Visite présidentielle en Guyane : le vent tourne-t-il enfin ?

Certes des élus attardés courent toujours derrière des voyous cagoulés, mais on a senti que quelque chose changeait lors de la visite d’Emmanuel Macron en Guyane.

À la veille de la visite du Président Macron en Guyane, l’ineffable Ericka Bareigts est revenue à la radio sur ses excuses prononcées au peuple guyanais. Elle a légèrement enjolivé. Ses excuses n’avaient absolument rien de spontané. On les lui avait soufflées, peu discrètement d’ailleurs ; complètement dépassée par les événements, elle avait enchaîné maladroitement. C’était en avril dernier, à une époque où les élus locaux couraient derrière les cagoulés avec une démagogie désarmante. C’était aussi l’époque où le préfet d’alors discutait le bout de gras avec des délinquants notoires sur fond de barrages routiers dont certains à… péage. Savez-vous que plusieurs TPE et PME ont fait faillite entre février et avril 2017 à cause de l’irresponsabilité des cagoulés et du préfet ?

Nous avons toujours dit que les revendications étaient légitimes, mais nous avons toujours dit aussi qu’il était totalement anormal qu’une milice menée par des voyous condamnés ou mis en examen prenne ces mêmes revendications en otage. [voir les articles sur les 500 frères sur ce blog]

Mais revenons au présent. Emmanuel Macron est venu en Guyane. Pas de chichi, pas de photos ridicules en pirogue sur le Maroni. Bon, c’est vrai que le service public local s’est une fois de plus vautré dans l’amateurisme (Guyane Première a couvert la visite officielle avec désinvolture et maladresse, mais on est habitué !) Il y a pourtant eu des discours structurés, des paroles fortes, des engagements importants. Alors bien sûr seul l’avenir nous dira si les promesses seront tenues. Il n’est pas question de donner quitus au Président de la République, nous jugerons dans quelques mois. Surtout nous sommes plus que dubitatifs sur sa position sur la Montagne d’or. C’est un projet qui doit être rejeté. Allons-nous vers un référendum ? Pourquoi pas ?

En attendant, il était temps que l’autorité soit rétablie en Guyane. Il était urgent qu’enfin on ne considère plus les cagoulés comme des interlocuteurs ! Et ça, c’était le point d’orgue de cette visite. Enfin, sont apparues sèchement les positions ridicules un brin infantiles de certains élus, dont un député à l'étiquette politique floue. Lui, il a tout simplement loupé le coche en se croyant toujours en février 2017. En défilant avec ce qui reste des « frères » il ne s’est pas aperçu qu’il y a de nouveaux locataires à l’Élysée et à la Préfecture de Cayenne ! Et que dire du maire de Roura qui, vexé comme un pou de n’avoir pas eu l’étiquette LREM aux législatives, s’est brièvement pris pour un chef de clan en voulant mener la fronde sur le thème : les maires refusent de parler au Président ! Il nous a bien fait rire celui-là !

En Guyane on est coutumier des visites présidentielles (c’est qu’il y a des voix en réserve dans les outremer) et on a appris à ne pas trop se faire d’illusions. Retombé, le soufflé accouche souvent de mesurettes inappliquées. Mais là, on a senti que quelque chose venait de changer.

Pourvu que ça dure !

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