salut les poteaux 🙂
non mais quand même je suis quelqu'un de têtu mes cocos j'ai fait le désespoir de beaucoup si ce n'est la majorité de mes collègues sans parler des infirmières et tutti quanti à l'hosto - après tu bosses toute seule, donc tu les vois plus, donc elles/ils t'emmerdent plus, logique
remarquez, si, des fois, tu vas voir un/une malade à l'hosto, forcément tu les revois aussi, toute la joyeuse bande, les IDE au café et les collègues à courir un peu partout - mais bon, là ils deviennent aussi anonymes pour toi que pour les autres patients (et au minimum, totalement opaques) ... c'est marrant de leur côté quand ils savent pas que t'es toubib (déjà parce que t'es une nana, ensuite parce que tu vas voir comment va " ton " malade, ce que les toubibs installés en ville font rarement, et ils te prennent pour une proche, évidemment, de la famille - la famille humaine, ça c'est un truc qu'ils connaissent à l'évidence pas 😕), tu subis donc le même traitement que tout ce qui est étranger au service (et les malades y sont comme des corps étrangers), on te prend donc pour une conne lambda, alors ça compte pas
côté soignants tous ceux que ça intéressait moyen de bosser et/ou étaient bien insérés dans l'équipe comme ma soi-disante copine interne P. baignant toujours dans les derniers ragots frais du jour - moi, j'en étais systématiquement exclue - et assez faux-cul pour me faire croire que les rumeurs et autres caftages ça l'excitait pas (comme quoi, ils savent - que c'est pas bien, de se vautrer dans des commérages) pour que moi aussi je la croie bon toubib, ceux-là m'ont toujours regardée avec suspicion; déjà, honnêtement, ils aiment pas que tu piges ce qu'ils font, et ensuite, faute grave, si tu t'intéresses aux malades en premier et que tu lâches pas le morceau, alors là, c'est vraiment la crise : quand ils comprennent que t'es vraiment sérieuse, que tu veux vraiment les soigner les malades, et non pas les apparences et jouer avec eux au Docteur, ils comprennent plus du tout à quoi tu sers ni qui tu es vraiment
mais je vous rassure mes cocos, les malades, en général ils les haïssent pas activement, c'est juste qu'ils comptent total pour du beurre au plan humain : ils ne sont donc pour eux que des sortes de supports à maladies qui viennent leur apporter une distraction, donc un tableau clinique à leur montrer (c'est ça, des symptômes dans un lit) - sinon bien sûr t'as de ces toubibs qui se prennent pour la crème des crèmes qui engagent même la conversation avec de façon " amicale ", mais même alors, et laissant de côté la maladie qui pourtant s'accroche, ils n'arrivent à leur parler que comme s'ils étaient des petits zenfants qui peuvent pas savoir et que eux les grands Docteurs qui savent tout, le lait de la tendresse humaine leur coulant des lèvres nécessaire & suffisant à tout colmater; le malade on le met jamais dans la confidence et jamais on le croit capable de raison 😕
ça me fait penser à un spécialiste que je suis allée voir - ou plutôt à qui je suis gentillement allée montrer ce qui m'arrivait - il y a quelques années maintenant - ouf il est parti à la retraite ce con-là, il fera plus de dégâts - le mec se marrait comme une baleine en m'expliquant qu'à l'hosto sous prétexte de secret médical y avait plus de pancarte au pied du lit et que le malade lui-même ne pouvait même plus savoir quelle était sa température - il en pouvait plus de se bidonner, n'empêche, il a passé les deux consult suivantes, où je me rappelle m'être traînée lamentablement, à tenter de m'expliquer en long large & travers que ma fracture était pas cassée (et sinon, puisqu'il allait partir à la retraite, à me dévider ses souvenirs de quand-il-était-jeune, avec des histoires de chambrée d'internat et s'épanchant aussi sur la qualité du transfert qu'il avait fait sur tel ou tel grand patron à la fac ... quelle barbe, et quel barbon) tout en prenant quand même, ça va sans dire, trois fois comme Judas son monstrueux dépassement d'honoraires, j'aurais pu payer ma bagnole beaucoup plus facilement sinon
