’en émeut plus guère.

Mais l’assassinat de Marielle Franco a réellement bouleversé le Brésil.

Qui était cette jeune femme ?

C’était avant tout une militante des droits de l’Homme. Diplômée en sciences sociales de l’université pontificale catholique de Rio de Janeiro (PCU-Rio), elle a dû longuement travailler pour financer ses études. Marielle venait de la favéla. C’est au sein du Complexo da Maré que la future élue municipale de Rio a vu mourir sous ses yeux une amie victime d’une balle perdue lors d’une fusillade impliquant la police et les trafiquants de drogue comme cela arrive encore trop souvent.

Devenue sociologue, elle adhère au Parti socialisme et liberté (PSOL). C’est un parti issu d’une scission de l’aile gauche du PT en 2004. En 2016, Marielle Franco est élue conseillère à la Chambre municipale de la ville de Rio de Janeiro pour la coalition Mudar é possível (une alliance ponctuelle entre le PSOL et le Parti communiste). À cette occasion, elle fut la cinquième candidate à recevoir le plus de voix.

Elle voulait faire de son mandat un lieu de débat sociétal. Elle avait eu le temps de déposer 116 propositions et 16 projets de loi concernant la petite enfance, l’avortement, les femmes… Elle était d’ailleurs la présidente de la Commission de Défense de la Femme.

Très présente sur le terrain féministe elle était aussi connue pour ses critiques contre la violence de la police militaire de Rio de Janeiro. Elle s’était également publiquement opposée à la nouvelle militarisation de la sécurité voulue par le Président Temer. Elle était toujours très active dans sa favela d’origine se consacrant à de nombreuses associations caritatives et d’éducation. On a souvent dit d’elle qu’elle était une activiste. Oui, mais non violente.

Elle a été abattue dans sa voiture alors qu’elle sortait d’une énième réunion. Son chauffeur a également été tué. L’auto et les corps étaient criblés de balles selon les témoins. L’acte a eu lieu en soirée et en ville. On a relevé pas moins de treize impacts sur le véhicule de la conseillère. Une dénonciation anonyme a permis à la police de retrouver la voiture du ou des tueurs à 315 km au nord de Rio. Mais aux dernières nouvelles elle n’aurait été qu’une auto accompagnante.

Pourquoi cette jeune femme d’a peine 38 ans a-t-elle été exécutée ?

Elle était noire, de gauche, elle défendait les faibles, elle accusait la police d’être trop violente et toujours avec les jeunes à la peau sombre. Elle était pour l’avortement, luttait contre la corruption. Maman et lesbienne. Alors quand j’ai écrit que le Brésil est bouleversé, c’est surtout celui des favelas et des quartiers pauvres, car de nombreux politiciens blancs, corrompus ne sont pas loin de se frotter les mains.

Jean-Mathieu Albertini écrit ici (Mediapart, accès abonnés) que dans la favéla une habitante a dit : « [Marielle] a été tuée parce qu’elle a donné des noms de miliciens issus des rangs de la police. À Rio, tu ne dois jamais nommer spécifiquement des gens puissants. »

Les balles qui ont tué Marielle, son chauffeur et blessé son assistant sont d’origine policière. Elles font partie du lot utilisé en 2015 lors du massacre de 23 personnes commis par des policiers à São Paulo.

Ce qui renforce la thèse d’une vengeance de la police pour une bonne partie des Brésiliens. Ou plus exactement de milices policières.

Plus que partout ailleurs au Brésil, la ville de Rio est plongée dans un véritable chaos provoqué par les violences (celles des trafiquants de drogue et celles des policiers militaires), la corruption, l’inaction des services sociaux quand ils existent encore, etc.

Non seulement la police est violente, mais les enquêteurs sont incompétents et largement dépassés par les évènements au point qu’à peine 12 % des homicides volontaires sont élucidés.

Marielle Franco était menacée. Son assistant qui a survécu à l’attaque a révélé que moins d’une dizaine de jours avant le crime, un employé municipal avait été abordé par un homme agressif qui lui a brutalement demandé s’il travaillait avec la conseillère Marielle.

Ils étaient des dizaines de milliers à assister aux obsèques de Marielle Franco et dans les jours qui ont suivi, de nombreux hommages populaires lui furent rendus dans tout le pays.

 (Version illustrée de cet article sur mon site ICI)

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