L' "Operation mémo" est donc entré dans sa phase publique. Les Républicains ont publié le mémo rédigé par Devin Nunes et fait entrer Washington dans une période de troubles.
Le détail sera sans doute publié dans la presse avec plus ou moins d'exactitude et on trouve ici un bon résumé des enjeux. En bref le texte présente des informations déjà connues mais à strictement parler montre plutôt le contraire de ce que ses auteurs prétendaient prouver. L'objectif proclamé est de prouver que l'enquête du FBI sur l'ingérence russe concertée avec la campagne Trump a été déclenchée à tort et sur la base d'un document insuffisant et partisan le "dossier Steele" subventionné par les Démocrates. A la fin du texte cependant il est clairement écrit que c'est une confidene de Geoges Papadopoulos, antérieure au dossier qui a déclenché l'enquête initiale du FBI sur un collaborateur de Trump connu pour ses relations russe : Carter Page. Par ailleurs le mémo passe sous silence d'autres éléments de l'enquête que le FBI ne souhaite pas voir divulgués.
Si l'on s'en tient aux faits la cause est entendue et les promoteurs du mémo, l'auteur Devin Nunes président de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants en tête pourraient aller se rhabiller.
Mais la situation des Etats-Unis d'Amérique nous apprend, en particulier depuis l'accession de Donald Trump à la présidence -la campagne était une autre affaire- que les faits ou la vérité ne sont pas les facteurs opérant. Cette opération mémo peut suffire à armer le courant de l'opinion qui soutient Trump pour lui donner la crédibilité suffisante pour prendre des mesures de nature à handicaper l'enquête du procureur Robert Mueller sur l'ingérence russe et les possibles obstructions à la justice du président. Les médias de droite et la frange la plus trumpienne des parlementaires Républicains ne s'y sont pas trompés. Les appels au déclenchement de la procédure qui pourrait conduire au limogeage de Rod Rosenstein, ministre adjoint de la Justice qui a nommé Robert Mueller et est en situation de le démettre ont commencé.
L'ironie de l'histoire, avant que cela ne devienne de l'Histoire réside dans le fait que ceux qui peuvent le plus facilement la différence sont les parlementaires Républicains, du moins ceux qui ne soutiennent pas aveuglément Donald Trump. Étant donné l'alignement de la direction du parti et de celles des groupes parlementaires confirmé par le vote de la réforme fiscale qui était un élément dominant de leur programme ce sont les sénateurs et députés de base qui vont choisir. La mobilisation de l'opinion peut aussi jouer son rôle mais sur un sujet essentiellement politicien elle se mobilisera moins que sur des questions sociales comme l'assurance-santé.
Cependant si Trump s'engage, ,comme cette "Opération mémo" le préparait sans doute dans un "massacre du Samedi soir" il avance en terrain très incertain.
Plus que jamais nous découvrons un monde où la vérité devient relative et où les faits ne comptent plus. Comment penser la démocratie et la faire fonctionner dans ces conditions ?
Feuilleton à suivre ...