ah ouais je me rappelle ses derniers mots, sa dernière phrase [ - C'EST VOTRE DERNIER MOT ? - ], dignes du Mont des Oliviers, ou même de l'autre : " certains spécialistes prescrivent de la morphine (dans ce cas-là, le mien), moi pas " ajoutez là-dessus le menton en avant, l'air martial, le sourire supérieur, la poignée de main mâle&ferme en te montrant la porte de l'autre → tu souris 😀 - quel calvaire, tu dis au revoir et merci (tu apprécies d'autant plus que tes capacités motrices sont limitées, en plus) ET TU TE DÉ-MERDES 😢
mais c'est vrai qu'à l'hosto quand tu y bosses comme interne c'est vachement mal vu quand tu te soucies pas en premier de l'équipe, c'est difficile tu dois t'occuper à la fois de la chèvre et du chou, je veux dire en tant que nana tu dois te taper le chef de service mais pas oublier non plus de neutraliser surtout les infirmières - et pour moi c'était particulièrement pas coton voire ardu parce que ça ça voulait dire comme P. par exemple parler chiffons toute la journée voire la nuit aussi, puisque elles se relayent en face (seulement, déjà, je suis une pédale et les histoires de bonnes femmes ça m'intéressait pas ...), et donc aussi de rapporter des ragots derrière le dos donc par exemple dudit chef, mais sans évidemment que ça lui arrive jusqu'à ses oreilles, malgré l'accumulation
oui non c'est marrant elles peuvent parler, ils et elles peuvent tous parler pendant des jours et des jours et des mois voire des années zum Beispeil des conneries que untel ou untel a faites, sans se lasser, et ça les fait toujours autant rire - tout en se pliant en douze voire en rampant plus bas que terre devant le mec quand il se pointe; et à part ça je vous rassure les malades, ils/elles s'en foutent, sauf qu'ils permettent quand même de mettre un peu de piment dans les épinards puisque sans eux, évidemment, par exemple on aurait pas idée du niveau de connerie de tel ou tel mec 😉
dans le cas de ce chef-là, quand P. bossait avec moi comme interne, c'était gratiné les épinards parce que par exemple, je me rappelle le premier jour où j'ai pris mon service d'interne, donc j'étais une jeune nana assez squelettique à l'époque, à force de courir dans tous les hôpitaux de la région night & day, et cet espèce d'encore jeune beau fier comme un bar-tabac me fait faire la tournée du service, ou plutôt cessons de rire, fier comme l'autre sur le mont fait le tour du se(r)vice avec moi à ses côtés lui me précédant galamment pour m'ouvrir les portes, mais je sais pas ce qui se passe, au fur et à mesure qu'on avance le mec est de plus en plus vénère pourtant tout se passait bien - OK il me faisait un peu péniblement l'article parce que moi je pigeais très, et peut-être trop, vite, c'était peut-être ça déjà qui lui avait moyennement plu : la jeune interne doit passer pour bébête voire un peu couillonne et en admiration totale devant donc le chef de service n'est-ce pas (et ce bien évidemment même si après elle passe toute la nuit aux urgences, à être dispo pour aller bosser dans tous les services si on la sonne, et à redescendre faire tourner le SMUR aussi, mais toujours avec comme consigne de ne déranger personne, et surtout aucun chef 😮)
assez vite après j'ai pigé, c'était non seulement parce que j'étais pas suffisamment conne et que surtout je faisais pas assez la conne, mais c'était aussi parce contrairement à toutes les autres j'étais insensible à ce qu'il croyait être son charme (en fait de séduction naturelle les autres nanas s'étranglaient en hurlant de rire à propos de sa balourdise dès qu'il avait le dos tourné), il avait probablement jamais envisagé qu'une nana puisse être en même temps une pédale, donc au fur et à mesure que la visite avançait on le sentait de plus en plus à cran, quoique essayant de continuer de persister à me parler d'un ton suave & doucereux un peu comme on s'adresse à une trisomique qui aurait quand même bien tenu le coup jusqu'à mon âge de l'époque, tout en me présentant les cas de son service de la manière la plus spectaculaire possible, faisant des effets de manches tentant de m'effleurer et à l'aide de la rescousse d'un vocabulaire volontairement hyper-technique, voire ampoulé, viens poupoule, pour m'épater, c'était marrant surtout pour les infirmières qui connaissaient la chanson, mais un peu barbant pour moi à la fin
