Forum social mondial (FSM) : Tunis 26-30 mars 2013 - Contexte et enjeux !

Des Forums sociaux : du Forum Social Local d'Amiens du 26 janvier au Forum Social Mondial de Tunis : 26-30 mars 2013

Le concept des forums sociaux mondiaux et tout récent, le premier a eu lieu à Porto Allègre, au Brésil, en 2001, s'en sont suivies des rencontres, à un rythme annuel jusqu'en 2007 puis biennal depuis, le dernier à Dakar en 2011 et le prochain à Tunis en mars 2013.

Le samedi 26 janvier, a eu lieu en Amiens, à l'initiative du Mouvement de la Paix, du comité local d'ATTAC, de nombreuses associations de défense des droits humains et de forces syndicales, un Forum social local, une rencontre de mobilisation pour comprendre et soutenir le FSM qui aura lieu prochainement à Tunis. Des Tunisiennes et Tunisiens, résidents en France ou venus de Tunisie pour la circonstance, ont animé les ateliers et les débats sur cette thématique, à la satisfaction des participants au nombre d'une centaine. Peut-être s'agit-il d'un épiphénomène sans signification particulière, une rencontre comme on peut en compter, chaque dimanche en France des centaines voire des milliers, des discours, des débats agrémentés d'activités culturelles et parfois de régals gastronomiques

Alors que pouvait apporter de particulier, de significatif, la rencontre d'Amiens, cette journée de sensibilisation sur les enjeux du FSM de Tunis ?

On pouvait relever tout au long des ateliers et des débats qui s'en suivirent, comme une prise de conscience collective et progressive quant à l'importance de l’événement.

Il a fallu tout d'abord partager une conviction que les Forums Sociaux Mondiaux constituent une construction laborieuse d'espaces interactifs, du local au global, des espaces articulés de réflexion et de proposition sur la pertinence, la faisabilité et l'urgence de démontrer et d'aider à la réalisation d'un engagement : celui qu'un autre monde est possible. La construction de ce monde nouveau est l'affaire, non des gouvernants, des multinationales et autres forces de la finance, non des élites établies, repues et corrompues mais des citoyens du monde, responsables de leur sort et de leur devenir. La rencontre d'Amiens fut un maillon parmi des dizaines de rencontres organisées en France, des centaines en Europe et des milliers de par le monde et le FSM de Tunis, constituera un couronnement, à l'échelle mondiale, après ceux de Porto Allègre ou de Belém au Brésil, de Mumbaï en Inde, ou de Nairobi puis Dakar en Afrique.

Au plan mondial, les FSM se distinguent des sommets onusiens organisés périodiquement sur des thématiques, certes d'importance,mais dont les résultats sont le plus souvent prédéterminés, grâce à des méthodologies expérimentées de préparation, d'organisation, de déroulement , d'évaluation et de suivi des recommandations escomptées et finalisées avant même la tenue de tels sommets onusiens.

Le FSM se distingue également de rencontres internationales du genre Davos qui a lieu annuellement, avec un droit de participation sélectif, comme pour en souligner la puissance, la fortune et l'élitisme des ayant-accès à de tels événements de défense des intérêts privés des organisateurs et participants.

Le FSM se distingue encore de ces ''messes internationales dédiées aux multinationales'' avec présence de rois, de princes, de Chefs d'Etats et autres seigneuries financières,des rencontres internationales plus courues que les sommets onusiens, autoproclamées instruments de consensus mondial sur des thématiques pesant sur le devenir de l'humanité. Il en est ainsi par exemple des Conférences mondiales sur l'eau, une initiative portée par la multinationale française Véolia et qui connaît un retentissement planétaire d'autant que l'ONU qui va bientôt fêter ses soixante dix années de fonctionnement, à tout le moins chaotique et désespérant, n'a pas réussi à créer une Agence onusienne de l'eau à l'exemple de l'Unesco, de l'OMS, de la FAO ou de l'AIE, pour produire et imposer des normes de bonne gouvernance dans la gestion durable des ressources hydrauliques.

