Carte Blanche à l'IRIS-EHESS au Festival de Lasalle - DOC-Cévennes

Cette année encore l'IRIS – Institut de Recherches Interdisciplinaires sur les enjeux sociaux – présente sa carte blanche avec cinq films au programme ainsi qu'une table ronde : Recherche & Engagement. Eliane de Latour, anthropologue, directrice de recherches, photographe, cinéaste et fondatrice de la carte blanche IRIS, nous en parle.

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Cette année encore l'IRIS – Institut de Recherches Interdisciplinaires sur les enjeux sociaux – présente sa carte blanche avec cinq films au programme ainsi qu'une table ronde : Recherche & Engagement. Eliane de Latour, anthropologue, directrice de recherches, photographe, cinéaste et fondatrice de la carte blanche IRIS, nous en parle.

La carte blanche à IRIS est devenue un événement incontournable du festival, comment est-elle née ?

C'est un événement encore jeune, il y a eu une première programmation l'an dernier, cette année les films seront diffusés à partir de jeudi avec Vivre Riche de Joël Akafou. L'idée vient de mon frère, Henri de Latour, le fondateur et l'organisateur de ce festival. Il a eu envie d'ouvrir le festival sur une réflexion autour des sciences humaines et de poursuivre cela peut-être plus tard avec l'ouverture de la future maison de la culture à Lasalle. Il m'a donc demandé – puisque j'appartiens à un important laboratoire en sciences humaines interdisciplinaires, lié à l'école de hautes études en sciences sociales, le CNRS, l'INSERM et Paris 13 – d'organiser un événement. J'ai donc eu l'idée de proposer à un groupe de  quatre chercheurs – parmi les deux cents que compte notre laboratoire – de choisir chacun un film et de venir à Lasalle faire une présentation.

Comment se structure la programmation de la carte blanche ? Quelle est sa ligne directrice ?

Cette année six chercheurs ont tous sélectionné un film qui a du sens par rapport à leurs propres recherches. Ils sont libres de choisir ce qu'ils veulent du moment que ce n'est pas un film qu'ils ont réalisé eux-mêmes. Du coup, le débat est plus intéressant car ils ne défendent par leurs propres œuvres, ils défendent l'œuvre de quelqu'un d'autre qui les a inspirés ou avec qui ils ont travaillé concrètement ou qui est réellement intimement liée à leurs parcours de recherche. Les chercheurs face aux films, ont une autre approche, une vision différentes.

Cette année je ne me suis pas personnellement occupée de la programmation, mais les films abordent des thèmes variés comme l'empoisonnement agro-industriel : intoxication à l'amiante, aux pesticides présents sur les lieux de travail ou la question de la transmission ou encore les violences envers les femmes.

Dans Little Go Girls, Eliane de Latour, vous faites face au sujet de la prostitution à Abidjan. Le film que vous présentez, Vivre Riche de Joël Akafoe – Sesterce d'Or Georges meilleur moyen métrage à Vision du Réel – dévoile le monde des « brouteurs » : des hommes en Côte d'Ivoire draguant des clientes âgées, seules et riches. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Le sujet de Vivre Riche ne se rapproche pas de mon film Little Go Girls. J'ai cependant beaucoup travaillé sur la question du « broutage » liée en parti aux « cyber astuces », des recherches que je n'ai pas encore publiées. Le réalisateur ne pouvant pas présenter son film à la séance, je serai là pour l'introduire et pouvoir échanger sur ce sujet important et complexe avec le public.

Quel est le rapport établi entre la programmation et les tables rondes ? Comment cela s'imbrique-t-il ?

Pour la table ronde, nous avons choisi des chercheurs en fonction de ce qu'ils ont en commun comme vision, des points sur lesquels certains se rejoignent. De là, l'organisateur choisit quelques chercheurs et en tire même le titre de la table ronde. Les chercheurs choisis s'engagent et s'impliquent personnellement dans leurs recherches.

La table ronde est organisée le dernier jour de la diffusion des films, le samedi, sur différents thèmes comme, cette année, la santé environnementale, les maladies professionnelles... le tout en prenant en compte bien sûr le questionnement principal de cette table ronde, la recherche et l'engagement.

 

Propos recueillis par Margaux Bigotte, à  Lasalle - Festival DOC-Cévennes, le 8 mai 2018

 

Les films de la carte blanche à l'IRIS :

  • Chalap, une utopie cévenole d'Antoine Page

A la fin des années 60, trois couples de jeunes adultes, investissent un village abandonné dans la région des Cévennes. Sous l'influence des mouvements de Mai 68, ces citadins ont décidé de fuir la ville pour s'installer en zone rurale. Ils n'ont qu'un rêve : s'isoler pour s'inventer une existence différente et vivre en harmonie avec la nature... Leur Eldorado sera le village de Chalap. Plus de 30 ans après leur installation, la plupart de ces pionniers vivent toujours dans le village. Tandis qu'ils dressent, en toute sincérité, le bilan contrasté de leur expérience, le film retrace les grandes étapes de cette aventure unique.

  • Harlan County USA de Barbara Kopple

« Attention, grisou ! », s'exclame une « gueule noire ». Bienvenue à Harlan County, cité minière du Kentucky. Dès les premières images, Barbara Kopple nous entraîne dans l'univers impitoyable des mineurs américains des années 70. Ensemble, maris et femmes, enfants et grands-parents, ont décidé de se battre pour améliorer leurs conditions de vie précaires. Leur grève s'étendra sur treize longs mois, suivis jour après jour par la caméra de Barbara Kopple. En face, la compagnie minière ne recule devant rien et engage des briseurs de grèves armés. Les "jaunes" n'hésitent pas à tirer sur les grévistes avec la complicité de la police locale. Un jeune mineur est assassiné. Et, toujours, l'équipe de tournage est au cœur de la lutte.

  • Les Sentinelles de Pierre Pezerat

Josette Roudaire et Jean-Marie Birbès étaient ouvriers, en contact avec l'amiante. Paul-François, agriculteur, a été intoxiqué par un pesticide de Monsanto, le Lasso. Henri Pézerat, chercheur au CNRS, a marqué leurs vies en les aidant à se battre pour que ces crimes industriels ne restent pas impunis… La justice s’est-elle prononcée pour les responsables du grand mensonge de l'amiante ? Que fera-t-elle pour ceux de la catastrophe annoncée des pesticides ?

  • Vivre Riche de Joël Akafou

Joël Akafou nous convie à une plongée en prise directe avec le monde des « brouteurs » ivoiriens. Ces jeunes de 15 à 25 ans cultivent avec un grand cynisme l’escroquerie sur le net. Leurs victimes sont des femmes solitaires, avec un peu d’argent. Ils les appâtent par des mots gentils, et en évoquant des situations dramatiques imaginaires.

  • Des rêves sans étoiles de Mehrdad Oskouei

Le film nous fait entrer dans l’univers carcéral de jeunes, de très jeunes filles. Nous pénétrons dans un centre de détention et de rééducation à Téhéran. Pourquoi sont-elles là ? La plupart ont été maltraitées dans leur propre famille, elles ont dû fuir, et survivre dans la rue. Elles ont connu les coups et les viols… Certaines ont des enfants qu’elles ne peuvent pas voir.

 

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