Djil
Abonné·e de Mediapart

116 Billets

1 Éditions

Billet de blog 8 janv. 2013

Djil
Abonné·e de Mediapart

Des troupes impuissantes de la CEDEAO au service de l'idéologie de guerre des puissances occidentales dominantes

Djil
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le billet relatif au Mali, publié récemment par Mireille sur ce blog a suscité de l'intérêt. Il nous conforte dans l'idée que ce qui se passe en Afrique pèsera, dans le bon comme dans le mauvais sens, dans les stratégies de construction d'un autre monde, dirigé par de nouvelles institutions, édifiées sur de nouvelles idéologies, en rupture avec les modèles et expériences capitalistes et libérales en faillite. Nous poursuivons la réflexion en s'attardant sur la dérision des démarches des chefs d'Etats africains qui éprouvent les plus grandes difficultés à donner du sens et de la voix à l'Union africaine et qui s'épuisent à vouloir chercher des solutions au sein d'organisations sous-régionales d'intérêt plus qu'incertain. En Afrique de l'Ouest, la Communauté économique des états de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), fortement dominée par les pays de l'ancien empire colonial français, ambitionne de constituer l'institution capable de résoudre la crise du Nord Mali. Pas plus que les autres organisations intergouvernemantales sous-régionales qui se partagent le sort du Continent, elles ne semble n'avoir ni la capacité, ni les moyens, sauf à quémander la protection des puissances responsables du pillage de l'Afrique. Ce faisant ces élites aux ordres, légitiment les interventions militaires comme ce fut le cas hier en Libye, aujourd'hui en Syrie et demain en d'autres lieux. Les élites africaines fortement formatées et intelligemment encadrées sont là pour conceptualiser, rationaliser, justifier à priori la pertinence des interventions extérieures, meurtrières et destructrices et qui maintiennent et aggravent la situation d'obscurantisme qui sévit en Afrique...

Le Mali, un pays d'Afrique subsaharienne relevant de la catégorie onusienne de ''pays les moins avancés'' (PMA) pour marquer l'extrême pauvreté et fragilité qui y prévaut, ce pays a été considéré depuis son accession à l'indépendance en 1960, comme un modèle de gouvernance sur le Continent africain. Appréciation partagée tenant compte des règnes autoritaires de longues durées de Modibo Keita (1960-68) et Moussa Traoré (1968-91), des systèmes politiques à l'africaine, sanctionnés par des coups d'état et une certaine pacification dans les pratiques de gouvernance dépendantes à l'africaine, dans les années 1990 et 2000, sous les régimes d'Amadou Toumani Touré (1991-1992 - 2002-2012) ou d'Alpha Oumar Konaré (1992-2002),.

Malheureusement,le dernier coup d'état de mars 2012, fomenté par le capitaine Amadou Haya Sanogo et l'occupation de la partie Nord du pays par une nébuleuse coalition de mouvements armés à vocation terroriste, pour les uns islamistes djihadistes comme ''Ansar Eddine'', ''Al Qaida au Magheb'', ou ''Djihad en Afrique de l'Ouest'' (MULAO), pour d'autres s'affichant davantage comme autonomistes ou indépendantistes et laïques comme le ''Mouvement National pour la Libération de l'Azawad'' (MNLA), l'a subitement transformé en une poudrière, aggravant les risques d'une déflagration généralisée, aux conséquences imprévisibles. Errements spécifiques au Mali ou exercice du pouvoir en pratique dans le Continent en cette phase post-coloniale, cela reflète avant tout l'impuissance de beaucoup d’États africains à protéger l'intégrité de leur territoire et l'unité de leurs constituantes nationales, sauf à se placer, par des accords secrets, sous la protection d'Etats puissants, intervenant individuellement ou par le biais d'Unions intergouvernementales ou internationales sous les ordres (UE, OTAN, Francophonie, Commonwealth, etc...)

