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La rencontre entre Michka Saäl et le Festival de Lasalle remonte à 2006, avec la présentation de son film « Prisonniers de Beckett ». Il s’est tissé un lien très fort, onze années durant, entre la réalisatrice, l’équipe du festival, le village de Lasalle et les festivaliers. Car oui, Michka était plus qu’une « invitée », n’hésitant pas à traverser l’Atlantique pour venir, presque une année sur deux, à ce rendez-vous du documentaire en Cévennes qu’elle avait adopté. Avec sa vision unique du cinéma, elle savait nous transporter dans son univers fait de poésie sensible,de sincérité humaine et de questionnements permanents. Elle nous a transmis à tous, collectivement, une leçon de cinéma, mais aussi, pour beaucoup d’entre nous, un souvenir intime. Et, jusque dans le deuil, cette cinéaste de l’exil a encore des choses à nous apprendre. C’est pourquoi nous avons souhaité lui rendre un hommage en compagnie d’invités proches d’elle et de son travail, qui pourront nous faire partager leurs savoirs et souvenirs à l’occasion des quatre rendez-vous particuliers qui ponctueront cette édition.
Un atelier : "secrets de films retrouvés / en cours"
Il n’était pas possible de faire un hommage à Michka Saäl sans souligner le travail obstiné et fidèle mené par son mari, Mark Foss, et son monteur, Michel Giroux, qui ont su surmonter l’épreuve de son départ, pour continuer à faire vivre son œuvre. Dans cette entreprise, il faut souligner le soutien sans faille de l’Aide au Cinéma Indépendant (ACIC) de l’Office National du Film du Canada. Un vaste chantier s’est ouvert, allant de la restauration de son premier film au passage en post-production de ses deux derniers films. C'est pourquoi nous avons souhaiter organiser un atelier autour de Michka Saäl pour révéler son travail au public de Lasalle et les enjeux de ces films « retrouvés / en cours. » Pour animer cet atelier, Mark Foss sera accompagné de deux amies de Michka : Lihong Kong (productrice, traductrice) & Nadine Ltaif (poète, comédienne et chargée de production). Tous trois ont eu le privilège de participer à des films de Michka Saäl. Dans cet atelier seront présentés des extraits de deux films en cours et le premier film de Michka, récemment restauré :
- Loin d’où ? – 1989 – Québec – Fiction – 24mn
Son magnifique premier court métrage, présenté aux Rendez-vous du Cinéma Québécois en 1989, avait remporté le Prix Normande Juneau. Il raconte son parcours : celui d’une jeune étrangère à Montréal, tiraillée entre le monde qu’elle a quitté et celui où elle a choisi de vivre. Un film très sensoriel dont le rythme des images et des sons provoque un jeu de va et vient entre un monde présent encore étranger et celui, intime, d’une mémoire en exil. On décèle déjà une grande poésie chez la cinéaste qui nous fait ainsi ressentir le sentiment d’exil. « Du cœur de son exil, Michka Saäl a produit une œuvre qui élargit le champ de notre regard parce qu’elle nous a offert le sien, qui se double d’un sens du cinéma dont nous avons grand besoin. » (Michel Beauchamp, 1989)
- Les Improbables – Québec – Documentaire – work in progress (extraits)
Les Improbables sont quatre personnages aux personnalités originales et aux histoires de vie peu banales. Ils tracent leur lien lumineux entre vie et création, entre éthique et esthétique, et ce qu’ils ont réussi de mieux, c’est leur vie. Avec comme mission, le jeu de faire découvrir Montréal au fil d’un voyage qui nous emmènera du détail d’une peinture d’icône à la gigantesque robe à plumes d’une reine de la nuit. en passant par les expéditions récupératrices en vélo à l’aube. Là où s’inventent nos vies...
- New Memories – Québec – Documentaire – work in progress (extraits)
Dans l’ambiance étourdissante de Kensington Market à Toronto, l’appareil photo d’Anne J. Gibson apparaît comme un témoin silencieux, une menace potentielle, une main tendue, une distance réconfortante... parfois tout cela en même temps. Capter le chaos de Kensington l’aide à dominer ses propres démons, tandis que ses photos elles-mêmes témoignent de ce quartier bohème en changement perpétuel, tout comme elle. La réalisatrice y a vu « une histoire de vie et de mort, d’art et de survie, qui en vaut, littéralement, la peine. »
Trois longs-métrages documentaires clés de Michka Saäl accompagnés de deux qui ont travaillé avec elle sur ces films
Nous avons souhaité présenter trois "époques" de l’œuvre artistique de Michka Saäl, à travers des œuvres présentées par des personnes ayant pris part au projet, que ce soit comme protagoniste ou dans le processus de production.
- L'arbre qui dort rêve à ses racines – 1991 – Québec – 1h21mn – ONF
Premier long-métrage documentaire de la réalisatrice, ce film est un essai sur l’identité. Il est à la fois un autoportrait de la réalisatrice, juive originaire de Tunisie, et un jeu de miroir avec son amie Nadine Ltaif, arabe originaire du Liban, toutes deux immigrées au Québec. Leurs deux cultures, souvent rivales au Proche-Orient, doivent se plier à celle du pays d’accueil, ce qui engage une réflexion plus globale sur l’immigration. --> En présence de Nadine Ltaif
- Prisonniers de Beckett 2005 – Québec, France – 1h25mn – ARTE France, ADR Productions, quatre par quatre Films, ONF
Succès international, ce film a été un tournant dans l’œuvre de la réalisatrice et retrace une expérience atypique. Dans les années 1980, convaincu des bienfaits du théâtre, le directeur de la prison suédoise de Kemla a invité un metteur en scène, Jan Johnson, a animer un atelier autour de la pièce En attendant Godot, de Samuel Beckett. Très vite, les prisonniers se sont identifiés aux personnages dont ils avaient à jouer les rôles. La pièce sera montée et montrée au public, rencontrant un vif succès. Les prisonniers, grâce au théâtre, ont pu s'extraire d'un univers carcéral déshumanisant. Ils ont ainsi pu goûtent à une esprit de liberté qui ne les quittera plus... avec des conséquences inattendues!
--> En présence de Guy Hakim
- A Great Day in Paris 2017 – Québec – 1h16mn – Michka Saäl
Dernier long-métrage documentaire présenté par la réalisatrice de son vivant, à Paris en mai 2017. Ce film est une ode à l'exil artistique. En effet, entre Paris et le jazz existe une histoire d’amour presque centenaire. La Ville Lumière a vu arriver de nombreux jazzmen américains qui s’y sont installés, une tradition qui continue encore aujourd’hui. C’est ce qu’a voulu célébrer le saxophoniste Ricky Ford en conviant pour une photo historique, plus de 75 musiciens américains venus vivre en France progressivement depuis les années 1970.
--> En présence de Sangoma Everett