DOC-Cévennes : un festival accessible aux personnes à handicap auditif

Parce que tout le monde devrait pour avoir accès à la culture et à l'information, DOC-Cévennes, pour la troisième année consécutive, est soutenu par la mutuelle Waliceo-Adréa, et accompagné par Des'L interprétation pour permettre aux personnes à hancicap auditif de pouvoir assiter à cinq projections.

Le samedi 1er juin des bénévoles signant en LSF seront présents à l’accueil et à la billetterie. Des interprètes LSF de la SCOP Des'L seront présents dans certaines séances signalées pour traduire les débats et permettre au public d'échanger avec les invités.

Mercredi 29 mai, lors de la séance-rencontre autour des films " Passeurs d'Images ", le dernier film présenté lors de la séance à 14h30 sera accessible. Il s'agit d'un court-métrage (18mn) LEURS VIES, réalisé par des élèves sourds, présenté par le CESDA 34 de Montpellier 

Teaser LSF Doc Cevennes festival de Lasalle 2019 © Guilhem Brouillet

 

Samedi 1er juin

13h45 - Salle Le Temple

APPENNINO/ Emiliano Dante
2017 | 1h16mn | Italie | Autoproduction - Dansacro distribution
Première française, en présence du réalisateur

De retour dans les décombres de son pays après les tremblements de terre qui ont détruit la région d’Aquila en Italie, le réalisateur – Dante – choisit de poser sa caméra sur une première destruction, puis plus loin sur une autre encore, et encore une autre... Sa maison, son vieux chien sont encore là, branlants. Quand il ne « reste » rien, il « reste » peut-être le geste cinématographique qui accueille survivants et survivances.
Un journal inventé par des habitants dépossédés. Une romance entre un homme et une secouriste. Des pensées surgies de ce moment d’hébètement : finalement pourquoi travailler en sacrifiant sa vie? Finalement pourquoi avoir tant de possessions? Pourquoi ce sentiment d’appartenance à une terre ? Pourquoi, si tout peut s’effacer dans un grondement tectonique. Le film accueille les autres, par un dessin animé avec leurs questionnements spontanés, par un plan serré sur leurs pensées, par un travelling sur des architectures fracassées, ou par des cartons réflexifs pour arrêter le flux interrompu. Dante avance inquiet sur les pas du Diable, comme dans l’Enfer de son illustre homonyme qui descend de cercle en cercle vers le pire. Sauf que le film remontera vers la lumière d’une métaphysique personnelle sur le temps :
Le cinéma peut-il « guérir d’une histoire » et « tuer le temps » ? Donner une « éternité illusoire » aux personnes et aux lieux ? La réponse se loge dans ce film qui articule pensée et cinéma dans une esthétique contemporaine.

Eliane de Latour

15h45 - Salle La Chapelle

Rétrospective Michel Brault Séance 5 - En présence de Michel Carrière

LES INCONNUS DE LA TERRE / Mario Ruspoli. Images : Michel Brault, Roger Morillère, & Quinto Albicocco
1961 | 40mn | France | ONF

La chronique s’ouvre par une manifestation paysanne à Mende. « Les paysans n’ont-ils pas le droit de vivre ? » disent les pancartes brandies sur les tracteurs. Le curé juge ses ouailles inaptes au progrès. L’instituteur rural itinérant, plus optimiste, compte sur la jeunesse pour changer l’ancestral ordre des choses. Pénétrant chez le berger Contassin qui vit seul avec ses moutons sur le Causse, l’équipe de Mario Ruspoli constate que le temps s’y est arrêté il y a bien longtemps. Elle fait halte dans d’autres fermes ou dans les champs pour des moments de dialogue. Ici, trois frères, condamnés au célibat parce qu’aucune jeune femme ne veut partager leur vie sans confort. Là deux frères qui rassemblent le foin au râteau et à la fourche. Un couple de défricheurs s’attaque à un coteau pentu. «Les bêtes sont plus à plaindre que nous», commente la femme
qui tire les boeufs tandis que son mari enfonce dans le sol pierreux le soc d’une charrue d’un autre âge.

