Dominique Conil
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Billet de blog 19 juin 2008

Dominique Conil
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Lettre ouverte à Kairos.. et quelques autres

Bon, eh bien, on va les suivre, les conseils : quand gronde le commentaire démesuré, hop, billet ! Et je m’adresse à vous, Kairos, qui êtes intervenu à plusieurs reprises dans les commentaires sur l’article de Maguy Day concernant Marina Petrella. Peut-être à d'autres.

Dominique Conil
Journaliste à Mediapart

Bon, eh bien, on va les suivre, les conseils : quand gronde le commentaire démesuré, hop, billet ! Et je m’adresse à vous, Kairos, qui êtes intervenu à plusieurs reprises dans les commentaires sur l’article de Maguy Day concernant Marina Petrella. Peut-être à d'autres.

Je ne sais rien de vous, mais à la différence de certains, plus pressés d’assener des convictions que de s’interroger, vous posez des questions, vous discutez.

L’une de celles que vous soulevez, c’est : qu’est-ce que le terrorisme ? Vous n’avez pas tort, dans une discussion qui en l’espace de quelques heures aura réussi à englober Papon, Khadafi, l’ETA et j’en oublie. Vous n’avez pas tort, car ce qui se passe aujourd’hui, par delà le cas particulier de Marina Petrella, que très justement Edwy Plenel qualifie de « passé révolu vicieusement réveillé dans les imaginaires étatiques par le 11 septembre 2001 », est un curieux amalgame, ignorant de l’histoire, qui mène droit à la confusion dans un monde compliqué.

Terrorisme ? En Russie, vers 1860, le mot apparaît en même temps qu’un autre, les deux on fait du chemin depuis : intelligentsia. Et c’est l’intelligentsia qui nourrit le terrorisme, après cruel constat d’impuissance à ébranler le tsarisme. Ca commence toujours comme ça, le terrorisme, par un constat d’impuissance. C’est l’une des seules constantes.

Terroristes, les anarchistes du début du XXème, en France, en Italie, et ailleurs.

Terroristes ? En discutant un jour avec un Résistant assez réfractaire aux célébrations, il m’a dit ceci : « On nous appelait les terroristes, à l’époque, c’était écrit partout. Dans la presse, sur les affiches. Si l’Allemagne avait gagné la guerre, dix ou quinze ans plus tard, nos enfants grandis en pays nazifié auraient pensé que nous avions été cela, des terroristes qui avaient perdu ». Et ne me dites pas que les résistants n’ont pas fait de victimes innocentes, ils en ont fait, pas le choix.

Terroristes encore ceux qui ont fait sauter la gare de Bologne : bombe aveugle de l’extrême droite, terrorisme donc , les meurtres et jambérisations de l’extrême gauche italienne, terrorisme en Irlande, de l’Etat, terrorisme, enfin, celui que nous connaissons tous depuis 2001.

L’appellation commune recouvre des réalités, des histoires, des moments et des motivations bien différents : à les confondre, on se condamne à une longue stupéfaction réprobatrice, voilà tout.

Vous vous êtes sans doute livré, vous aussi, à ce petit exercice mental qu’on connaît tous, notamment à hauteur d’adolescence ( et plus tard, dois-je avouer) : « Qu’est-ce que j’aurais fait, moi, dans ces circonstances ? » A quinze ans, on s’imagine rarement collaborateur enthousiaste. Plus tard, on se fait parfois des réponses nuancées.

Et donc, qu’est-ce que j’aurais fait, née à Milan ou Rome, dans l’Italie des années 70 ? Dans l’ébullition paroxystique de ma génération, qui n’incluait pas que la violence, mais aussi des fraternités nouvelles, une révolte sincère, l’amour des fous, et tout ? Ne croyez-vous pas que dans ce contexte, à vingt ans, tenir ou non, un revolver, l’utiliser , ou non, relevait non seulement du choix personnel, mais aussi du hasard des rencontres et groupes ? Cette incertitude là m’amène à vous écrire aujourd’hui.

Et je pense que François Mitterrand , qui appartenait à une génération où les erreurs de choix pesèrent lourd – il connaissait bien le sujet – croyait à la deuxième chance. Et qu’il était pragmatique. Comme le fut De Gaulle, en graciant des terroristes de l’OAS.

Dans la France d’aujourd’hui, où pour bien des gens, aller manifester un jour de 2002 contre Le Pen relève de l’exploit politique majeur, s’en aller tirer sur un magistrat, un policier ou la balance de l’usine apparaît pour le moins exagéré. Mais il est toujours si facile, pour l’époque qui suit, de juger sans appel celle qui précède.

L’un des commentaires, signé ANCV, me troublait beaucoup : en un paragraphe, son auteur passait d’un monsieur Gobet dont je connais bien l’histoire ( violeur, tortionnaire de deux fillettes des années durant qui s’était soustrait à une condamnation), à la réception avec honneur de Khadafi, pas exactement blanc-bleu lui non plus. Et puis, j’ai compris d’un coup la question importante qui sous-tendait ce commentaire : qu’est-ce que le mal absolu ? Qu’est ce qui n’est pas pardonnable ( et accessoirement, dans quoi vivons-nous) ?

Là dessus, on peut avoir des certitudes, des grilles de lectures, où pas. J’aimerais bien détenir une réponse universelle, mais ce n’est pas le cas. Alors, par tempérament sans doute, par conviction sûrement, j’incline, pour Marina Petrella, et d’autres, à l’indulgence plutôt qu’à la haine stérile.

L'article de Maguy Day: http://www.mediapart.fr/journal/france/180608/pourquoi-francois-fillon-ne-doit-pas-extrader-marina-petrella

Lire aussi: http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/ivanvilla/210608/dominique-voynet-a-rendu-visite-a-marina-petrella

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