Dominique Conil
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Billet de blog 11 juil. 2008

Blog prêté à Erri de Luca

L’écrivain Erri de Luca a envoyé le texte ci-dessous . Dans les pages du journal réservées aux abonnés, vous avez été nombreux à prendre position, à la suite des deux articles de Maguy Day, sur Marina Petrella, et à évoquer l’Italie.Erri de Luca avait 18 ans à Rome en 1968.Il n’est pas devenu diplomate, comme prévu.

Dominique Conil
Journaliste à Mediapart

L’écrivain Erri de Luca a envoyé le texte ci-dessous . Dans les pages du journal réservées aux abonnés, vous avez été nombreux à prendre position, à la suite des deux articles de Maguy Day, sur Marina Petrella, et à évoquer l’Italie.

Erri de Luca avait 18 ans à Rome en 1968.

Il n’est pas devenu diplomate, comme prévu.

Il s’est engagé politiquement , dans les rangs de Lotta Continua. Il est devenu ouvrier de la Fiat, chauffeur, et au début des années 80, il travaillait sur les chantiers de construction français.

Puis, publié pour la première fois en 1989, il est devenu l’un des écrivains majeurs de sa génération. Il collabore régulièrement à la Reppublica et Il manifesto.

Erri de Luca n’est pas un de ces écrivains enclins à mettre les causes au service de leur auto-promotion, loin s’en faut,mais le 4 mars dernier, il a écrit au président de la République une lettre à propos de Marina Petrella, publiée par Le Monde. Aujourd’hui, dans ces lignes écrites directement en français, c’est à elle qu’il s’adresse, et à nous.

« Le corps de Marina tente une dernière résistance contre l’extradition, qui n’est autre pour elle qu’une sépulture de vivante.Son corps me tient à coeur. Il est son dernier retranchement, une fois toutes les raisons rejetées, toutes les défenses anéanties.Aucun interêt d’évoquer ce qui se passe chez nous. Nos feuilles de choux répètent comme des petits perroquets bien dressés le bobard qui parle d’une Marina en fuite, tombée dans un banal contrôle de police. De cette façon, ils la font passer pour naïve et clandestine. Chez nous, le respect des faits n’est dû qu’aux puissants.En France, les mots ont encore une dignité à défendre. Le corps de Marina dépend de ces mots. D’une signature ou d’un refus de signature, d’un geste de la main qui dans une pièce confortable décide du sort d’un corps épuisé dans une pièce dépouillée.Je soutiens les dernières fibres qui retiennent la vie de Marina.Je soutiens son ‘non’ extrême, qui choisit de s’éteindre au lieu de se livrer au premier jour d’une peine sans fin. Depuis presque un an, Marina est prisonnière d’un jour zéro.Elle a été une révolutionnaire, elle s’est battue sans aucun profit personnel, avec une foule d’insurgés dans l’Italie des années 70. Elle a perdu, fait de la prison, s’est réfugiée en France et il y a un quart de siècle qu’elle a prononcé son definitif adieu aux armes. Elle a été condamnée par une justice d’exception, qui aujourd’hui ne lui reconnaît même pas un seul des jours de prison purgés pendant des années dans les pénitenciers d’Italie.Aujourd’hui, elle a raison et le droit de confier à son corps sa dernière résistance. Lèvres cousues, regard eteint, Marina met ses quatre os en travers, ultime obstacle au chemin qui la ramène en arrière, dans l’obscurité d’un pays excité par des rancunes et des peurs. J’approuve son choix:que ce ne soit pas l’Italie, mais la France, terre de deuxième vie, la responsable du corps de Marina, mort ou vif.Erri De Luca
Paris, journées du 9 et du 12 juillet 2008”
Après l’annonce faite par Nicolas Sarkozy – il entend extrader Marina Petrella en demandant sa grâce – le président de le République italienne , peut-être pas si désireux de récupérer à tout prix une femme en danger de mort, a indiqué que cette demande serait examinée comme les autres. Lentement. Autrement dit, pas de défausse, prenez vos responsabilités.Sur le site http://www.paroledonnee.info/, les signatures se multiplient, connues ou anonymes. Une journée de soutien est organisée samedi 12 juillet à la mairie du 13ème arrondissement , salle des fêtes, de 13h à 18h30. Les silences de l’été peuvent être redoutables.(http://www.mediapart.fr/journal/france/080708/la-france-s-acharne-sur-marina-petrella)

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