bon bref avec tout ça, on arrive à la dernière chambre, son sexe à piles légendaire et ses termes médicaux hyper-pointus n'ont toujours pas traversé ma mince couche de chair du moindre éclair d'un désir sauvage & à satisfaire sur le champ et le lino verdâtre du couloir, et là, je vous dis pas, devant la dernière patiente, le mec a tout donné, tenté sa dernière chance, soulevé le dernier pan de montagne : il m'a présenté le clou du service, frémissant du jarret et hennissant presque sous la pression de toute sa libido réprimée en me désignant d'un geste théâtral und le timbre ronflant mélodramatiquement une " maladie(ici terme médical barbare surtout pour la malade) arrivée au stade terminal chez une femme de 45 ans ", approximativement, et en me roulant aussi de gros yeux à la Rudolph Valentino; comme moi toujours lesbienne mais essayant de rester professionnelle aussi quand même je restais total impavide devant un tel étalage d'effets spéciaux, le mec a cru m'impressionner en essayant de me dispenser un cours magistral sur les corticoïdes, le traitement qui marchait chez cette femme mais qu'à très fortes doses et qu'on ne pouvait évidemment pas arrêter
et là y a eu un énorme malentendu : évidemment tout et n'importe quel interne sait ce qu'est qu'un corticoïde, quand même, et que les doses doivent être progressivement dégressives si on veut l'arrêter, mais le mec excédé parce que je m'intéressais toujours pas à sa petite personne après tous ses efforts pour me plaire (après, il a repris ses cadences habituelles, càd qu'on le voyait jamais dans le service et que nous faisions tout à sa place, sauf les actes onéreux comme des fibroscopies - au cours de l'une d'elles il avait d'ailleurs de notoriété publique tué une autre femme encore plus jeune), le mec, donc arrivé au bout du bout de sa " démonstration " et n'ayant plus après la pauvre nana d'autre spécimen pour se faire reluire s'est accroché mordicus à cette histoire de corticoïdes comme si c'était le scoop du siècle et sous mes yeux ébahis a recommencé à m'informer et m'informer que le traitement c'était bien de très très très fortes doses, à m'apprendre qu'on pouvait pas les arrêter vu aussi le stade très évolué de la maladie, ensuite de plus en plus excité il m'a réexpliqué et plusieurs fois que les corticoïdes ça s'arrêtait pas comme ça mais qu'il fallait des doses dégressives et puis comme je commençais à en avoir vraiment marre à la fin dans un filet de voix suraigu mais que j'écoutais presque plus il a commencé à méchamment déraper en lâchant l'info que lui il était très capable de les arrêter, les corticoïdes, parce qu'il savait lui qu'il fallait donner des doses dégressives, peut-être que j'ai fait signe que oui, j'avais compris et je crois que malheureusement j'ai cru qu'il blaguait quand je l'ai vaguement entendu ensuite laisser tomber sur les rotules en quittant la chambre qu'il pourrait les arrêter chez cette malade - un truc comme ça tu penses forcément que c'est une sorte de vanne 😕
ça avait duré si longtemps son cinéma que juste après j'ai filé à l'internat pour bouffer, largement en retard, le laissant donc totalement sur sa faim à lui; et après, comme tu t'occupes de tout dans la baraque j'ai pas vu le temps passer - quelle ne fût pas ma surprise d'être appelée en catastrophe par les infirmières du service vers 16 heures, elles avaient l'habitude de nous chercher nous et surtout de nous trouver, et même parmi un lot d'internes fraîchement débarqués du jour ayant essaimé partout comme des petites fourmis elles m'ont mis la patte immédiatement dessus, étant donné que le chef comme d'hab depuis des années était lui introuvable : mais il avait effectivement décidé d'arrêter les corticoïdes juste avant de partir vers 13 heures définitivement se recharger, genre de 500 mg il était passé à 50, ça c'est du dégressif [et les IDE avaient comme de juste immédiatement & avec un zèle admirable exécuté sa prescription, sans doute pour me faire comprendre quelque chose aussi], tout ça histoire de me montrer qui était le chef, pourtant je vous jure j'avais pas été désagréable
