Le droit à la vie des migrants.

L'actualité a fait remonter une vieille image.

Je viens de lire que quatre personnes dont deux enfants de cinq et huit ans sont morts dans la Manche en tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la mer.

Ces nouvelles ou la seule vue aux informations de ces gens qui se lancent sur une mer apparemment calme et paisible font revenir l'ancien souvenir d'une image qui m'avait frappé à l'époque et que je n'imaginais pas devoir prendre cette couleur tragique.

Il y a cinquante-six ans le pétrolier sur lequel je venais de faire le voyage du Golfe Persique au lieu de revenir à son port d'attache à Dunkerque est dérouté vers Wilhemshaven près de Hambourg. La cause en est le cours du brut que nous transportons. Le hasard fait que je suis de quart sur la passerelle au moment quand nous passons le Pas-de-Calais et nous sommes en plein jour. Le système de rails qui canalise le trafic n'était pas aussi surveillé qu'il l'est aujourd'hui mais dans un espace aussi étroit les voies étaient déjà bien définies.

Tout semblait calme et sous contrôle quand le lieutenant aux commandes du bateau m'a proposé de faire un expérience très simple. Il m'a demandé de regarder le radar. L'appareil est abrité sous un cache de caoutchouc noir qui protège de la lumière ambiante. Je pose les yeux sur l'écran.
L'horreur!
De tous côtés des échos, qui bougent, qui vont croiser notre route, qui sortent de nulle part. Les navires montant et descendant ne font pas peur. Nous nous suivons ou nous croisons sans risque de collision. Non l'horreur vient de l'incroyable nombre de petits échos de trafic traversier. Au ras de la mer on les distingue à peine des vagues. Et nous, hauts sur l'eau, lourds et incapables de manœuvrer nous ne pourrons pas éviter une collision.

La tête sorti de l'engin je regarde des tous côtés. Je ne vois pas tant d'embarcations mais j'ai compris la leçon.
L'échelle sans doute était trompeuse. Peut-être quelques faux écho renvoyés par la houle. L'impression m'en est quand même restée jusqu'à ce jour. Nul doute que le trafic a cru depuis.

Mettre des gens qui ne connaissent sans doute pas la mer dans la situation de se lancer dans ce piège est un crime.

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