La Robertsau, quartier nord de Strasbourg, a-t-elle le potentiel d'être gouvernée par ses Habitants?

Depuis la nuit des temps, face à la domination de castes engendrant inégalités et crises, les peuples se réveillent par sursaut et se meuvent pour dépasser l'amnésie collective orchestrée par ces dernières afin de ressaisir leur destin commun. Aujourd'hui qu'en est-il de cette unité populaire Robertsauvienne et de son élan? Face à la violence de ce système politico-capitaliste que l'on entretient dans une servitude volontaire,  reste-il un espace au peuple pour se rencontrer, échanger, se co-construire et s'émanciper socialement afin de contribuer ensemble à un changement de paradigme à hauteur des défis et enjeux sociétaux à venir ? Ce monde vieux, beaucoup ne voit pas qu'il est déjà mort. Les gens qui décident pour nous et qui vivent de nos deniers et efforts quotidiens ont-ils encore la vision, les valeurs du collectif et la volonté de le servir en lui donnant la parole ou est-ce au Peuple de niveler par le bas des solutions face à cette crise de confiance, de sens démocratique et de déni des réalités?

Comment l'intérêt général peut il rester à l'esprit du représentant lorsqu'il ne va pas à la rencontre des habitants et de la réalité de chacun? L'œil public est bien plus puissant qu'un seul. Cette centralisation des pouvoirs et la non-élection par les habitants du représentant de quartier sont-ils optimales pour la bonne marche et le devenir de la Robertsau? Peut-on se demander si les intérêts de la majorité peuvent être sacrifiés en retour d'un gain massif pour une minorité? Les "politiques" ont quitté malheureusement le navire du peuple le menant progressivement dans l'abyme. Est on arrivé finalement au bout de ce système de représentativité avec cette gouvernance désuète s'appuyant sur la logique d'entre-soi, le moins-disant, la professionnalisation de l'engagement, le clientélisme, le jeu des échéances électorales pour conserver ses pouvoirs et privilèges et gagner le corps du roi et son triomphe? Reste-t-il parmi ces gens certains qui n'ont pas quitté le corps du peuple pour le corps du roi et qui ont une ambition à hauteur des Robertsauviens et pas uniquement à hauteur de leur personne?  Le conseil de quartier n'est-il pas l'écueil de cette représentativité?  Le terme "démocratie participative" ou devrait-on plutôt dire "démocratie représentative" cet oxymore est encore plus révélateur de l'infantilisation du peuple par ce système de gouvernance qui légitime le pouvoir d'un sur tous en fixant lui même le cap pour tous. Bertrand Méheust  dans son livre "La politique de l'oxymore, comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde" explique que le système est à l'origine de tensions de plus en plus fortes et pour masquer ces dernières, ceux qui nous gouvernent pratiquent la politique de l'oxymore qui cherche à fusionner deux réalités contradictoires pour paralyser les oppositions potentielles. Ils favorisent la destruction de l'esprit, deviennent des outils de mensonge et les gens sont désorientés et inaptes à penser.  La sur-utilisation de l'oxymore "développement durable" consiste à graver dans l'esprit du public l'idée que l'écologie est compatible avec la croissance et même mieux qu'elle la réclame afin de masquer l'incompatibilité entre la société globalisée dirigée par le marché et la préservation de la biosphère.

 Mais malheureusement face à ce système de gouvernance saturé et sclérosé, l'ère du 2.0 fondée sur la notion de partage et d'interconnexion redonne confiance, vigueur et mouvement au Peuple. Elle donne ainsi à chacun le pouvoir de sortir de l'indifférence et de prendre conscience des enjeux via l'accès aux connaissances, aux réseaux sociaux mais aussi de créer du contenu et de la valeur sociale. L'an passé se tenait à Strasbourg le second  Forum de la démocratie portant la thématique "Retisser la démocratie : connecter les institutions avec les citoyens à l'ère du numérique". Du côté de la presse libre et d'investigation, le média Médiapart est l'exemple même issu de la croisée de cette révolution et des valeurs d'indépendance et de contribution du public avec son talentueux cofondateur Edwy Plenel qui a écrit  « Dire non ». A la Robertsau, suivi par 14.000 personnes mensuellement, le Blog de la Robertsau créée par Emmanuel Jacob suit cet élan relayant des informations locales publiées quotidiennement par des Robertsauviens où chacun peut réagir, alerter... En Espagne grâce au 2.0,  la jeune génération espagnole a lancé la vague citoyenne PODEMOS avec plus de 400 assemblées populaires dans une logique down-to-up et en réussissant à avoir des sièges au parlement européen. Donc les possibilités sont grandes, l'inventivité est là, accessible à tous et peut tendre à répondre à nos maux.

Qu'attendons nous finalement, il est clair que ces multiples initiatives donnent de l'espérance et peuvent libérer la voix et l’énergie du peuple et de concert redynamiser le lien social en s'articulant sur de rencontres habitantes et en s'appuyant sur des valeurs comme l'intergénérationnel, l'empowerment, l'éducation populaire et l'inclusion. La Robertsau aurait-t-elle l'audace et le potentiel d’assoir une structure citoyenne et d’être gouverner par ses Habitants dans une démocratie plus réelle? Les forces en présence dans le conseil de quartier, les associations et les autres forces vives seraient-ils les premières pierres cachées de cette nouvelle gouvernance? C'est sans nul doute que la Robertsau a un potentiel certain mais en sommeil. Mais que lui manque-t-il ainsi pour le réveiller?

Guillaume Đoàn

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