C'est un fait que l'expression des rapports de force entre le Nord et le Sud, perçus dans une réalité globale ou au niveau de chacune de leurs composantes respectives, reste aujourd'hui encore de la même nature inacceptable et révoltante que celle qui illustrait les rapports qui prévalaient entre maîtres et esclaves au temps jadis de l'esclavage, les seigneuries et leurs serfs rattachés au temps de la féodalité ou la métropole impériale et les peuples dominés au temps pas si lointains, lorsque les idéologies de l'impérialisme et du colonialisme triomphaient.

Le monde d'aujourd'hui semble être en mutation profonde. L'ONU dans sa mission première d'instauration de la paix a définitivement échoué, les dynamiques de tensions, de confrontation, voire de guerres, d'envergure variable, persistent et semblent avoir tendance à se renforcer. Même si on parle d’émergence de puissances nouvelles conscientes du poids de leurs forces lorsqu'elles s'expriment de façon solidaire (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), force est de relever que dans ce nouvel ensemble en formation, seuls l'Afrique du Sud et le Brésil appartiennent à un Sud plus informel et plus inconsistant que jamais. La Russie, la Chine et l'Inde et d'autres puissances de l'hémisphère Nord, auront tendance à trouver leurs intérêts dans un Occident englobant ces nouvelles composantes.

Le principe de l'intangibilité des frontières, héritées de l'ère coloniale, a volé en éclat, avec l'assentiment sinon sur recommandation des puissances majeures de la communauté internationale avec l'acceptation du morcellement de l’Éthiopie et du Soudan donnant lieu à la reconnaissance de l’Érythrée et du Sud Soudan. Certes, on peut trouver quelques rares cas similaires en Europe comme lors du partage de la Tchécoslovaquie ou de l'émiettement de la Yougoslavie. En général, les velléités de sécession rencontrent les plus grandes difficultés à se concrétiser dans le Nord où semble durablement instauré un consensus pour éviter d'accompagner tous mouvements autonomistes, affectant les pays voisins. Des cas sont nombreux qui illustrent cet état de fait : les mouvements indépendantistes dans des Régions et territoires français ou en Belgique, en Italie ou en ce moment en Espagne (Catalogne) éprouvent la plus grande difficulté à s'émanciper du pouvoir central et d'ériger en Etats souverains.

Les événements dramatiques qui affectent le Mali ont créé une opportunité pour la Communauté économique des états de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) de se lancer dans des gesticulations absurdes de croisade des temps jadis, de va-t-en guerre, pour punir les forces hétérogènes d'occupation, fondues dans un label de terroristes, islamistes djihadistes, ensemble nébuleux, honni par la communauté internationale. Cette organisations a été créée par le traité de Lagos en mai 1975, elle regroupe quinze États de l'Ouest africain : Bénin, Burkina, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Son objectif est double : a) développer la coopération et l'intégration dans les domaines économique, social et culturel ; b) prévenir et régler les conflits régionaux à la Communauté. Elle dispose pour ce faire depuis avril 1990 d'une force armée d'interposition (ECOMOG) qui est intervenue depuis au Liberia, puis en Guinée-Bissau et en Sierra Leone en attendant son implication imminente au Mali

Il est plus que regrettable que d'assister aujourd'hui à des gesticulations des Gouvernements de la CEDEAO pour inciter à une guerre qui ne peut être que meurtrière et destructrice au Nord Mali. Une guerre qu'ils souhaitent bien sûr sous commandement et protection d’alliers de circonstance, disposant de forces adéquates. Le scénario relève d'une tragi-comédie dont seuls les clowns dirigeants africains sont capables. Ces gouvernements fantoches poussent à la guerre, à la destructions de biens et de personnes, de préférence par frappes aériennes des forces de l'OTAN, au moment même où des forces rebelles d'occupation affichent leur disponibilité pour l'adoption immédiate d'un cessez-le-feu et la mise fin au conflit et indiquent leur ralliement aux thèses de renoncement aux options terroristes et à la reconstruction de l'unité du Mali, dans la paix et dans le dialogue (cf. les pourparlers en décembre 2012 à Ouagadougou au Burkina Faso entre le gouvernement malien, le Gouvernement burkinabé en qualité de médiateur et d'hôte et les négociateurs représentants le Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA) et ceux d'Ansar Eddine). S'il est vrai que pour l'heure, les forces d' Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et de son groupe affilié, le Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) ne se sont pas ralliés à ces pourparlers, leur statut risque d'être profondément affecté dans les nouveaux rapports de force qui peuvent naître si accord de paix intervenait.

