An insignificant man, film engagé, présenté lors du Festival DOC-Cévennes 2017

À l'occasion des rencontres de l'IRIS lors de la 16e édition de DOC-Cévennes, retrouvez le film de Khushboo Ranka & Vinay Shukla, An insignificant man. Ce film engagé dresse le portrait d'un homme qui, depuis 2012, a pris la tête d’un mouvement de contestation dont l’objectif essentiel est de mettre fin à la corruption en Inde. Il risque d'ailleurs d'être censuré dans son pays...

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AN INSIGNIFICANT MAN / Khushboo Ranka & Vinay Shukla 

Vendredi 26 Mai - 14H (Lasalle, Foyer)
2016 | 1h40mn | Inde | Memesys Culture Lab

Ce film nous emmène dans un grand pays où règne la corruption. Deux grands partis s'y partagent traditionnellement le pouvoir. Dans une ville de ce pays, un mouvement de masse émerge contre ces partis. Un nouveau parti issu de ce mouvement apparaît. Il bouleverse les habituelles règles du jeu. Vous l'avez compris, on ne se sent pas du tout dans un pays imaginaire. Nous atterrissons en Inde, dans une petite Ville - Etat de ce sous continent : Delhi (16 millions d'habitants)

Sous titré français - Interprète LSF pour le débat

 

L’un des documentaires montrés lors du Festival Doc-Cévennes retrace l’irrésistible ascension, sur la scène politique indienne, d’un parti né du mouvement contre la corruption qui secoua les grandes villes en 2011-2012. L’Aam Aadmi Party (AAP), ou « parti de l’homme ordinaire » sembla alors réaliser l’impossible : il fit campagne, avec très peu d’argent, sur des thèmes nouveaux (la corruption, la participation citoyenne, les prix de l’eau et de l’électricité), en s’appuyant sur une foule de nouveaux venus en politique – et remporta à la surprise générale 28 sièges sur 70, ce qui lui permit de former le gouvernement de la ville-Etat de Delhi (17 millions d’habitants). Le film, intitulé « An insignificant man », est centré sur Arvind Kejriwal, un haut fonctionnaire devenu activiste du droit à l’information, pilier du mouvement anti-corruption, leader du nouveau parti, et enfin Ministre en chef de Delhi suite à la victoire électorale de l’AAP en 2013 (puis en 2015).

Or ce film risque de ne jamais sortir en salles en Inde. Comme tous les films indiens, il doit en effet obtenir un certificat du Central Board of Film Certification, une institution publique officiellement destinée à catégoriser les films selon l’âge souhaitable de leur public. En réalité le refus d’un certificat équivaut de fait à une censure - et ce refus, le plus souvent motivé par des considérations ayant trait au contenu politique ou sexuel  (moins souvent à la violence)  de l’œuvre  - est régulièrement exercé, comme en témoigne la longue liste des films (fictions comme documentaires) interdits en Inde depuis 1959. En l’occurrence, il est reproché à « The insignificant man » de contenir des propos insultants à l’égard des leaders du Congrès et du Bharatiya Janata Party (BJP) - les deux partis rivaux de l’AAP. 

En voyant le documentaire, on comprend qu’il s’agit là d’un prétexte pour empêcher la sortie d’un film qui souligne la dimension héroïque de cette aventure politique : l’intégrité des leaders,  le courage des militants, la ferveur des électeurs. Sans doute les censeurs redoutent-ils que ce film apporte à Arvind Kejriwal - aujourd’hui empêtré dans les défaites électorales, les tensions au sein du parti et les accusations de corruption - un regain d’intérêt dont il a grand besoin. Mais comme souvent, les censeurs ont tort : à ceux qui connaissent l’histoire que raconte le film, et qui se sont laissés gagner – il y a seulement quatre ans -  par l’espoir qu’une autre façon de faire de la politique était possible en Inde,  la vision de « The insignificant man » suscite au mieux la mélancolie, au pire l’amertume.

 

Stéphanie Tawa Lama-Rewal

 

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