Bonne nouvelle, l'exfiltration de Mélenchon a commencé.

Il ne l'a sans doute pas fait volontairement mais Jean-Luc Mélenchon vient de s'éliminer de l'élection présidentielle. Il reste à faire en sorte de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et de conserver la dynamique que représente La France Insoumise pour participer à la construction d'une alternative à la droite LREM-LR. Il est encore temps même si le travail est immense.

La sortie de Jean-Luc Mélenchon le Premier Mai m'avait déjà accablé. Comment pouvait-il ainsi sur sa petite estrade vendre la peau de l'ours avant même que la chasse soit ouverte. Au risque de se trouver comme cela n'a pas manqué dans la peau du gibier, cible des sarcasmes et des blagues d'une sphère médiatique dramatiquement acquises à la politique-spectacle? Au moment quand Donald Trump réalise une performance pitoyable pour son retour sur les tréteaux de la campagne politique, bien en deçà de ce à quoi il nous avait habitués voilà JLM qui se met à l'imiter.

Comment comprendre sa péroraison sur les élections manipulées à l'aide d'incident, de meurtres, de crise islamophobe?  La seule explication rationnelle, s'il en existe une, réside dans l'anticipation de sa défaite et la recherche par anticipation d'une excuse-explication qui pourrait l'absoudre de toute faute. 

Il y a sans doute un bon côté à cette situation, comme dans toute chose. Nous pouvons être débarrassés de l'hypothèque Mélenchon qui comme toute personne raisonnable le sait pèse lourdement sur la possibilité d'une bonne performance de la gauche à la présidentielle de 2022. Nous connaissions la posture habituelle, "moi ou rien", affichée par le tribun. Fondée sur l'illusoire souvenir d'un score honorable à l'élection de 2017 et en aucune façon sur une force militante ou sociale réelle cette attitude ne pouvait être qu'un obstacle à la construction d'un mouvement d'opinion susceptible de rassembler. Le pôle de gauche que la presse traditionnelle met en avant, les écologistes, n'est en aucun cas fixé du côté progressiste. Qui sera étonné si Yannick Jadot devient un jour plus ou moins proche ministre de Macron? Construire dans le mouvement une dynamique capable de fixer l'ensemble me semble être la priorité du moment, bien au-delà des personnes.

L'omniprésence médiatique de la macronie, que je vois aussi se déployer dans le clientélisme local dans ma commune de Seine-et-Marne, ne connait plus vraiment de limite. La matinale de France-Info a été transformée en "C'est dans l'air" permanent animée par un conformisme néolibéral devenu tellement ordinaire que plus personne ne réagit. Réagir à cette anesthésie comme Jean-Luc Mélenchon a cru bon de le faire par l'outrance populiste incontrôlée ne constitue évidemment pas une solution viable. Plus que jamais la discussion, l'éducation et la démonstration concrète nous sont nécessaire.

Le temps nous est compté. Là se situe la contrainte la plus forte. Il est improbable que de nouvelles personnalité émerge dans la courte période qui nous sépare de l'échéance. Nous somme donc confrontés à ce danger d'une concurrence incontrôlée entre les possibles alternatives. Je ne citerai pas de nom pour ne pas ajouter à la confusion. Les élections régionales fourniront une première décantation  qui ne suffira pas.  A nous tous de nous y atteler.

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