Malheureusement, tout en prenant part à ces négociations, les Gouvernements de la CEDEAO communiquent sur leur volonté de s'opposer collectivement à la partition d'un pays membre, y compris en recourant à la guerre, surtout sous parapluie de forces amies occidentales à l'exemple de ce qui s'est fait en Libye et ailleurs. Ces Gouvernements se font instrumentalisés par leurs tuteurs du Nord. Ils, se donnent l'illusion d'être des acteurs significatifs dans le rétablissement de la légalité de la souveraineté du Mali sur son territoire. Pour ce faire, ils croient pouvoir s'en tirer en mobilisant d'insignifiants moyens diplomatiques et quelques milliers de soldats, sans capacité d'intervention. Leur réalité rappelle celle accordée durant la Seconde Guerre Mondiale par l'armée française à ses tirailleurs des colonies, rassemblés sous le vocable de ''sénégalais''. Au demeurant, les trois ou quatre mille soldats de la CEDEAO ne bougeront pas de leurs pays respectifs et ne seront d'aucune utilité s'ils n'interviennent sous la protection des armées des puissances occidentales et si leurs soldes n'étaient garanties par les parties prenantes au conflit, y compris le Qatar qui revendique son statut de sources de financement des conflits visant la déstabilisation du monde arabe et de l'Afrique

La CEDEAO tout comme les autres institutions sous-régionales construites après les Indépendances africaines, constituent une aberration, une construction anarchique de regroupements fondés sur l'héritage colonial, les opportunités du moment ou les lobbys d'intérêts divers. Un cancer mortel pour l'unité africaine, chère aux pères fondateurs du panafricanisme et tant espérée par les mouvements des non alignés et les militants d'un tiers-monde indépendant des puissances dominatrices du Nord.

Aujourd'hui, force est de constater la réalité d'une multitude d'organisations sous régionales africaines à vocation, économique, monétaire, douanière, voire militaire, qui œuvrent au blocage des efforts d'édification d'une Afrique unie forte et solidaire. Elles sont une vingtaine de constructions sous régionales à vouloir se distinguer pour faire valoir leurs spécificités et empêcher toutes démarches d'unité continentale : l'Union du Maghreb arabe (UMA), la, communauté économique et monétaire des états d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la communauté économique et monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC), la Communauté économique des états d'Afrique Centrale (CEEAC), le marché commun de l'Afrique australe et orientale (COMESA), la Communauté pour le développement de la région d'Afrique du Sud (southern african development community SADC) ou l'Union douanière pour la Région d'Afrique du Sud (southern african customs union (SACU), la Commission de l'Océan Indien (COI), la Communauté des Etats Sahélo-shariens (CEN-SAD), le Comité permanent Inter Etats de lutte contre la sécheresse (CILSS), ou l'Autorité intergouvernementale pour le développement des pays de l'Est africain (IGAD), etc.

Toutes ces organisations, communautés économiques régionales pour les unes, organisation d'intégration régionale pour les autres, Unions, Commissions, Comités, Autorités, ont été mises en place dans les années 1970 (cas de la CEDEAO), 80 et 90. Elles n'ont pas réalisé, tant s'en faut, les objectifs qu'elles se sont assignées. Les pays africains, en plus de leur adhésion à des organisations internationales où leur sous-représentativité est flagrante, sont membres de l'Union africaine et de ses nombreux démembrements. Ils sont incités à adhérer à plusieurs organisations sous régionales en compétition partageant leurs insignifiantes capacités humaines et leurs ridicules moyens financiers entre de telles institutions à utilité douteuse, nuisibles pour le bon fonctionnement de structures continentales. Malgré les richesses que recèlent leurs sol et leurs sous-sol, ils restent dans leur quasi totalité classés parmi les pays les moins avancés sous dépendance structurelle de l'aide alimentaire, de l'aide publique au développement et de l'aide pour la sécurité de leurs populations. Ces dernières n'ont bénéficier ni de l'amélioration de leurs conditions de vie, ni de facilités de circulation sur le Continent et en dehors, ni d'avantages concrets, attendus de l'émergence de zones monétaires, fiscales, douanières, ni même de constructions de grandes réalisations communes non inspirées, voire imposées, par les puissances occidentales et les multinationales qui en dépendent.

