Une croissance sans fin dans un monde fini ?

Malgré l'urgence, malgré les signaux d'alarme qui s'allument l'un après l'autre, quelle remise en cause de notre modèle de société constate-t-on ?

Les comportements humains, guidés par des passions - qui ne sont sans doute des extensions, perverties par nos capacités conceptuelles, des règles naturelles de survie - n’ont guère changé à travers les siècles. Les échelles de temps et d’espace où se déploient l’activité humaine ont, en revanche, évoluées de façon révolutionnaire, adoptant désormais une courbe exponentielle absente d’une nature qui serait laissée à elle-même. Cette évolution met désormais en péril, et dans un laps de temps resserré à quelques générations, la survie de notre milieu et par lui, de l’humanité elle-même.
En dépit de ce péril si proche dont les signaux d’alarmes s’allument un à un, aucun des dirigeants que nous avons laissé installer peu à peu un pouvoir démesuré et en dépit des apparences coercitives, dérégulé, ne semble sérieusement considérer l’enjeu de cette course effrénée à ce que l’on continue de nommer « le progrès » . Progrès qui est avant tout une course à une consommation de plus en plus détachée des nécessités et de plus en plus proches de nos passions les plus rudimentaires, réveillées et flattées par la publicité. Consommation présentée comme « LA condition nécessaire à la santé économique » encore nommée « croissance » mais qui, si on l'observe de plus près, ne sert in fine qu'un petit nombre d’individus fasciné par leur pouvoir, autre passion régie en apparence par la compétition au sein de l’espèce et dans les profondeurs de la psyché, probablement par la peur de la mort ou plutôt du non-être, du vide existentiel que le bruit de l’activité mondaine brouille et recouvre efficacement, presque jusqu’à leur fin. Leurre, car nous finirons tous dans la même condition...
Pour qui a ce qui est la désormais rare chance de cheminer sans hâte - et sans écran interposé ! - sur un sentier, dans une nature encore préservée, ou revenue à l’état presque sauvage par le jeu des concentrations urbaines et de la désertification des campagnes, la folie étourdissante de cette accélération illimitée apparaît dans son absurdité vertigineuse. Ces éclairs de consciences sont souvent brefs, rapidement recouverts par le retour rapide et inévitable au bruit.
Quelle issue possible à cette évolution, qui peut mener au chaos, à la faim, à la soif, à la haine, au conflit et à la destruction ? Quelles sont les consciences qui s’expriment dans le silence général, combien sont les sages qui se lèvent pour dire non, ou qui, pour le moins, expérimentent une autre façon d’être humain sur cette terre qui fut magnifique ?

Tout cela tient en peu de mot mais glace le sang. N’est-il pas naïf de « vouloir être optimiste », attitude délibérément positive sans doute née de sentiments louables, mais qui sert, par le délai de réaction qu’elle induit, la course à la destruction dont nous serons, nous, nos enfants ou nos petits enfants, bientôt victimes ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.