Les forces françaises en RCA, après le Mali et la RCA à qui le tour ?

 Après l'intervention française en RCA à quand la réactivation du Conseil de tutelle de l'ONU ?

De Djilali BENAMRANE

 Qui a eu l'occasion de parcourir l'Afrique pour différentes raisons, la RCA comme la plupart des pays africains pseudo-indépendants, est restée sous l'emprise visible et évidente d'une omniprésence et d'une omnipotence des autorités françaises en quête de la poursuite de leurs droits et devoirs de défendre les intérêts de leur pays et de protéger leurs ressortissants expatriés qui y résident.

 En attendant une troisième guerre mondiale qui tarde à survenir alors que la désespérance ne cesse de croître, que les conflits d'intérêt mais aussi armés, dans et entre les États, ne font que se multiplier et s'aiguiser, en des formes nouvelles autrement plus dangereuses, pour le devenir de l'espèce humaine, la réforme en profondeur, voire le remplacement urgent de l'ONU, cette organisation à bout de souffle, manifestement à l'état de cadavre putréfié et nocif, n'est toujours pas d'actualité. Pourtant, c'est au sein de son pôle central et de sa galaxie bureaucratique, budgétivore et prolifique, une jungle hétéroclite composée de conseils, de commissions, de comités, de groupes de travail, d'agences, de programmes, de fonds et autres organes, autonomes ou subsidiaires, à compétence plus ou moins large, que devraient s'examiner et se trouver des réponses à les situations d'instabilité, de conflit et de guerres ouvertes ou potentielles qui menacent la paix et la sécurité collectives.

Aujourd'hui, la France est forte de son statut de cinquième puissance économique mondiale, membre permanent et super-actif du Conseil de sécurité de l'ONU, membre du club très fermé des nations détentrices de l'arme nucléaire, leader dans la plupart des organisations onusiennes et ou intergouvernementales de type Union européenne, de la Francophonie ou de la zone du Franc (CFA) une monnaie on ne peut plus coloniale, que certains hauts dignitaires de la République débordent d'initiatives pour l'étendre à l'ensemble du Continent africain. Elle semble prendre plaisir à décider des opportunités de piloter ou d'appuyer avec succès, des interventions militaires punitives, de nettoyage, de pacification, de remise en ordre et si besoin, de changement autoritaire des équipes ayant pris le pouvoir par suite de coups d’État ou d'élections démocratiques, devenues opportunément inacceptables par le fait du protecteur, l'ancienne puissance coloniale. La France, grâce à ses alliés, les Etats du monde occidental mais surtout ceux africains et arabes sous sa dépendance, n'éprouve aucune difficulté jusqu'à présent pour légitimer par des votes construits au niveau du Conseil de sécurité le bien-fondé de ses exploits guerriers. Elle s'ingénie même à chercher à les faire supporter financièrement par la communauté internationale.

Les initiés de la situation en RCA, depuis son accession à l'Indépendance, ne peuvent ignorer que ce pays plus que les autres pays, connaît une dépendance spécifique à l'égard de son ex-métropole avec laquelle il a toujours conservé l'indéfectible cordon ombilical. Depuis des mois, la sécurité de l'aéroport de Bangui est du ressort de l'armée française qui protège au plus prêt les intérêts de la France et de sa communauté qui y réside ou qui développe des affaires. La soudaine surmédiatisation des troubles qui affectent surtout les populations civiles, dressées par des mains expertes en construction de divisions ethniques et religieuses, donne à l'intervention française en RCA, la plus grande légitimité, avec moins de risques et de moyens militaires et avec un appui d'utilité douteuse de forces armées africaines, avec des engagements opportuns et forcés de chefs d’États, réunis par chance en ce moment à Paris, dans un Sommet franco-africain où il est plus commode de convaincre s'il y a lieu des réticences.

 Pour la RCA comme pour le Mali hier comme pour d'autres pays demain, il serait grand temps que la communauté internationale interpelle sévèrement le système onusien pour mettre un terme à autant de légèrement dans la gestion des affaires mondiales en soulageant la France de son mandat de gendarme de la paix et de la sécurité sur le Continent africain et en commençant par réactiver le Conseil de Tutelle pour assumer, au nom d'une ONU à rénover, la mission de construction d'une gouvernance mondiale pendant une période de transition, en attendant de créer les conditions d'une souveraineté et d'une indépendance réelles. A regarder de plus près, cela s'applique à des dizaines de pays africains en déchéance, sans gouvernance ni gouvernement. N'en déplaise à ceux qui prétendent que le Continent connaît des progrès remarquables en matière de pratiques démocratiques et des taux de croissance sans pareil par le passé, l'Afrique sombre dans la désepérance, reste à espérer que les populations africaines puissent se réveiller et s'exprimer.

 

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