Entrevue avec Nadine Gomez, réalisatrice de Exarchia, le chant des oiseaux

Après être diplômée en journalisme, elle décide de continuer ses études en communication à l'école des médias. On retrouve dans les films la question de l'urbanité. Les images offrent un regard nouveau sur l'architecture qui entoure l'humain et ainsi nous oblige en quelques sortes, à regarder d'un nouvel oeil le monde qui nous entoure.

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Dans Exarchia, le chant des oiseaux, on retrouve la question de société comme dans ton premier long-métrage Le Horse Palace où tu rencontres les propriétaires qui ferment leur écurie et dans ton dernier film on se retrouve à suivre, de nuit, les habitants d'un quartier d'Athènes et les écouter dialoguer sur la vie, le politique, leur quartier.

• L'ambiance sonore est un point commun entre vos films. Comment la travaillez-vous ? 
Est-ce que vous êtes toujours accompagné des mêmes personnes ? Pourquoi cette ambiance possède une telle présence dans vos films ?

J'ai travaillé avec une seule personne deux fois qui est un ami à moi. Mais comme il est devenu professeur au primaire il fait moins de musique. Donc pour mon dernier film je lui ai donc demandé d'assister un autre ami à moi pour collaborer à deux. Je pense que c'est une bonne question pourquoi le son, car je soupçonne que j'ai développé une sensibilité pour le son suite à mon parcours académique avec des cours de cinéma et de la pratique de la musique. L'ambiance sonore est importante pour moi dans Horse Palace mais c'était mon premier film donc je ne savais pas où j'allais mais j'ai eu la chance de pouvoir m'entourer de concepteurs sonores sensibles aux petits détails. Le son est important car la compréhension des plans dépend énormément de la matière sonore.

• Vous êtes présente pour le festival afin de présenter votre dernier film Exarcheia, le chant des oiseaux.
Après deux documentaires se déroulant dans la ville de Montréal, on se retrouve ici en Grèce.
Quels ont été les genèses de ce film ? Et pourquoi ce changement de région ?

Les projets de films deviennent des rencontres avec l'existence. Montréal est la chose à côté de moi donc c'est normal au début de créer sur une région dans laquelle tu es à l'aise. Le projet grec est né en parallèle du film Métro. Je pense que je ne choisis pas le projet mais que tout d'un coup quelque chose se présente à toi, puis matérialise le chemin de réflexion dans lequel tu es à ce moment et donc sédimentes tout ce que tu étais en train de réfléchir. Je suis arrivée dans ce quartier d'Athènes à la suite d'un voyage en Grèce d'un ami, que j'ai suivi. J'ai ressenti l'idée d'un projet à la suite de la découverte de ce quartier et malgré des inquiétudes sur, oui le fait qu'on soit loin du Québec, et avec une langue étrangère que ne parle pas j'ai réussi à croire en mes idées et réfléchir à ma pratique.

Vos films sont régulièrement présentés par le festival RIDM, est-ce que la visibilité de ces films auprès d'un large public international vous a permis une reconnaissance dans le milieu du documentaire au Québec et à l'international ?

Je pense que le milieu est en transformation. Oui on produit beaucoup de documentaire mais il y a un déclin de financement au Québec entre autres et au Canada aussi. Surtout pour le type de documentaire que moi je fais et Catherine Hébert aussi, c'est-à-dire du documentaire d'auteur, donc qui a une démarche cinématographique avant d'être informatif. C'est quelque chose qui n'existe pas pour la tête des gens car ça doit être informatif d'abord et avant tout être une extension du journalisme. Moi je me défends beaucoup de ça, j'adhère aux discours que je fais du cinéma avec le réel. J'essaie de le dire car il faut marteler aux gens que c'est du cinéma qu'on fait. Après ça, la visibilité en festival, c'est sûr que c'est une reconnaissance car c'est une célébration d'un travail de longue haleine et pour ma part, ça a toujours été mes premières au RIDM. C'est un moment où tu te retrouves avec ta communauté, c'est euphorisant. Mais ça n'a pas vraiment aidé pour ma carrière car mes deux premiers films n'ont pas beaucoup voyagé mais ils ont toujours été en salles au Québec.

• Comment réagissez-vous quand on vous invite à présenter vos films à l'étranger, dont la France et plus particulièrement ici pour le festival Doc-Cévennes ?

Amour pour Doc-Cévennes ! Ce n'est pas arrivé souvent pour ma part mais c'est comme un cadeau de fin de parcours car on est souvent seuls dans notre travail pendant longtemps comme le disait Catherine. La reconnaissance de notre milieu proche est bonne et fait du bien mais quand elle sort des gens que tu connais tu commences à sentir un dialogue sur le travail que tu fais, ça devient un autre regard sur ton travail, sur ton oeuvre. Être invité c'est comme un cadeau. Passer du temps avec du monde et parler de notre technique et du cinéma c'est très thérapeutique.

• Avez-vous d'autres projets en tête en ce moment ?

J'ai eu cette année des sous pour développer un projet et je suis confiante que ça va aller au bout car c'est mon objectif cette année. Optimiser le temps, maximiser les efforts et aller plus vite. Je suis enthousiaste et dans une bonne phase actuellement.

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