Une élection municipale inédite à la Rochelle

Pour la première fois à la Rochelle, une liste écologiste est en mesure de gagner au second tour des élections municipales. J-M. Soubeste représentera seul la gauche face au député O. Falorni et au maire sortant J-F. Fountaine. Éclaircissement sur un entre-deux-tours à très haute tension qui cristallise deux manières de faire de la politique.

Une élection municipale inédite à la Rochelle

Un premier tour serré 

Au premier tour des élections municipales de la Rochelle, O. Falorni, député de la première circonscription, est arrivé en tête des suffrages (33,26%), devançant très légèrement J-F. Fountaine (32,62%), le maire sortant. J-M. Soubeste, tête de la liste d'Ensemble, osons l'écologie obtient 16,70% des suffrages. Derrière, les candidats LR, LFI, et PC ne dépassent pas la barre des 10% (1). Le député et le maire sortant sont présentés comme des candidats divers gauche (ils ont été exclus du PS en 2012 et 2013), et le troisième est étiqueté EELV. A première vue, la ville restera à gauche. 

Pour les écologistes, ce résultat peut paraître décevant dans la mesure où son électorat s'est moins déplacé qu'aux européennes : sur 55 des 56 bureaux de la Rochelle, ils obtiennent moins de voix qu'aux européennes. Cette évolution négative du nombre de votants entre ces deux élections se retrouve dans de nombreuses villes, à l'instar de Nantes. Ainsi, selon un sondage Ifop qui établit l'abstention en fonction de la proximité partisane, 60% de l'électorat vert ne s'est pas rendu aux urnes le 15 mars. C'est le niveau d'abstention le plus élevé par rapport aux autres partis. Pour comparer, seulement 34% des électeurs LREM se sont abstenus.

Si on se limite strictement à la lecture des résultats en pourcentage, il en résulte que le second tour va plutôt se jouer entre O. Falorni et J-F. Fountaine, la liste écologiste apparaissant assez loin derrière. Mais lorsque l'on sort de la logique de pourcentage, et que l'on analyse les résultats en nombre absolu, on peut se rendre compte du faible écart qui sépare les trois candidats. En effet, seulement un peu plus de 3 000 voix séparent le premier du troisième. En sachant qu'à peine 20 000 électeurs ont voté sur un corps électoral de 52 000 personnes, il apparaît alors comme tout à fait possible un renversement de la hiérarchie.  

Une décision surprise

Il n'en reste pas moins qu'il était acté, notamment chez certains décideurs politiques, médias et militants, qu'il y aurait entre les deux tours, une fusion entre les listes de J-F. Fountaine et J-M. Soubeste. Avant même le début de la campagne, l'histoire de ce rassemblement semblait déjà écrite : en effet, J-M. Soubeste, quatrième adjoint à la mairie, a signé lors des élections municipales de 2014 un accord avec J-F. Fountaine. Ce dernier avait alors besoin des écologistes (6% des suffrages) pour remporter les élections. Aujourd'hui, cette situation de dépendance ne s'est qu'accentuée : d'une part, parce que les écologistes pèsent davantage d'un point de vue électoral qu'il y a 6 ans. D'autre part, parce que le principal rival du maire sortant, O. Falorni, est arrivé premier le 15 mars. Le candidat écologiste était alors en position de force pour négocier et obtenir un nombre élevé d'élus et d'importantes délégations.

Cependant, contre toute attente, 54% des membres du mouvement Ensemble Osons l'écologie ont voté pour le maintien en autonomie de leur liste au second tour, créant une véritable surprise politique au niveau local, "un sacré coup de tonnerre" selon O. Falorni (2). Certes, deux jours avant, des négociations avec J-F. Fountaine en vue d'une éventuelle fusion avait conduit à des désaccords profonds sur le programme : le projet sur le grand port maritime, l'instauration d'un minimum garanti d'urgence, l'encadrement des loyers, la création d'un conseil citoyens tirés au sort. Cette incompatibilité n'effaçait néanmoins pas l'idée commune d'une fusion paraissant comme naturelle et dans la logique des choses. Mais personne, que ce soient les électeurs, les différentes têtes de liste, ou même J-M Soubeste et son équipe, n'avait envisagé une liste écologiste en autonomie et une triangulaire au second tour (3). 

Unique candidature de gauche

Ce choix de l'autonomie au second tour s'explique en grande partie par la place importante des citoyens non encartés. EELV représente autour de 40% des militants du mouvement. Majoritaires, les citoyens ont rejeté très significativement l'alliance avec J-F. Fountaine. Cette position illustre un manque de confiance envers cet élu qui a traversé les conseils municipaux des vingt dernières années. Mais la place prépondérante des citoyens dans le mouvement ne peut pas être la seule explication. A fortiori lorsque dans d'autres villes ils occupent une place toute aussi importante avec des résultats pourtant différents : à l'image du collectif de Nantes, qui a voté à hauteur de 70% pour la fusion avec la liste de J. Rolland, la maire socialiste de Nantes. Les étiquettes politiques sont aussi des facteurs majeurs d’explication : nonobstant l'étiquetage officiel de divers gauche, le maire sortant présente sur sa liste 12 candidats de la République en Marche. Construire un programme commun semblait impossible tant les écarts politiques étaient grands. J-M. Soubeste a d'ailleurs expliqué les positions antagonistes, notamment autour du minimum garanti pour les jeunes les plus précaires, de l'encadrement des loyers, et du port maritime.

Refuser la fusion exprime donc une stratégie d'intégrité et de cohérence, et le rejet d'une façon de faire de la politique comme une association d'alliances plus ou moins saugrenues dont l'objectif premier est l'obtention de postes.

Le 6 juin, Bruno Léal, candidat du parti LR, qui n'avait quelques jours plutôt pas réussi à fusionner avec la liste d’O. Falorni, a néanmoins appelé ses électeurs à voter pour lui au second tour (4). Cette annonce clarifie le programme ambigu du député étiqueté divers gauche et cristallise les positions des différentes listes. Dans tous les cas, la liste conduite par J-M. Soubeste est soutenue par différentes forces de gauche, notamment Nouvelle-Donne et Génération-S.

Depuis l'éclatement du parti socialiste et des républicains, l'échiquier politique continue de se recomposer, et ces élections municipales rochelaises témoignent d'une clarification des positions. Pour la première fois à la Rochelle, un véritable projet écologiste peut remporter les élections et faire fructifier les premiers engagements de M. Crépeau, trente ans auparavant. Les écologistes, défenseurs des services publics et de l'autonomie croissante du territoire, ont, comme le dirait M. Crépeau, "les pieds sur terre et la tête dans les étoiles".

 

 (1) https://www.lemonde.fr/resultats-elections/la-rochelle-17300/

(2) https://www.sudouest.fr/2020/06/02/municipales-a-la-rochelle-falorni-pavoise-dans-son-coin-7531143-710.php

(3) https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente-maritime/la-rochelle/verts-se-maintiennent-deuxieme-tour-municipales-rochelle-1836072.html

(4) r/infos/politique/municipales-a-la-rochelle-bruno-leal-annonce-son-soutien-a-olivier-falorni-1591510961

 

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