Petite mise au point avant d’entrer dans le vif du sujet : l’ordre des noms est strictement alphabétique.
Messieurs,
L’élection présidentielle à venir est radicalement différente des précédentes où l’on votait pour le candidat de son choix, puis pour la droite ou la gauche. En cas de défaite, l’on pouvait espérer une revanche à l’élection suivante. En 2022, ce temps est révolu. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’avenir de la démocratie et de l’état de droit. Paranoïa ? Complotisme ?
Observons les faits. Le contexte, d’abord : nous assistons, dans beaucoup de pays du monde, à une montée des totalitarismes et de ce qu’il est convenu d’appeler le libéralisme autoritaire. La France n’échappe pas à ce mouvement général.
Concernant la France en particulier, nous avons assisté à un certain nombre de faits très inquiétants. Cela a commencé par la perquisition spectacularisée de La France insoumise. Au delà de l’enquête judiciaire, la mise en scène ressemblait davantage au démantèlement d’un groupe terroriste qu’à une enquête administrative. Cette façon de disqualifier un parti d’opposition n’était déjà pas digne d’une démocratie.
Il y a eu l’épisode Gilets Jaunes, et son effroyable répression policière et judiciaire qui a déjà découragé un grand nombre de citoyens de descendre dans la rue, et limite de fait l’expression des oppositions.
Les plus gros titres de presse appartiennent à 9 milliardaires, et en proposant de façon démagogique la fin de la redevance audiovisuelle, le président propose de mettre fin à l’indépendance du service public d’information. La presse sera donc totalement muselée.
Les contre-pouvoirs institutionnels ne sont pas mieux lotis : parlement qui avalise les propositions de l’exécutif plus vite que son ombre, conseil constitutionnel composé de personnalités en accord avec l’exécutif, Sénat qui peut être totalement ignoré. Seul l’appareil judiciaire comporte encore quelques personnalités indépendantes. Pour combien de temps encore ? Car tout est déjà en place pour pouvoir y mettre fin par une loi.
Les élections elles-mêmes semblent menacées. Paranoïa ? Complotisme ?
Encore une fois, observons les faits. Le système des parrainages est sensé protéger des candidatures fantaisistes. Parmi les éliminés qui ont obtenu plus de 100 signatures (ancienne norme), nous trouvons Christiane Taubira, ancienne Garde des Sceaux et Anasse Kazib qui tient un discours structuré (et peut-être d’autres encore). Rien de fantaisiste. Par ailleurs plusieurs candidats, dont Jean-Luc Mélenchon fait partie, ont rencontré de grandes difficultés pour rassembler les 500 signatures requises. TF1 a exclu de la parole 4 candidats. Qui seront les prochains ? Qui garantit que les règles ne vont pas changer et que vous-mêmes, messieurs Mélenchon et Roussel, ou vos formations politiques, pourront encore présenter un candidat lors de prochaines élections ? Rien. Absolument rien. Cela ne signifie pas que cela se produira nécessairement. Mais cette éventualité ne peut être exclue d’un revers de la main.
Comme le tableau n’est pas encore assez sombre, ajoutons une extrême droite à un très haut niveau. Mais, paradoxalement, c’est d’ici que vient la possibilité d’accès au second tour : la division des candidats d’extrême-droite abaisse considérablement le seuil d’accès au second tour. Cela procure à à la gauche une opportunité inespérée d’y accéder ; la manquer serait une faute grave. Cela ne signifie pas la victoire, mais cela est la condition sine qua non de la victoire. En outre une gauche absente du second tour signifierait la fin de la gauche et de tout espoir de progrès social. Une dystopie comme seul horizon.
Au contraire, la présence de la gauche ou second tour, même vaincue, ouvre de nouvelles perspectives que vous connaissez certainement mieux que moi.
Cet accès au second tour ne dépend que de vous : un accord acceptable pour les deux parties qui permettrait de cumuler les voix LFI et PC. Je ne vous fais pas l’insulte de penser que vous n’y avez pas pensé. Mais peut-être, pris dans vos logiques propres, n’avez-vous pas accordé toute l’attention nécessaire aux enjeux qui vous dépassent, mais dont vous êtes responsables en tant que représentants des citoyens : vous êtes garants de l’état de droit et de l’égalité des citoyens qui se trouvent aujourd’hui gravement menacés par un président autocratique et violent. Vous n’avez pas seulement entre vos mains le sort de vos formations : vous avez également entre vos mains le sort de plusieurs millions de personnes et le sort de notre démocratie. Un accord n’est certainement pas facile, sinon vous l’auriez probablement déjà conclu. Mais votre désaccord signifierait souffrance, misère et désespoir. Montrez-vous à la hauteur des enjeux pour le bien commun.
Démocratiques salutations.