En Amiens, Les débats ont porté sur l'espace Euro-méditerranéen, sa pertinence comme espace dès les origines inapproprié et déséquilibré parce que mettant en rapport non les pays directement concernés par la Mer Méditerranée – Sud de l'Europe/Nord de l'Afrique,  mais abusivement toute l'Europe unie, y compris ses composantes scandinaves, avec les seuls pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient, dans leur désunion légendaire, exclusion faite des autres pays africains. Une preuve éclatante, s'il en était besoin, de l'incapacité et de l'impuissance de l'Union africaine à constituer un partenaire, un interlocuteur dans les débats, en cet espace euro-méditerranéen, au demeurant en survie artificielle tant il est anachronique et injuste dans sa composition et dans son fonctionnement. La mer Méditerranée que d'aucuns voudraient un espace de sécurité, de paix, d'échanges interculturel et inter-religieux est aujourd'hui un lieu, de tous les dangers, non nucléarisé, avec les forces armées navales des pays de l'OTAN et de la Russie qui se croisent, avec quelques dizaines de milliers de corps humains qui gisent au fonds de la mer, grâce ou cause du dispositif FRONTEX, agence européenne pour la gestion coordonnée des frontières extérieures de l'Union et pour la dissuasion des tentatives de pénétration frauduleuse dans l'espace de l'Union.

Autres domaines de débats au FSM d'Amiens : le statut et l'importance de la Tunisie, pays hôte du prochain Forum qui se tiendra à Tunis, dans les abords immédiats de la France, ce qui en facilite l'accès et la participation aux débats, s'agissant d'un pays voisin et francophone. Les présentations et les débats ont rappelé le rôle premier et principal joué par ce pays dans ce qui a été appelé au départ le printemps arabe, d'autres, plus enthousiastes auront espéré y repérer une révolution universelle, portant exemple de la volonté d'un peuple, de ses composantes femmes et jeunes, dans un combat d'ébranlement d'un régime dictatorial, policier et militaire, sans recours aux armes, ni aux aides intéressées de pays dits ''frères ou amis''. Malheureusement cette initiative historique, après avoir été suivie par l'exemple aussi porteur en Égypte, a été en quelques mois après récupérée par les maîtres du monde qui l'ont totalement dévalorisée par des interventions guerrières en Libye ou au Mali, comme pour rappeler que des changements politiques souhaitables ne peuvent être mener sans une guerre armée destructrice des hommes et des richesses. Des guerres menées sous autorisation et protection des puissances occidentales et des lobbys de production et du commerce des armes de destruction et du savoir-faire d'extermination.

Les débats en ce domaine ont été riches pour convenir que les guerres devraient être proscrites au XXIè siècle pour quelque cause que ce soit et la communié internationale pour ce faire devrait se doter d'institutions nouvelles de préservation de la paix et de construction des conditions adéquates pour anticiper et corriger, par la formation citoyenne dès l'enfance et tout au long de la vie, pour faire valoir la supériorité du dialogue et de la concertation, toutes situations de conflit confondues.

L'ONU qui a été créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avait pour mission première de préserver la paix donc de proscrire la guerre, sous toutes ses formes. En ce domaine, force est de constater qu'elle a failli et donc a besoin d'une refondation aussi urgente que profonde, pour répondre aux enjeux de l'heure.

Les participants au Forum social local d'Amiens, ont convenu d'envoyer une ou plusieurs personnes à Tunis pour rendre compte de leurs travaux et tisser des liens avec les participants au FSM de Tunis, mais aussi avec les autres collectifs en France, en Europe, en Afrique et de par le monde.... Et revenir rendre compte des progrès dans la construction de la citoyenneté mondiale à l'oeuvre pour qu'un autre monde soit possible.

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