Eva segal - ImageSingulières, 9e Rendez-vous photographiques - 24 mai-11 juin / Sète

On est ici loin du regard idyllique et bucolique filmé quinze ans plus tôt par Georges Rouquier dans Farrebique. C’est une véritable démarche militante de la part de Mario Ruspoli et Michel Brault d’aller ainsi filmer en direct la réalité oubliée d’une partie de la population paysanne de l’époque au coeur de la France. [...] Le film se construit au fil des rencontres, la caméra trouvant sa place et ses mouvements en fonction desdites rencontres, se balançant parmi les herbes hautes du Causse ou accordant un temps long de témoignage. Au moment où Raymond Depardon quittait son monde paysan natal pour aller photographier la guerre à l’autre bout du monde, Les Inconnus de la terre fait
figure de geste originel tout en permettant un riche dialogue avec la trilogie du Monde paysan de Depardon. Le film de Ruspoli est là aussi pour casser la fausse nostalgie qui laisserait entendre que l’histoire humaine suivrait une seule ligne droite évolutive indissociablement liée à la technologie. L’histoire humaine est bien plus complexe et avec sa caméra, Mario Ruspoli vient l’interroger, léguant en héritage aux générations contemporaines comme à venir le témoignage de l’expérience humaine.

Cédric Lépine - Médiapart / Septembre 2016

LES ENFANTS DU SILENCE / Michel Brault
1962 | 23mn | Québec | ONF

Par Les enfants du silence [1962], Michel Brault tente de répondre à une inquiétude du corps médical alarmé par les parents qui ne détectent pas la surdité de leur enfant, soit par déni, soit par inattention. Sans doute le réalisateur canadien répond-il à une commande sur cette question grave ? Le film montre avec sensibilité le parcours thérapeutique de quelques enfants malentendants pris en charge par des médecins qui, dans un esprit pluridisciplinaire, essayent de trouver des réponses, variables selon la précocité du diagnostic ou la gravité des causes de la maladie.
Par sa guérison finale, la petite Anouk incite le public à consulter un médecin le plus tôt possible pour briser la « prison étroite du silence. » Pour revenir à la question de la révolution technique du cinéma des années 1960, à laquelle le Festival rend hommage à travers Michel Brault et Jean-Pierre Beauviala, ce film illustre ce début des années 1960. Deux caméras et un enregistreur sont bricolés pour tourner ensemble. Un peu plus tard, Jean-Pierre Beauviala synthétisera la question du synchronisme en deux inventions qu’il protègera par des brevets qui internationationalisent cette nouvelle technologie.

EdL

LE TEMPS PERDU / Michel Brault
1964 | 27mn | Québec | ONF

« Dans la vraie vie, ce n’est jamais comme dans les beaux films, pourquoi ? »
Ce film totalement hybride, ou sont anéanties, à la prise de vue et au montage, toutes les démarcations conventionnelles entre documentaire et fiction, relate les derniers jours de vacances d’un groupe d’adolescents réunis pour l’été au bord d’un lac des Laurentides [...]. Les protagonistes ne sont pas des acteurs, ils jouent leur propre rôle, et les conversations entre les jeunes filles (sur les garçons, la virginité, le mariage, etc.) sont filmés en son direct [...].
Michel Brault déclarait : « Dans ce film, j’employais dans leur épanouissement le plus total les techniques du cinéma direct, et je les complétais par une interprétation personnelle des choses, des gens et des lieux. Mais il a été décidé que ce film n’était pas assez commercial. La raison qu’on donnait est qu’il comportait trop de dialogues, et qu’il serait trop difficile de le sous-titrer dans les différents pays. En plus, on lui reprochait de n’avoir pas d’histoire. On m’a donc demandé d’en faire un autre. »
C’était pourtant une tentative, originale et captivante, d’étendre le cinéma direct hors des travées du documentaire et de briser toutes préventions à cet égard en faveur des nouvelles expériences.

Caroline Zéau - L’Office national du film et le cinéma canadien (1939-2003): éloge de la frugalité
Pages 362, 363 - Peter Lang éditeur

18h- Salle La Chapelle

SOLEILS NOIRS / Julien Elie
2018 | 2h32mn | Québec | Cinéma Belmopan
Avant-première française, en présence du réalisateur