Mais alors ? Que va faire la CEDEAO et son poussif bras armé l'ECOMOG sauf à servir d'alibi aux forces de l'OTAN à s'implanter et à régner durablement sur les zones sahariennes, élargissant leur main-mise sur le Maghreb, après la soumission de la Libye.

Les tentatives vaines de l'ONU et de son Conseil de sécurité à imposer une paix au conflit du Sahara Occidental ou à celui de l'Est de la République Démocratique du Congo, avec la MONUSCO (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo), pourtant forte aujourd'hui et officiellement d'une vingtaine de milliers de soldats, observateurs, policiers et administratifs, disposant d'un budget de 1,5 Milliard de dollars, incite à une démarche plus humble et moins va-t-on guerre des gouvernants de la CEDEAO, d'autant que leurs pairs de l'Union africaine, dont ils sont partie prenante, semblent peu enthousiastes quant à cette démarche. Il est vrai que ce faisant, on parle plus de la CEDEAO guerroyant en Afrique que de l'Union Africaine moribonde, inaudible et inutile tant au niveau du Continent qu'au plan mondial ! Comme par hasard, le Mali et son voisin le Niger, deux pays intéressants pour la richesse de leur sous-sol en uranium, poussent aujourd'hui à la guerre armée et totale contre les envahisseurs du Nord Mali et rejettent tous dialogues avec les représentants des groupes armés de différentes sensibilités. Pourtant, il s'agit de pays à forte tradition de dialogue et de concertation inter ethniques qui ont su à plusieurs reprises mettre un terme aux conflits récurrents dans ces zones. Heureusement que l'ONU et le Conseil de sécurité, on ne sait par quel miracle, semblent décidés à tempérer l'ardeur guerrière de la CEDEAO et donner la chance au dialogue souhaitable entre les autorités maliennes reconnues et des groupes dissidents sécessionnistes qui occupent le Nord Mali.

La paix est un bien commun mondial qu'il faut préserver en tous lieux et en toutes circonstances. Il ne peut y avoir de guerres justes qu'elles soient punitives ou préventives. En dernier ressort, seuls des fournisseurs d'armes et de conseils de défense et de sécurité en tirent avantage des situations de guerre et ceux qui s'adonnent à ce commerce doivent relever de crimes contre l'humanité.

Le Mali, un pays d'Afrique subsaharienne relevant de la catégorie onusienne de ''pays les moins avancés'' (PMA) pour marquer l'extrême pauvreté et fragilité qui y prévaut, ce pays a été considéré depuis son accession à l'indépendance en 1960, comme un modèle de gouvernance sur le Continent africain. Appréciation partagée tenant compte des règnes autoritaires de longues durées de Modibo Keita (1960-68) et Moussa Traoré (1968-91), des systèmes politiques à l'africaine, sanctionnés par des coups d'état et une certaine pacification dans les pratiques de gouvernance dépendantes à l'africaine, dans les années 1990 et 2000, sous les régimes d'Amadou Toumani Touré (1991-1992 - 2002-2012) ou d'Alpha Oumar Konaré (1992-2002),.

