Ukraine Crimée, une source de méditation dans un monde en péril

 

Dépeçage de l'Ukraine : épiphénomène ou effet papillon qui changera la face du monde ?

 De Djilali

Sauf rebondissement relevant du miracle, la rupture consommée d'avec l'Ukraine et le ralliement massif de la Crimée à la République fédérale de Russie semblent devoir être considérés comme chose acquise. Face aux gesticulations et menaces des occidentaux pour faire échouer l'opération, force est de relever la minutie, l'efficacité et le brio avec lesquels la Russie a su finaliser l'opération qui aurait coûté pour l'instant la vie de deux combattants, un pour chacun des camps en présence et sans qu'il y ait eu des destructions massives des infrastructures économiques. Il est vrai que les événements se situent au cœur de l'Europe et non dans un pseudo État arabe ou africain, en ces zones malmenées où se déroulent, en continu, des guerres dites asymétriques, seul qualificatif pour justifier le triomphe facile et quasiment sans victimes humaines d'un côté et les milliers de sacrifiés de l'autre, sans parler des pertes, jamais évaluées en casses économiques et infrastructurelles qui constitueront autant de marchés juteux pour les opérateurs occidentaux.

En Ukraine et en Crimée, les événements se succèdent à une vitesse sans précédent, sans sembler s'inscrire dans l'improvisation ni dans la précipitation mais plutôt relever d'une partie de jeux d'échec russo-américain comme au temps pas si lointain de la Guerre froide. Autour du terrain de jeu, l'OTAN suit la partie avec vigilance, son parti pris dans la défense des intérêts occidentaux est évident. L'Europe et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une organisation intergouvernementale regroupant la totalité des États du continent européen, et même certains qui ne le sont pas, deux acteurs occidentaux majeurs parmi d'autres, qui ont mission d'amuser la galerie, occuper l'ONU, ce monstre d'incapacité et d'impuissance depuis sa création, et d'endormir le reste du monde consigné dans une expectative de complaisance quelque soit l'issue de la partie. Pourtant, il devient évident que le statut des deux principaux antagonistes, Russes d'un côté et étasuniens avec leur larbins de l'autre, semble avoir évolué de façon singulière dans la plus grande indifférence. La période noire d'implosion du système socialiste soviétique, piloté par des mains des maîtres, de véritables monstres sorciers, architectes de l'écroulement total et immédiat du système socialiste, les Gorbatchev et les Elsine, semble avoir vécu. Il émerge aujourd'hui sous le règne de Poutine, une soif de dignité et de considération du peuple russe trompé, déboussolé, méprisé et placé sous domination des maîtres du capitalisme pur et dur, dans des formes outrancières d’expansionnisme, de pillage et d'exploitation. L'erreur historique des occidentaux est d'avoir cru avoir réduit à néant la Russie, embourbée dans la mise en œuvre d'un système libéral contre nature, lui conférant un statut similaire à celui implanté avec succès et durablement dans les pays satellites de l'ex Union soviétique, en Afrique ou dans le monde arabe.

Dimanche 16 mars à l'issue d'une succession de mal gouvernance, d'actes belliqueux posés par des autorités ukrainiennes russophobes, à légitimité discutable, la population de Crimée, excédée, organise un referendum qui a permis à une écrasante majorité des populations de cette entité territoriale russophone, ayant fait par le passé partie intégrante de la Russie, de plébisciter la proposition de séparation de leur territoire d'avec celui de l'Ukraine et le retour dans le giron russe.

 Le 18 mars Le président Vladimir Poutine a signé l'acceptation du retour de la Crimée dans l'ensemble de la République de Russie, provoquant la colère de Kiev et la réprobation des occidentaux, étasuniens et européens, les constituants principaux sinon exclusifs de la communauté internationale. Il est quasi-certain que demain, le 20 mars, le parlement russe entérinera la décision du Président russe faisant de la Crimée une composante de la Fédération de Russie.

En ces temps de grande confusion, beaucoup regrettent l'impuissance et la non réactivité émotive des forces armées ukrainiennes encerclées dans les bases militaires en Crimée, la retenue des forces de l'OTAN et l'absence de forces armées d'intervention et de réaction européennes. Certains espèrent encore des dérapages incontrôlés qui justifieraient une intervention significative pour assujettir définitivement et durablement le peuple russe et en faire un exemple pour tout autre peuple cherchant à se libérer de la domination occidentale.

L'ONU dans sa figuration actuelle a failli dans sa mission de construire la paix et la coopération et d'anticiper et mettre fin à toutes situations d'insécurité et de guerre. Sauf à lui trouver une organisation alternative, pourvue de compétences et de moyens pour relever les défis du XXIème siècle, attendons-nous à d'autres guerres, y compris en Europe où d'autres entités territoriales à majorité russophone, russophile ou avec des populations se considérant comme une minorité menacée, en Ukraine ou dans d'autres Etats indépendants de l'ex Union soviètique, constituent autant de sources potentielles de conflagration, aux effets insoupçonnables. 

Il faudra la survenue du IIIème Guerre mondiale pour que l'humanité soit contrainte de convenir de sa réorganisation en profondeur.

Qu'advienne alors cette Guerre mondiale s'il s'agit là d'une condition pour que cesse la folie des hommes et que s'impose enfin un monde de paix sans guerres et ce pour quelque motif que ce soit.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.