Ce film propose en six chapitres, comme autant de « soleils », de faire la lumière sur la grande noirceur qui s’abat sur le Mexique depuis une vingtaine d’années. Ces six chapitres dévastateurs explorent ce pays géographiquement et temporellement. Partant de la tristement célèbre Ciudad Juarez où, depuis les années 1990, de jeunes femmes ont « disparu » par milliers, victimes de prédateurs misogynes, ce film-enquête remonte jusqu’ à la capitale, Mexico, qui n’a pas été épargnée, des centaines de disparitions ayant été signalées au cours de ces dernières années. Ailleurs, des paysans, des étudiants comme de simples voyageurs ou des migrants disparaissent sur les routes alors que plusieurs journalistes tombent sous les balles. Dans aucun de ces crimes, les autorités n’ont pu ou n’ont voulu mener les investigations nécessaires pour retrouver les disparus, poursuivre en justice et faire condamner les coupables. En six tragédies emblématiques, Julien Elie, dresse un portrait saisissant du climat d’impunité qui règne au Mexique. Car ces tragédies ne sont qu  quelques exemples parmi des milliers de cas passés sous silence ou oubliés. La terreur gagne le pays tout entier, livré aux mains de groupes criminels qui enlèvent, torturent, tuent, ou font disparaître des gens, simplement parce que possibilité leur est donnée de le faire. Du point de vue de la forme, le choix du noir et blanc n’est pas une « vanité » esthétique, bien au contraire : le réalisateur explique vouloir éviter que la beauté naturelle des paysages du Mexique ne supplante la puissance des récits collectés. Pour autant, Julien Elie ne cède à aucune facilité : son ambitieux travail journalistique est servi par un univers esthétique inspiré de la tradition des films noirs, plongeant le spectateur au coeur d’un véritable thriller. Impossible, donc, pour le spectateur de rester indifférent devant ces deux heures et demie d’enquête au coeur de la terreur. Le film se déploie, révélant que des voix s’élèvent pour dénoncer les crimes et l’impunité qui les entoure, que des bras s’arment de pelles pour que la terre rende les corps des disparus... À force de persévérance, la vérité émerge peu à peu et la terreur cède la place à la révolte.

Guilhem Brouillet

21h - Salle Le Temple

NEW MEMORIES / Michka Saäl
2018 | 1h19mn | Québec | Producteurs délégués : Mark Foss & Michel Giroux / Produit aavec l’appui du
Conseil des arts du Canada et de l’ACIC (Aide au cinéma indépendant - ONF)
Avant-première française, en présence du producteur et du monteur

L’année dernière, notre Festival a rendu hommage à Michka Saäl, réalisatrice avec laquelle une relation singulière s’est établie au fil des ans. A cette occasion, rendez-vous a été pris avec le public pour présenter, en 2019, ce film posthume sur lequel elle a travaillé, jusqu’à ses dernières forces, soutenue par ses proches. Pour expliquer l’importance de ce film aux yeux de la réalisatrice, une anecdote s’impose. La dernière fois que j’ai vu Michka, c’était chez elle, à Montréal, un après-midi de novembre 2016. Elle tenait à me montrer les premières images de ce film, en cours de réalisation, sur une photographe « émergente » de Toronto assez marginale. D’entrée de jeu, elle m’a dit : « Anne a vraiment un sale caractère ! Pourtant, je ne peux m’empêcher de faire un film sur elle. » Alors pourquoi Anne J. Gibson ? Déjà parce que cette femme a fui très jeune sa famille, trouvant refuge dans Kensington Market, quartier cosmopolite, où se retrouvent tous les « déracinés » qui atterrissent à Toronto. C’est un lieu fourmillant où se croisent les cultures et où naissent les contre-cultures. Et c’est sur ce terreau fertile, qu’après de nombreuses années passées à sombrer dans la drogue, Anne a trouvé sa vocation de photographe. Ce caractère déraciné, préexistant à l’artiste est un premier point commun entre les deux femmes. Ensuite parce que la photographe est toujours à l’affût, prompte à saisir des moments de vie, que ce soit pour les sublimer ou souligner leur caractère insolite. Elle dresse une galerie de portraits allant de « personnages » du quartier
à de simples promeneurs. Cette capacité à déceler la poésie chez les autres pour ré-enchanter le monde est le second point commun entre les deux artistes qui exorcisent ainsi leurs propres démons à travers leur art. En définitive, Michka Saäl a trouvé en Anne J. Gibson, une sorte de miroir d’elle-même. Et ce film, pour qui s’intéresse à la réalisatrice, nous la dévoile unpeu plus.

Guilhem Brouillet

 

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