Avec Harlan Ellison encore un peu de ma jeunesse fout le camp

Connu autant comme éditeur que comme auteur Harlan Ellison est mort paisiblement avant-hier. (Re)lisez donc "Dangerous visions".

Harlan Ellison.

Un nom que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Et pour les autres être auteur de science-fiction pourrait bien ne pas être très gratifiant. Pourtant l'exigence de qualité d'écriture portée par la génération des écrivains enflammés par le tumulte des années soixante a bien transformé le paysage. Assez pour que j'écrive (dans le numéro de Décembre de la revue Fiction) après la Convention de S-F de Heidelberg en 1970 que la S-F devenue adulte et séculière entrait dans la famille de littérature générale. 

Harlan Ellison représente typiquement cette génération d'auteurs qui ont voulu se débarrasser des vieux oripeaux de la quincaillerie spatiale des écrivains de la grande époque que l'on a à tort ou à raison classés comme les chantre d'un impérialisme américain triomphant. Le virage bien connu pris par son ami Robert Silverberg d'une carrière de mercenaire tâcheron prolifique vers celle d'écrivain à la production moins abondante témoigne du changement de la S-F de la période. Ce changement faisait écho aux mouvements et luttes du temps dont Ellison a pris sa part.

Au bout du compte il sera peut-être plus connu malgré tout pour ses travaux pour le cinéma ou la télévision  (Star Trek) et sutout son travail d'éditeur de l'anthologie  "Dangerous visions" qui a été reçue comme un claque à l'époque par le petit monde de la S-F. Sa contribution personnelle au premier volume, la nouvelle "Le Rôdeur dans la ville au bord du monde"  écrite pour faire suite à la brillante très courte histoire produite par Robert Bloch souffre un peu de la comparaison avec cette dernière. Elle montre cependant une facette du talent formel d'Ellison.

Il a principalement produit des nouvelles, genre qui ne prédispose pas à la grande célébrité, mais où il savait parfaitement doser les effets et jouer avec le temps. La maitrise narrative rend les traductions intéressantes mais pour ceux qui le peuvent lire les versions originales permet de profiter des qualités formelles de ses textes.

Pour lui rendre hommage le plus sûr est sans doute de lire le premier tome (et les autres, dont le dernier n'a jamais été publié) de "Dangerous visions". Et ensuite d'errer au fil des opportunités et des occasions. 

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