Donald Trump vers l'état d'urgence à la frontière

Comme d'habitude Donald Trump utilise son très sûr sens du spectacle pour mettre en scène ce soir la probable déclaration d'une urgence nationale qui pourrait lui permettre de lancer la construction de son mur.

Observer la conduite de Donald Trump ces dernières semaines se révèle très intéressant. Confronté à une opposition enfin à peu près résolue des dirigeants Démocrates décidés à faire fructifier leur victoire de Novembre et leur nouvelle majorité à la Chambre des Représentants il persévère dans la fuite en avant qui lui a jusqu'ici assez réussi.

Il tente ainsi de se dégager d'une situation délicate. Coincé dans un coin du ring par la menace chaque jour plus proche de l'enquête du procureur Mueller et diminué dans son image d'invincibilité par la défaite électorale il a choisi de tout miser sur la promesse la plus visible de sa campagne électorale : la construction d'une véritable barrière censée empêcher l'entrée sur le territoire de tout ce qu'il présente comme mauvais  les personnes, les drogues ou les marchandises fabriquées ailleurs.

Il semble penser avoir montré sa bonnes volonté en faisant des concessions sur les termes. Il a abandonné le mot MUR pour concéder qu'il pourrait s'agir d'une barrière. Lui et ses adjoints ne cessent de mettre en avant ce recul lexical comme la preuve de la volonté de compromis du président. 

Le ridicule de cette proposition va sans dire puisque le débat porte avant tout sur des nombres. Les Démocrates ont proposé un maximum de 1,3 (ou 1,6 suivant les interprétations) milliards de dollars pour la sécurisation de la frontière alors que Donald Trump prétend ne pas vouloir signer  le budget complémentaire à moins de 5,6 milliards explicitement pour son mur. L'opposition a beau jeu de rappeler la réalité. La majeure partie des immigrants illégaux entre régulièrement sur le territoire et reste après expiration des visas de tourismes. Les drogues  passent majoritairement par la mer et non par la frontière désertique du sud.

Il a finit  -avec l'aide de son équipe juridique évidemment car il ne connait pas les arcanes du droit- par trouver l'astuce juridique qui pourrait mettre  fin au blocage sans que personne  ne perde la face. Il existe dans l'arsenal légal des dispositions qui permettent au président de déclarer une urgence nationale et ouvrent la possibilité de détourner des budgets existants, par exemple militaires, vers des cibles différentes que elles originellement prévues. Cette hypothèse présente tous les avantages pour tout le monde. De plus faire assurer la construction de la barrière par l'armée donne encore plus de gravité.

Trump fait preuve de sa volonté et affirme sa position de chef auprès de sa base même si les recours judiciaires l'empêchent de mettre en œuvre sa décision. Il pourra aussi faire valoir d'avoir mis fin au blocage qui paralyse une partie de l'administration (shutdown). Les Démocrates et en particulier les sénateurs dont le leader Chuck Shumer a toujours fait preuve d'une opposition molle  pourront faire valoir qu'ils ont fait tout ce qu'il pouvaient.

Le plus remarquable est sans doute la mise en scène de l'opération. Trump a annoncé son intervention télévisée solennelle l'avant-veille, c'est-à-dire juste assez longtemps pour dramatiser et pas trop pour maintenir un effet de surprise. IL a en même temps annoncé une visite sur le terrain avant la fin de la semaine.

SI tout ceci se déroule comme on le  prévoit il pourrait bien ainsi transformer une défaite de fait, pas de mur, en victoire politique, fin du blocage et affirmation de sa personne.

Ajout 17h00 :

Trump a bien réussi à reprendre la main. La réaction défensive exprimée par la création du hashtag #BoycottTrumpsAddress le confirme.  Quoi qu'il annonce il a au moins gagné de redevenir celui qui mène la danse. Il a aussi su jouer sur la soif de spectaculaire des médias pour faire plier les chaines qui lui ont ouvert en grand leurs antennes en bouleversant leurs programmes.

 

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