Malheureusement,le dernier coup d'état de mars 2012, fomenté par le capitaine Amadou Haya Sanogo et l'occupation de la partie Nord du pays par une nébuleuse coalition de mouvements armés à vocation terroriste, pour les uns islamistes djihadistes comme ''Ansar Eddine'', ''Al Qaida au Magheb'', ou ''Djihad en Afrique de l'Ouest'' (MULAO), pour d'autres s'affichant davantage comme autonomistes ou indépendantistes et laïques comme le ''Mouvement National pour la Libération de l'Azawad'' (MNLA), l'a subitement transformé en une poudrière, aggravant les risques d'une déflagration généralisée, aux conséquences imprévisibles. Errements spécifiques au Mali ou exercice du pouvoir en pratique dans le Continent en cette phase post-coloniale, cela reflète avant tout l'impuissance de beaucoup d’États africains à protéger l'intégrité de leur territoire et l'unité de leurs constituantes nationales, sauf à se placer, par des accords secrets, sous la protection d'Etats puissants, intervenant individuellement ou par le biais d'Unions intergouvernementales ou internationales sous les ordres (UE, OTAN, Francophonie, Commonwealth, etc...)

C'est un fait que l'expression des rapports de force entre le Nord et le Sud, perçus dans une réalité globale ou au niveau de chacune de leurs composantes respectives, reste aujourd'hui encore de la même nature inacceptable et révoltante que celle qui illustrait les rapports qui prévalaient entre maîtres et esclaves au temps jadis de l'esclavage, les seigneuries et leurs serfs rattachés au temps de la féodalité ou la métropole impériale et les peuples dominés au temps pas si lointains, lorsque les idéologies de l'impérialisme et du colonialisme triomphaient.

Le monde d'aujourd'hui semble être en mutation profonde. L'ONU dans sa mission première d'instauration de la paix a définitivement échoué, les dynamiques de tensions, de confrontation, voire de guerres, d'envergure variable, persistent et semblent avoir tendance à se renforcer. Même si on parle d’émergence de puissances nouvelles conscientes du poids de leurs forces lorsqu'elles s'expriment de façon solidaire (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), force est de relever que dans ce nouvel ensemble en formation, seuls l'Afrique du Sud et le Brésil appartiennent à un Sud plus informel et plus inconsistant que jamais. La Russie, la Chine et l'Inde et d'autres puissances de l'hémisphère Nord, auront tendance à trouver leurs intérêts dans un Occident englobant ces nouvelles composantes.

Le principe de l'intangibilité des frontières, héritées de l'ère coloniale, a volé en éclat, avec l'assentiment sinon sur recommandation des puissances majeures de la communauté internationale avec l'acceptation du morcellement de l’Éthiopie et du Soudan donnant lieu à la reconnaissance de l’Érythrée et du Sud Soudan. Certes, on peut trouver quelques rares cas similaires en Europe comme lors du partage de la Tchécoslovaquie ou de l'émiettement de la Yougoslavie. En général, les velléités de sécession rencontrent les plus grandes difficultés à se concrétiser dans le Nord où semble durablement instauré un consensus pour éviter d'accompagner tous mouvements autonomistes, affectant les pays voisins. Des cas sont nombreux qui illustrent cet état de fait : les mouvements indépendantistes dans des Régions et territoires français ou en Belgique, en Italie ou en ce moment en Espagne (Catalogne) éprouvent la plus grande difficulté à s'émanciper du pouvoir central et d'ériger en Etats souverains.

Les événements dramatiques qui affectent le Mali ont créé une opportunité pour la Communauté économique des états de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) de se lancer dans des gesticulations absurdes de croisade des temps jadis, de va-t-en guerre, pour punir les forces hétérogènes d'occupation, fondues dans un label de terroristes, islamistes djihadistes, ensemble nébuleux, honni par la communauté internationale. Cette organisations a été créée par le traité de Lagos en mai 1975, elle regroupe quinze États de l'Ouest africain : Bénin, Burkina, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Son objectif est double : a) développer la coopération et l'intégration dans les domaines économique, social et culturel ; b) prévenir et régler les conflits régionaux à la Communauté. Elle dispose pour ce faire depuis avril 1990 d'une force armée d'interposition (ECOMOG) qui est intervenue depuis au Liberia, puis en Guinée-Bissau et en Sierra Leone en attendant son implication imminente au Mali

