Réponse d’Art en grève à l’édito Art Press

Dans le dernier édito d'ArtPress «Pourquoi tant de Rage ?» Jacques Henric fait preuve d'une rare violence discriminatoire. Avec des propos antiféministes et queerophobes, cette prise de position engage toute la revue dans un débat réactionnaire.

    Dans le dernier édito d'ArtPress "Pourquoi tant de Rage ?" Jacques Henric fait preuve d'une rare violence discriminatoire. Avec des propos antiféministes et queerophobes, cette prise de position engage toute la revue dans un débat réactionnaire. Elle pose la question de la responsabilité d'un média influent dans le monde de l'art contemporain - ainsi que de la légitimité d'un entre-soi aristocrate parisien en perte de vitesse. Face à cette vision passéiste et conservatrice, ART EN GRÈVE affirme ici la nécessité d'un autre avenir pour la culture.                  

    La prise de parole de Jacques Henric rejoint, pour nous, celles toutes aussi scandaleuses d’autres personnalités de la sphère publique culturelle, comme l'appel à "abattre Greta Thunberg" du président des Amis du Palais de Tokyo en septembre dernier, le "droit à importuner" de Catherine Millet, du cas Matzneff ou les réactions anti-mouvement #metoo qui ont suscité malaise et indignation. Des sorties de personnalités du monde de l'art qui apparaissent à contre-courant, en pleine prise de conscience collective. Ces figures de notoriétés figées, attachées à défendre leurs privilèges, occupent des postes à responsabilité dans nos institutions culturelles.                  

     Iels incarnent une autorité opposée à une pensée critique d'émancipation, quand nous pointons les systèmes de pouvoir, de discrimination et de domination dans les différentes sphères culturelles. Cette mise à mal des privilèges n'a pas pour seul effet de bousculer l'ordre établi, elle crée de nouvelles configurations, de nouvelles voix se font entendre, et des connexions enrichissantes émergent par delà les clivages. C'est notamment la spécificité de la lutte unifiée d'ART EN GRÈVE, qui regroupe tous les corps de métiers et disciplines de la culture, pour sortir des logiques exclusives et s'associer à toutes les luttes de travailleu.ses afin de faire      monde      ensemble ; un monde qui ne ressemble pas à celui défendu par Jacques Henric.

     ART EN GRÈVE s'est constitué·e à la veille de l'appel national contre la réforme des retraites et son monde. Nous nous sommes rassemblé·es pour contrer cette énième réforme mais surtout pour converger et construire collectivement une alternative anti-capitaliste, solidaire et intersectionnelle.                 

     Nous souhaitons faire entendre haut et clair : non, monsieur Henric, l’avenir de la culture ne sera pas vôtre ! Notre « rage » découle directement de notre rejet le plus net du monde nécrolibéral que vous représentez. Elle est bien réelle, c'est une rage de vivre bouillonnante. Nous construisons ici d’autres discours, d’autres modèles et d’autres valeurs, pour un monde plus juste. Nous défendons l’intersectionnalité et l'inclusion comme modèles de pensée et d’action. Des points de vue minoritaires, féministes, queers et décoloniaux sont enfin rendus visibles, valorisés et entendus. Ils sont le résultat d’une longue histoire de luttes n’ayant jamais eu pour objet le retournement des privilèges — encore moins la mise en place d’une vengeance tyrannique — mais uniquement la lutte pour une émancipation collective.                   

     Après la prise de position éditoriale de sa direction, Artpress incarne plus que jamais des valeurs réactionnaires mortifères que tout oppose à la création, aux minorités et au changement. Nous appelons à prendre conscience que la revue ne peut plus représenter avec décence l’espace critique qu’elle occupait jusque là. Nous appelons les lecteur.rices, les abonné.es, les établissements artistiques, les contributeur.rices, les artistes, les enseignant.es, les intellectuel.le.s, à prendre acte de la position indigne que le magazine occupe désormais. Nous appelons Jacques Henric à prendre sa retraite.

    Conscient des conditions et des statuts des contributeur.rice.s de la revue, notre appel n’a pas vocation à stigmatiser davantage une profession qui souffre déjà d’une forme de travail extrêmement libéralisée. ART EN GRÈVE apporte tout son soutien aux écrivain.es de la revue, demandons à Art Press de revoir sa politique de rémunération et d'embauche de ses auteurs qui sont sous-payés et précarisés, et invitons tou.te.s les journalistes à rejoindre nos mobilisations pour plus de droits sociaux et de dignité. Nous appelons également avec cette tribune, tou·tes les travailleur·euses de l'art à redoubler d’énergie et à se mobiliser avec nous lors des prochaines mobilisations.   

Art en grève.

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