Pourquoi les cheminots vont perdre

Et pourquoi il est important de savoir identifier l'adversaire. S'agissant de la destruction de notre architecture sociale le mot ennemi semble plus qualifié. L'attaque ne vient pas du gouvernement ou de MAcron qui ne sont que des pantins. A la manœuvre au nom de la finance la Commission Juncker.

L'ardeur des cheminots à l'orée de cet affrontement chauffe le cœur. Le pincement aussitôt ressenti blesse d'autant plus car je suis convaincu de l'échec. Sans doute pessimiste au fond de moi j'ai trop souvent jugé voués à l'échec des combats qui finalement emportaient des résultats. Il s'agissait de luttes circonscrites dont le périmètre délimité permettait d'estimer le rapport des forces entre des adversaires reconnus.

Nous entrons aujourd'hui dans un tout autre combat. Les personnels de la SNCF lance une bataille en réponse à une attaque caractérisée contre leur entreprise, leurs modes de travail et l'organisation des relations sociales de l'entreprise d'autant plus complexe qu'il s'agit d'un service public. La population sans distinction fait d'emblée partie du conflit, non pas tellement en tant que cliente mais en tant que partie prenante d'un service essentiel de la nation. 

Immanquablement les revendications seront comprises comme corporatistes et égoïstes car l'adversaire n'est pas nommé, pas identifié dans le débat public.

Évidemment le gouvernement et son patron sont cités par les cheminots qui ne sont pas dupes de la comédie pitoyable à laquelle se livre Guillaume Pépy. Mais qui est à la manœuvre? Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver la Commission Européenne que les médias citent abondamment comme à l'origine des modifications nécessitant de sacro-saintes réformes. Pourquoi dans ces conditions sommes-nous incapables de nommer l'adversaire? Pourquoi alors que tout le monde connait l'histoire  est-il impossible, impensable de mettre en cause cette organisation européenne. A la rigueur il est admis de critiquer du bout des lèvres les dérives de la "concurrence libre et non faussée". Mais aller plus loin et écrire que cette organisation européenne est intrinsèquement incapable de proposer autre chose, qu'elle devra un jour être détruite pour que nous ayons enfin une chance de construire l'Europe du peuple (singulier volontaire) vous renvoie à l'enfer ou même pire au soupçon de sympathie avec l'extrême-droite. 

Personne ne sait ce qu'est cette Europe abstraite qu'il est donc impossible de critiquer. Les plus ingénieux veulent nous la vendre au nom de la paix sur le continent depuis 1945. Ceux-là ne voient pas jusqu'au Balkans, ne voient pas les files de migrants, ne voient pas les violences internes dans les pays européens, ne voient pas les guerres commerciales ni les guerres militaires exportées. Au nom de cette paix factice ils nous ont imposé la construction d'une organisation technocratique dont le coup de maître a été le dit Parlement Européen, ni parlement, ni européen, collage de délégations nationales. Au lieu de construire un espace de débat politique européen, indispensable préliminaire, nous avons été les complices de la construction de ce monstre qui tire les ficelles de la destruction de nos solidarités. Pays par pays l'état se charge des basse besognes quand la Commission et les lobbys tirent les ficelles de nos consentantes marionnettes.

La construction même de l'édifice rend quasi-impossible l'identification de l'ennemi dont on ne peut pas prononcer le nom. Nous nous privons ainsi de toute chance de victoire.

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