Premier Mai entre Caracas et Paris

Washington a appuyé sur la détente vénézuelienne le jour où le baril de pétrole remonte à 75 dollars et veut noyer, dans le sang si besoin, l'image du Premier Mai que le gouvernement français cherche à rendre aussi violent que possible.

Ainsi l'administration Trump a donné le feu vert à Juan Guaido pour lancer la phase militaire du coup d'état. L'occasion était trop belle de priver le gouvernement Maduro d'un Premier Mai symbolique. Mais l'opération s'inscrit dans la cohérence des autres actions en cours autour du pétrole et de son cours. Alors que les alliés arabes se font un peu tirer l'oreille pour ouvrir plus grandes les vannes et peser sur les prix mondiaux et que le succès de l'offensive contre l'Iran implique une tension sur les approvisionnements il sera bon d'avoir un ami complaisant au pouvoir à Caracas.

Les possibilités d'action du gouvernement Maduro ne sont probablement pas bien grandes et l'intelligence politique n'ayant jamais caractérisée particulièrement le chavisme on peut craindre le pire, le bain de sang. La meilleure issue de court terme pour les vénézuéliens serait sans doute que l'équipe Maduro allie le ridicule à l'infamie en prenant l'avion pour Cuba ou ailleurs comme Mike Pompeo le suggérait un peu plus tôt.

Il nous reviendra d'assumer ce que nous pourrons lors de notre Premier Mai. Ce Premier Mai que le gouvernement français, fidèlement servi par une presse publique manifestement aux ordres nous promet apocalyptique. Depuis plus de cinquante ans que je m'intéresse à la vie publique je pense n'avoir jamais connu un gouvernement cherchant à ce point le désordre. J'ai connu des provocations plus ou moins honteuses que l'on cachait jamais cet appel à la violence.

La seule chose certaine est que ce Premier Mai sera triste et raté. Coincés entre l'impossible défense de l'imposture chaviste et la dénonciation d'un coup d'état télécommandé sans vergogne de Washington d'une part et des flics et des casseurs d'autre part trouver sa place relève de la gageure.

 

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