Il est plus que regrettable que d'assister aujourd'hui à des gesticulations des Gouvernements de la CEDEAO pour inciter à une guerre qui ne peut être que meurtrière et destructrice au Nord Mali. Une guerre qu'ils souhaitent bien sûr sous commandement et protection d’alliers de circonstance, disposant de forces adéquates. Le scénario relève d'une tragi-comédie dont seuls les clowns dirigeants africains sont capables. Ces gouvernements fantoches poussent à la guerre, à la destructions de biens et de personnes, de préférence par frappes aériennes des forces de l'OTAN, au moment même où des forces rebelles d'occupation affichent leur disponibilité pour l'adoption immédiate d'un cessez-le-feu et la mise fin au conflit et indiquent leur ralliement aux thèses de renoncement aux options terroristes et à la reconstruction de l'unité du Mali, dans la paix et dans le dialogue (cf. les pourparlers en décembre 2012 à Ouagadougou au Burkina Faso entre le gouvernement malien, le Gouvernement burkinabé en qualité de médiateur et d'hôte et les négociateurs représentants le Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA) et ceux d'Ansar Eddine). S'il est vrai que pour l'heure, les forces d' Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et de son groupe affilié, le Mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) ne se sont pas ralliés à ces pourparlers, leur statut risque d'être profondément affecté dans les nouveaux rapports de force qui peuvent naître si accord de paix intervenait.

Malheureusement, tout en prenant part à ces négociations, les Gouvernements de la CEDEAO communiquent sur leur volonté de s'opposer collectivement à la partition d'un pays membre, y compris en recourant à la guerre, surtout sous parapluie de forces amies occidentales à l'exemple de ce qui s'est fait en Libye et ailleurs. Ces Gouvernements se font instrumentalisés par leurs tuteurs du Nord. Ils, se donnent l'illusion d'être des acteurs significatifs dans le rétablissement de la légalité de la souveraineté du Mali sur son territoire. Pour ce faire, ils croient pouvoir s'en tirer en mobilisant d'insignifiants moyens diplomatiques et quelques milliers de soldats, sans capacité d'intervention. Leur réalité rappelle celle accordée durant la Seconde Guerre Mondiale par l'armée française à ses tirailleurs des colonies, rassemblés sous le vocable de ''sénégalais''. Au demeurant, les trois ou quatre mille soldats de la CEDEAO ne bougeront pas de leurs pays respectifs et ne seront d'aucune utilité s'ils n'interviennent sous la protection des armées des puissances occidentales et si leurs soldes n'étaient garanties par les parties prenantes au conflit, y compris le Qatar qui revendique son statut de sources de financement des conflits visant la déstabilisation du monde arabe et de l'Afrique

La CEDEAO tout comme les autres institutions sous-régionales construites après les Indépendances africaines, constituent une aberration, une construction anarchique de regroupements fondés sur l'héritage colonial, les opportunités du moment ou les lobbys d'intérêts divers. Un cancer mortel pour l'unité africaine, chère aux pères fondateurs du panafricanisme et tant espérée par les mouvements des non alignés et les militants d'un tiers-monde indépendant des puissances dominatrices du Nord.

Aujourd'hui, force est de constater la réalité d'une multitude d'organisations sous régionales africaines à vocation, économique, monétaire, douanière, voire militaire, qui œuvrent au blocage des efforts d'édification d'une Afrique unie forte et solidaire. Elles sont une vingtaine de constructions sous régionales à vouloir se distinguer pour faire valoir leurs spécificités et empêcher toutes démarches d'unité continentale : l'Union du Maghreb arabe (UMA), la, communauté économique et monétaire des états d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la communauté économique et monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC), la Communauté économique des états d'Afrique Centrale (CEEAC), le marché commun de l'Afrique australe et orientale (COMESA), la Communauté pour le développement de la région d'Afrique du Sud (southern african development community SADC) ou l'Union douanière pour la Région d'Afrique du Sud (southern african customs union (SACU), la Commission de l'Océan Indien (COI), la Communauté des Etats Sahélo-shariens (CEN-SAD), le Comité permanent Inter Etats de lutte contre la sécheresse (CILSS), ou l'Autorité intergouvernementale pour le développement des pays de l'Est africain (IGAD), etc.

