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Billet de blog 16 févr. 2022

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Lettre aux électeurs et abstentionnistes de gauche

Ce billet se conçoit comme matière à réflexion et contribution au débat collectif. La présidentielle qui arrive n’a strictement rien à voir avec les précédentes. Pour en comprendre les raisons, il nous faut revenir sur les cinq années d’oppression qui viennent de s’écouler: ce quinquennat a connu une augmentation des violences d’état dans des proportions inimaginables et extrêmement inquiétantes.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce billet se conçoit comme matière à réflexion et contribution au débat collectif.

La présidentielle qui arrive n’a strictement rien à voir avec les précédentes. Pour en comprendre les raisons, il nous faut revenir sur les cinq années d’oppression qui viennent de s’écouler. Ce quinquennat a connu une augmentation des violences d’état dans des proportions inimaginables et extrêmement inquiétantes.

Violences policières et violences judiciaires à l’encontre des Gilets Jaunes, qui ont été condamnées par l’ONU, le Conseil européen, le Parlement européen, Amnesty International et le Défenseur des Droits de l’époque, ancien ministre de Jacques Chirac, Jacques Toubon. La férocité inadmissible de cette répression n’est pas un fait isolé.

Violence sociale : destruction des services publics (santé, éducation, énergie, etc.) qui sont un instrument de justice sociale par l’égal accès à ces services qu’ils offrent aux citoyens, maltraitance des fonctionnaires par un management brutal et autoritaire. Destruction du code du travail qui était une protection pour tous les salariés.

Violence économique via une paupérisation accrue d’une grande partie la population.

Violence symbolique : les « riens ». En une poignée de secondes, soixante-dix millions d’êtres humains jetés au néant, spoliés de leur droit le plus fondamental à l’existence.

Violence morale : dans le même temps que, par une surveillance généralisée, chaque citoyen devient un suspect potentiel, nous voyons des ministres toujours en exercice accusés de viol, de fraude, de conflits d’intérêts, de faire fortune sur le dos de milliers de salariés jetés à la rue… sans oublier la vente d’un fleuron national à des puissances étrangères.

Violence faite au savoir et à l’information : journalistes tabassés par la police lors de manifestations, tentative de perquisition illégale de Médiapart, demande de dissolution de « Nantes révoltée » (qui constitue une hallucinante attaque contre la liberté d’information, laquelle préfigure d’autres attaques du même tonneau), soumission de la recherche aux intérêts privés (ce qui constitue une violence à la fois contre les chercheurs et contre le savoir qui peut profiter à chacun). Sans oublier, bien entendu, la concentration des principaux titres de presse entre les mains de quelques milliardaires.

Violence envers les partis politiques d’opposition : la perquisition spectacularisée des locaux de la France Insoumise que l’on peut mettre en miroir avec l’impossibilité d’enquêter sur les dépassements de frais de campagne du candidat M. 2017, qui fut pourtant la plus coûteuse.

Violence des attaques contre le libertés publiques par un enchaînement effréné de lois liberticides et de l’arsenal répressif.

Que dire de cette violence ultime quand, le 12 janvier 2019, il a été vu six fusils d’assaut à Paris lors d’une manifestation de Gilets Jaunes ? et qui ne peuvent signifier qu’une seule chose, dont l’horreur nous fait penser dans un premier réflexe que c’est impossible : M. était prêt au bain de sang. M. comme Monstrueux.

Chacun de ces points pris isolément est déjà d’une gravité alarmante. Tous mis bout à bout (sans compter ceux qui n’ont pas été mentionnés) dessinent les contours d’une société autoritaire tendant vers un totalitarisme brutal.

Réélire M. revient à cautionner toutes ces violences, c’est-à-dire à l’encourager à aller plus loin. Réélire M. est un saut assuré vers une barbarie féroce.

Dès lors la présidentielle qui vient n’a pas du tout la même nature que les précédentes où il s’agissait d’exprimer sa sensibilité : dans cette présidentielle, l’enjeu est de pouvoir continuer à choisir librement ses représentants par la suite.

Ce choix est menacé de plusieurs côtés. D’une part par l’extraordinaire puissance de feu médiatique des dominants qui disqualifie d’entrée de jeu, et par tous les moyens, les candidats qui ne leur conviennent pas (Poutou, Mélenchon, Rousseau…). D’autre part le système de parrainage mis en place il y a quelques années rend les candidatures difficiles pour certains candidats. Ce système de sélection pourrait encore être aggravé dans le prochain quinquennat. Le choix qui vient est celui de pouvoir continuer à vivre en démocratie, si imparfaite soit-elle. La réélection de M. signerait la fin de l’état de droit qui sera réduit à une coquille vide, en plaçant des hommes de main à sa solde aux postes clés (par exemple le Conseil Constitutionnel), comme il sait si bien faire. Les politiques qui jouent « le coup d’après » ne semblent pas bien avoir saisi la grave menace qui pèse sur nous, les citoyens ordinaires.

Dès lors quel est le seul espoir que nous, gens du peuple, puissions avoir, l’union de la gauche ne s’étant pas produite ? Se mettre la tête dans le sable ? Bouder les élections ? Tout ceci ne peut que favoriser la réélection de M.. Ne pas voter ou éparpiller les voix revient à le réélire. Dans un contexte normal, cela ne serait pas si grave. Mais au vu des violences passées et surtout des violences à venir, cela serait catastrophique, avec pour seul avenir du sang et des larmes.

Pour toutes ces raisons, le seul espoir est de réaliser par les urnes l’union que les dirigeants n’ont pas su ou voulu conclure. La primaire populaire était une initiative allant dans ce sens, mais elle n’a convaincu que les déjà convaincus, c’est-à-dire trop peu d’électeurs.

Cela implique que notre seul espoir est de voter pour le candidat de gauche le mieux placé pour accéder au second tour. Dans l’état actuel des choses, qu’on le déplore ou que l’on s’en réjouisse, ce candidat est Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit pas de savoir si l’on aime ou non Mélenchon, ni de penser que le programme de la LFI est trop ceci ou pas assez cela : Mélenchon est actuellement le seul rempart crédible contre la tyrannie à venir. Ses partisans se réjouiront peut-être : à tort, tant la situation est désastreuse et incite à la modestie. Il ne s’agit pas ici d’un vote utile. L’état de droit est gravement menacé. Le temps n’est plus aux dissensions partisanes ou aux querelles d’ego. Il s’agit ici d’un vote de défense contre l’oppression.

Mais comme cela est écrit dans la première phrase, ce billet se conçoit comme matière à réflexion. Avant de réagir, il sera préférable de bien saisir les enjeux de cette élection si particulière. Car ces enjeux sont énormes. Nous n’avons pas simplement en face de nous un candidat qui va mener une politique injuste qui va nous déplaire ou nous désavantager : nous avons en face de nous un individu ultra-violent, sans scrupules et inhumain qui va provoquer un état de souffrance inédit depuis la dernière guerre.

PS : dans la mythologie, Jupiter change de forme pour baiser, dans tous les sens du terme, les femmes qui se refusent à lui. Jupiter est un menteur et un violeur.

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