même en me précipitant aussi vite qu'une étincelle ayant fait le tour de mon sang, quand j'ai déboulé en haut l'anciennement malade était morte d'un bleu ardoise maintenant et en arrêt respiratoire complet avec une floppée d'infirmières papillonnant autour en faisant tout un cirque faussement étonnées mais sincèrement amusées, vraiment, de l'incident, et encore plus de mes actes - après un bref moment de scandale éhonté quand je les ai je dois dire violemment bousculées pour me jeter sur la encore fraîchement décédée (mais ire-attrapable ...) pour me livrer au moins à un BAB sur elle sans plus de façons non plus 😮
oui déjà ça les a beaucoup fait rire que je pratique cet acte-là sans aucune protection, elles qui lui tournaient autour avec l'oxygène depuis 5 longues minutes en une sorte de danse lente pour pouvoir mieux virevolter autour et savourer le spectacle
le geste qui n'avait rien de sexuel non plus de ma part les a interloquées, à cause du côté sale d'abord, il faut toujours et tout le temps penser à soi avant tout, et puis aussi réflexion faite parce que je n'avais pu cacher mon inquiétude extrême pour cette femme à qui je n'avais même pas parlé et qui ne m'était rien sauf qu'elle n'avait peut-être que 10 ans de plus que moi
vous voyez, ces gens-là ne peuvent être inquiets que pour eux-mêmes exclusivement, (d'ailleurs c'est souvent proportionnel, autant ils s'en foutent des autres, autant ils s'inquiètent pour soi - les infirmières en particulier s'affolent voire paniquent très facilement au moindre incident qui les touche elles, pour par exemple une petite piqûre accidentelle au bout de leur doigt, et encore un million de fois plus si c'est avec une aiguille qui a touché un(e) malade avant - mais là moi j'avais commis un acte médical sans aucun instrument) ou à la rigueur, pour leurs proches biologiques exclusivement, alors, pour une malade inconnue du bataillon, on va quand même pas se faire du mouron
je suppose que depuis, cet " incident " continue régulièrement voire quotidiennement à alimenter les gorges chaudes de tout l'établissement qui lui est resté sur pied, c'est comme pour P. avec ce départ SMUR où j'avais bousculé cette infirmière anesthésiste (mais avec cette histoire-là nul doute que ça lui en a fait encore une autre à raconter devant un public choisi, ma maladresse incluse, pour pimenter ses futures soirées d'hiver là-bas, devant sa cheminée) - les malades ne comptent pas, et même s'ils meurent, c'est la vie du personnel qui est importante, et les avis des unes et des autres, de toutes et de tous sur tout et n'importe quoi qui compte avant tout, et au passage de satisfaire curiosité malsaine & toujours si possible, autres bas instincts - si en plus ils ont de belles histoires à partager et à raconter ... 😉
bon j'étais pas encore totalement expérimentée, c'était mon premier hosto en tout cas à la campagne, P. elle elle avait fini ses stages et allait bientôt s'y s'installer, et au moins elle était hétéro à priori, mais sans doute que j'étais déjà incapable à l'époque d'intérioriser quelque chose des subtilités qui font que l'on peut perdre tout sens " commun " pour la seule raison que l'on veut avoir une emprise sur les autres ou/et qu'on ne les considère que comme susceptibles d'appartenir à une sorte de tableau de chasse - cette malade, en tout cas, y a perdu la vie sans que personne d'autre que moi l'ait regretté(e) dans le service, je ne parle pas de ses proches à qui les autres ont dû servir un beau bobard - et là tu peux pas leur pardonner parce qu'ils savent très bien ce qu'ils ont fait, et mentent encore après aux premiers concernés pire qu'Iscariote soi-même
sur ce mes cocos ce matin j'ai comme une boule dans la gorge voire au creux de l'estomac, et il y a quelque chose d'amer qui me coule à l'intérieur - il faut aussi que je vous laisse, mais je vous fais quand même de gros bisous à vous 😚