Non, les Démocrates n'ont pas la majoritè au Sénat!

Contrairement oà ce que j'entends partout les Démocrates n'ont pas la majorité au Sénat. Ils sont esclaves des décisions de Mitch McConnell.

 

On lit et on entend partout que depuis les deux élections sénatoriales de Géorgie les Démocrates dirigent le Sénat des Etats-Unis d'Amérique. C'est faux.

Le seul réel vainqueur de cette double élection se nomme Joe Manchin. Il est nominalement sénateur Démocrate de Virginie Occidentale. Mais il est le type même du DINO -Démocrat In Name Only- un parlementaire de droite, plus encore que certains Républicains. Il a même anticipé les demandes de ses collègues en affirmant qu'il s'opposeraient aux deux mesures indispensables aux Démocrates pour reprendre le contrôle de l'état : abolir l'obstruction ("filibuster") au Sénat et augmenter le nombre de juges de la Cour Suprême.

Joe Manchin a souvent voté avec les Républicains durant la présidence de Donald Trump et va sans aucun doute continuer sur la même ligne. Quand les élections de Raphael Warnock et Jon Ossof seront confirmées et qu'ils pourront siéger le rapport des forces nominal sera de 50-50 mais le rapport des forcs politiques restera largement à droite avec au moins trois sénateurs Démocrates, Jon Tester (MT), John Hickenlopper (CO) et Kirsten Synema (AZ), en plus de Manchin qui se démarquent peu des Républicains en raison de leurs positions personnelles et de leurs états d'élections.

Avec le filibuster toujours actif McConnell, obstructionniste en chef, reste le maître du jeu même si Schumer devient leader nominal du Sénat.

Le premier indice peut se lire dans les négociations entre Micth McConnell, actuel leader Répubicain du Sénat, et Chuck Schumer, sénateur de New-York et futur leader Démocrate du Sénat. McConnelle a refusé tout accord significatif sur l'organisation à venir car il sait qu'il reste le maître du jeu. Il a fixé les règles actuelles en tant que patron du Sénat. La majorité requise pour les décisions législatives reste à 60 voix sur 100 en raison de la règle dite du "filibuster" (obstruction) sauf pour les confirmations de nominations des ministres et hauts fonctionnaires où elle a été ramenée à 51. La vois prépondérante de la vice-présidence ne permet pas de dépasser les 51.

Et, une fois par an, pour une décision à impact budgétaire sous la procédure de "budget reconciliation" on peut aussi faire passer un vote avec 51 voix.  Si l'équipe Biden peut compter sur cette modalité pour faire passer sa première loi de secours à la population contre les effets de la pandémie (faussement nommée par les médias français "plan de relance") elle aura alors grillé sa seule cartouche de l'année.

Ceci met sur la table deux débats nécessaires.

La fin du filibuster qui nécessite soit de tordre le bras de Joe Manchin, et accessoirement de ses collègues de droite, soit de convaincre plusieurs sénateurs Républicains, tâche impossible. Même Lisa Murkowski qui a manifesté ses velléités d'indépendance du GOP ne se laissera pas entraîner dans cette aventure où elle n'a rien à gagner. 

L'autre débat, qui nécessite la fin préalable du filibuster, concerne le statut du District de Columbia. Actuellement la capitale ne jouit pas des prérogatives d'un état. Elle en a les grands électeurs et un élu à la Chambre des Représentants mais pas les deux sénateurs de tous les états. Avec l'élévation au statut d'état de plein droit ces deux sénateurs seraient à coup sûr Démocrates. La loi a déjà été voté par la Chambre. Il ne reste qu'à la faire passer au Sénat. Avec le filibuster c'est encore mission impossible. La bigoterie constitutionnelle ambiante fait d'ailleurs valoir que les Péres Fondateurs dans leur indépassables sagesse en ont voulu  ainsi.

Bon courage Oncle Joe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.