Toutes ces organisations, communautés économiques régionales pour les unes, organisation d'intégration régionale pour les autres, Unions, Commissions, Comités, Autorités, ont été mises en place dans les années 1970 (cas de la CEDEAO), 80 et 90. Elles n'ont pas réalisé, tant s'en faut, les objectifs qu'elles se sont assignées. Les pays africains, en plus de leur adhésion à des organisations internationales où leur sous-représentativité est flagrante, sont membres de l'Union africaine et de ses nombreux démembrements. Ils sont incités à adhérer à plusieurs organisations sous régionales en compétition partageant leurs insignifiantes capacités humaines et leurs ridicules moyens financiers entre de telles institutions à utilité douteuse, nuisibles pour le bon fonctionnement de structures continentales. Malgré les richesses que recèlent leurs sol et leurs sous-sol, ils restent dans leur quasi totalité classés parmi les pays les moins avancés sous dépendance structurelle de l'aide alimentaire, de l'aide publique au développement et de l'aide pour la sécurité de leurs populations. Ces dernières n'ont bénéficier ni de l'amélioration de leurs conditions de vie, ni de facilités de circulation sur le Continent et en dehors, ni d'avantages concrets, attendus de l'émergence de zones monétaires, fiscales, douanières, ni même de constructions de grandes réalisations communes non inspirées, voire imposées, par les puissances occidentales et les multinationales qui en dépendent.

Mais alors ? Que va faire la CEDEAO et son poussif bras armé l'ECOMOG sauf à servir d'alibi aux forces de l'OTAN à s'implanter et à régner durablement sur les zones sahariennes, élargissant leur main mise sur le Maghreb après la soumission de la Libye.

Les tentatives vaines de l'ONU et de son Conseil de sécurité à imposer une paix au conflit du Sahara Occidental ou à celui de l'Est de la République Démocratique du Congo, avec la MONUSCO (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo), pourtant forte aujourd'hui et officiellement d'une vingtaine de milliers de soldats, observateurs, policiers et administratifs, disposant d'un budget de 1,5 Milliard de dollars, incite à une démarche plus humble et moins va-t-on guerre des gouvernants de la CEDEAO, d'autant que leurs pairs de l'Union africaine, dont ils sont partie prenante, semblent peu enthousiastes quant à cette démarche. Il est vrai que ce faisant, on parle plus de la CEDEAO guerroyant en Afrique que de l'Union Africaine moribonde, inaudible et inutile tant au niveau du Continent qu'au plan mondial ! Comme par hasard, le Mali et son voisin le Niger, deux pays intéressants pour la richesse de leur sous-sol en uranium, poussent aujourd'hui à la guerre armée et totale contre les envahisseurs du Nord Mali et rejettent tous dialogues avec les représentants des groupes armés de différentes sensibilités. Pourtant, il s'agit de pays à forte tradition de dialogue et de concertation inter ethniques qui ont su à plusieurs reprises mettre un terme aux conflits récurrents dans ces zones. Heureusement que l'ONU et le Conseil de sécurité, on ne sait par quel miracle, semblent décidés à tempérer l'ardeur guerrière de la CEDEAO et donner la chance au dialogue souhaitable entre les autorités maliennes reconnues et des groupes dissidents sécessionnistes qui occupent le Nord Mali.

La paix est un bien commun mondial qu'il faut préserver en tous lieux et en toutes circonstances. Il ne peut y avoir de guerres justes qu'elles soient punitives ou préventives. En dernier ressort, seuls des fournisseurs d'armes et de conseils de défense et de sécurité en tirent avantage des situations de guerre et ceux qui s'adonnent à ce commerce doivent relever de crimes contre l'humanité.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte