Moscou-Tarnac, en TGV

J’ai lu tout d’abord : « Des manifestants déguisés en TGV attaquent l’ambassade de France à Moscou », et ce n’était pas une traduction Google. Renseignement pris, en effet, un TGV de carton pâte, sur lequel était inscrit « la mouvance anarcho-autonome revient », en français, s’en est allé percuter gentiment les portes de l’ambassade le 27 novembre dernier, tandis que des audacieux accrochaient près des toits les banderoles proclamant la solidarité absolue des anarchistes de Moscou avec les neuf mis en examen de Tarnac .

J’ai lu tout d’abord : « Des manifestants déguisés en TGV attaquent l’ambassade de France à Moscou », et ce n’était pas une traduction Google. Renseignement pris, en effet, un TGV de carton pâte, sur lequel était inscrit « la mouvance anarcho-autonome revient », en français, s’en est allé percuter gentiment les portes de l’ambassade le 27 novembre dernier, tandis que des audacieux accrochaient près des toits les banderoles proclamant la solidarité absolue des anarchistes de Moscou avec les neuf mis en examen de Tarnac .

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Le tout sous les applaudissements d’une centaine de personnes. Bilan de l’opération : quelques interpellations dont une musclée, la routine à Moscou, où un brave sit-in démocratique déclenche généralement des réactions policières bien plus vives. Evidemment, on peut s’étonner d’une telle vigilance en Russie, où les motifs de manifestations contre les arrestations abusives, emprisonnements , atteintes aux libertés, etc, ne manquent pas.

Le mouvement anarchiste y serait, me dit-on, en plein revival , information à pondérer toutefois. Mais tout de même, la manif moscovite a dû faire plaisir place Beauvau, où, à en croire Isabelle Mandraud ( article du Monde daté du jeudi intitulé « l’obsession de l’ultragauche »), un collaborateur aussi anonyme qu’incertain en histoire s’exclame « en 1917, ça a commencé comme ça ! » lorsqu’on pousse trop avant les interrogations sur les jeunes gens de Tarnac et la "nébuleuse ultragauche" qui à l’évidence fait beaucoup fantasmer. Références pour le moins excessives à la RAF ou à Action directe, archaïsmes de la peur, interprétation tendancieuse des moindres et faits et gestes ( « ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers ». Ce qui peut aussi se traduire par, « ils avaient plein de copains dans ce village où ils tenaient une épicerie ». Sans compter que dans les villages du centre de la France, l’arrivée d’un étranger, en novembre, ne passe de toute façon pas inaperçue..)

Pourtant, à ce jour, et il ne reste en détention que le plus connu – depuis peu – du groupe, Julien Coupat, et sa compagne Yldune, 25 ans. La vaste opération antiterroriste qui faisait suite aux caténaires en rade de la SNCF du mois de novembre ( caténaires qui furent également en rade en septembre, puis en décembre alors que les supposés activistes étaient sous les verrous) prend du gîte. Julien Coupat apparaît surtout comme l’un des auteurs présumés du livre publié à La Fabrique « L’insurrection qui vient », qui « n’est aucunement un bréviaire terroriste mais un essai politique », comme le précisent les parents des Neuf. ( voir aussi http://www.mediapart.fr./journal/france/151108/anarcho-autonomes-apres-les-mises-en-examen-les-verites-d-eric-hazan )

Livre dont on apprend, toujours via Le Monde, qu’il fut immédiatement commandé en quarante exemplaires par Alain Bauer, criminologue et conseiller en sécurité très écouté de Sarkozy,….., qu’on remerciera de ce soutien à l’édition indépendante.

Presque un mois après le déclenchement d’une opération à la fois judiciaire et médiatique, on se borne maintenant à souligner que Julien Coupat paraissait très méfiant, ne se servait pas de portable (une anomalie dans notre monde). Il ne serait pas le premier militant d’extrême gauche adepte du rendez-vous secondaire et un peu parano. Sans compter qu’entre son livre qui fait le tour de la place Beauvau, l’enquête préliminaire ouverte à son sujet depuis avril dernier par la section antiterroriste et l’attention que lui ont prodigués les services américains après qu’il ait manifesté à New York devant un centre de recrutement de l’armée… il n’avait peut-être pas complètement tort de se sentir observé..

A part ça, on a vu plus clandestin qu’une épicerie collective en plein village.

Néanmoins, des trottoirs de Moscou aux marches du palais de justice parisien, le 2 décembre, où le cordon de CRS endiguait en urgence quelques centaines de personnes, à commencer par les parents, les amis, une belle internationale du soutien est en train de se constituer, qui dépasse largement la mouvance anarcho-autonome.

Les sites d’information alternative indymedia s’en font l’écho, et bien d’autres : dans les facs et ailleurs, on se mobilise « en soutien à ceux de Tarnac ». Quand à la pétition en ligne, elle recense plus de 4000 signatures. (http://www.soutien11novembre.org/ ). Etrange résultat… Comme le soulignaient les parents des mis en examen dans leur lettre ouverte : « Nous sommes bien obligés de dire à Michelle Alliot Marie que si la simple lecture du livre "L'insurrection qui vient" du Comité Invisible fait d'une personne un terroriste, à force d'en parler elle risque de bientôt avoir à en dénombrer des milliers sur son territoire. »

Le tout premier comité de soutien, constitué immédiatement à Tarnac après les arrestations, où se mêlent amis, villageois, proches et élus, a essaimé à Caen, Tulle, Limoges, Strasbourg, Rennes et Paris pour la France, mais aussi aux USA, à Genève, Berlin, Bruxelles. Et Moscou, bien sûr.

Pour l’heure, nous aurons appris sur les nombreuses communautés qui s’essaient à une autre vie du côté de Millevaches et ailleurs. Et nous aurons encore plus appris sur l’imaginaire de la place Beauveau.

Ci-dessous, déclaration de Benjamin Rosaux, remis en liberté il y a trois jours.

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